‹ Marat, l'ami du peupleChapitre 19 sur 70 · LE MONITEUR PATRIOTE · texte numérisé non relu

LE MONITEUR PATRIOTE

fioMHAiBM. « liBttntd* Mwat «ttx OQiiBtitinmti. — Lettre mt let tins «le la conatttatiOB anglaise. — Opportunité do cet éerit. — Ce qxd constitue le génie. — Les mœurs îles Anglaiv on 17" 1 et colles des Français en 17^9, — A quel propos liAiat Goounença le ilomteur pntiiole. — Citation do ce journal.

On ne détruit que ce qu'on remplace, a-t-ou dit. avec raison. La monarchie absolue avait été renversée au là juillet; mais, pour qu elle ne se relevât plus, il fallait une constitution nouvelle fondée sur des droits communs» sur des droits substitués au caprice d*un seul. Si, la veille du combat, les députés du Tiers avaient juré de ne se séparer qu'après avoir rempli leur mandat, à plus forte raison ne leur était-il pas permis de roiil)lier le lendemain de ia victoire ; et, l'eussent-ils fait, le petiple leur aurait rappelé le serment du Jeu de Paume ; pour la première fois en France^ il venait de sentir sa force, et tous les partis étaient encore en émoi de ce rugissement d'un instant. Marat savait bien que dans la vie d'un peuple il y a des occasions qui ne se représentent jamais et dont, par conséquent, il faut savoir tirer Loai le paiti possible; aussi dans l'intervalle qui sépare l'ouverture des États (Jénéraux de la publication de sou journal, n'avait-il pas été indillérent à ce qui se faisait à l'Assemblée nationale. Il nous apprend, en elTet, dans son numéro 13, « qu'il a eu l'honneur d'écrire à nos seigneurs les États Généraux plus de vingt lettres qu'il publiera un jour. >» Malheu-

VICKS LA CONSTITUTION ANGLAISE. Liî

reusement elles ont été saisies par la police de Lafayette, et

l'auteur, pressé par les événements et surpris par la mort, n'a pu en recouiposer le texte. 11 ne nous en reste (]îi'une entière « présentée le 23 août 1789 aux États Généraux sous ce titre : Tableau des vices de la conslitulion anglaise, destiné à faire éviter une série d'écueih dans le ffouvernement que nos députés veulent donner à la France, n Son journal « renfeime nn fragment d'une autre lettre, maïs c'est tout.

Mil même temps que Marat en 177 k avait fait ini[)rimer en \np:)eterre ses Chaînes de l'esrlarûf/r, il avait cherclié à démon trr i- aux Anglais les vices particuliers à leur propre constitution ; à cette fin il leur avait présenté le Tableau que dix- huit ans plus tard il crut devoir dérouler à nouveau devant les Français. On se rappelle qu'il s'agissait en 1774 des élections des membres d'un nouveau parlement; le travaO du publiciste devait donc s'étendre plus particulièrement sur la loi électorale. C/f'tait attaquer le mal dnns sa lacine, puis- ({u'il est vrai de dire que de mauvais (l<'^|>utes ne feront jamais que de mauvaises lois, qu'on ne saurait cueillir des figues sur des ronces» que toute royauté n'élira jamais que des suppôts de tyrannie. Or, l'écrivain se résumait ainsi : « Pour remédier aux maux que je viens de décrire, je propose quatre bills à décréter comme lois fondamentales de l'Ëtat : \* ôter à la couronne la nomination des députés ; 2 lui enlever le privilécre de créer des pairs; 3° exclure du parlement tout

* citoyen tenant une place quelconque à la disposition du roi ; que la vérification des comptes du gouvernement et de l'état du trésor public soit ordonnée, toutes les fois que trois membrés de la chambre basse en feront la motion motivée. »

y L'ouvrage ne fut pas plutôt répandu qu'il produisit un grand effet, on réclamait partout la réforme ; la question fut agitée dans le parlement même, le troisième bill accepté, et i'auteiu: acclame par les sociétés populaires.

M. Miclielet avait-il lu cet écrit, quand il a avancé que Marat n'entendait rien à la constitution anglaise ?

458 JEAN-PAUL MAUAT.

Ce résumé suffit pouv prouTer Tà* propos de Tenvot de du Tttbfemt tm, eonstîtoants de 47S9; on sait quels prîvUéges

la réaction rassurée allait bientôt rendre a la couronne, ou se souvient qu'elle décréta, entre autres^ le ceiis électoral: Maràt n'avait donc fait que pressentir ce qui allait bientôt arriver, mais il devait k l Assemblée un avertiaseneat qui lui donnât .plus tard le droit de l'accuser. !S'alla>t-oa pas jusqu'à proposer à la France deux chambres aussi? « L'auglomaoïef comme dit l'auteur^ s^était emparée des esprits; la constitua tion anglaise passait depuis longtemps pour le chef-d'œuvre de la sagesse humaine; et, en elTet^ avant celle des États- Unis, il n'en était point de plus parfaite. » Mais cet engouement pouvait jeter dans les plus grands dangers, et la contrerévolution e^érait secrètement en tirer parti pour reconstituer / le pouvoÎF Foyai, ébranlé par la défaite de juillet* Combien il était utile dès lors de &ire ressortir les vices de cette constitution anglaise, que le comité français, dont Mounîer était le président, avait secrèteinenl (les-^ein d'imposer au pays!

Encore une fois que pensez-vous d un iiomme dont les écrits sont aussi utiles dix ans après leur apparition que le jour où il les composa? N'est-U pas marqué du sceau du génie? N'estr-ce pas à ca signe qu'on en reconnaît les œuvres? S'adresser & tous les siècles, à tous les peuples par la généralité des idée» et des principes^ n'est-ce paa le cachet de la véiûté ? n'est-ce * pas une preuve aussi qu'on n'a pas sacrifié aux petites passions de parti, aux opinions ii la mode, aux besoins d'applau-

, dissenients? et, par conséquent, n'est-ce pas une preuve d'abnégation autant que de supériorité d'intelligence? Avons- . nous, déjà oublié que voici le troisième de ses ouvrages que Marat peutûnre réprimer dans lé cours de la Révolution,, et que le pbj^ récent dote de 1780 ? Et ne vous apercevez-vous point qu'anjoord'bui même il y aurait profit à y trouver f

. Mal.s j'oublie, moi aussi, qu'il s'a<^iL de Marat, et que lui accorder du génie serait s'exposer aux sarcasmes des saltiaibanqaes de la pJirase. Qu'importe? faisons récolte de prin-

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