‹ Marat, l'ami du peupleChapitre 25 sur 70 · SOT · texte numérisé non relu

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ployés par le poQVoir contre une feuille qui était, à vrai dire, sa plus terrible ennemie. Il nous reste à parler de celui de tous qui a le plus* nui à Marat : il s'agit de F impression de faux numéros de VAmi du Peuple, dans lesquels on exagérait toutes ses opinions politiques au point de les rendre révoltantes d'absurdité, d'atrocité, de contradiction. Dans l'un on voit Marat délendre le pouvoir ministériel, ou se déclarer partisan du duc d'Orléans; dans l'autic il soutient une loi liberticide. Quel habile procédé pour lui faire perdre la confiance publique, surtout dans les mains de gens adroits! A son retour de Londres en 1790, par exemf)le, il trouve son titre e.xploitt' par quatre follicuhrii-es à la fois, écrit-il, fri-* pons siiiis pudeur, qui ne craignent pas de prendre son nom et son ( plLiraphe. M. de Clerinont-Tonnerre ne dédaigne pas le rôle de faussaire de l'Ami du Peuple, Plus tard, et tour à tour, Bailly, Lafayette, Roland, auront recours aussi à la contrefaçon, par leurs agents, bien entendu : contre un ennemi politirfue tous les moyens sont bons. Voilà les écrits dont les adversaires de Alai;it extraient encore aujourd'hui des passnges révoltants pour nous en faire maudire l'auteiu'. Le pro( édé est atroce, mais si facile 1

Marat nous apprend lui-même comment nous pourrons reconnaître ces faux numéros : « Je préviens les lecteurs, amis de la liberté, qu'ils distingueront ma feuille des faux Amis du Peuple publiés sous mon nom, par cela seul que les auteurs sont des endornieuis (jui prêchent toujouis la paix , la tohTnnce des priMres factieux, la ])a(ience aux outrncres des fonctionnaires publics, la soumission auv lois bonnes ou mauvaises, l'obéissance aveugle des soldats à leurs ofTiciers; des etidormeurs qui ont besoin de taire les prévarications et les conspirations des endormeuis du peuple, de l'Assemblée natiooi'iîe, de la municipalité, des départements, de l'étatmajor du L^n néral (Lafayette), sur lesquels je crie sans cesse haro en sonnant le tocsin; des endormeurs qui ne clabaudent que contre les Jacobins, les sociétés iraternelles, le club des

J£ÀN-PÂUL AURAI

Cordeliers dont je ne dis jamais rien , si ce n'est pour leur reprocher leur inaction et leur lâcheté. » {L'Ami du Peuple ,

A48.) Le meilleur moyen, le seul aujourd'hui encore, de distiùguer les vrais des faux numéros, c'est de se pénétrer des principes de Marat et de rejeter comme faux tout de qui en dévie , puisque dans tous ceux qui sont réputés vrais l'auteur ne varie jam lis depuis le premier jusqu'au dernier. Si l'on nous demande la preuve que les autorités précitées étaient de connivence avec les contrefacteurs, c'est que ceux-ci n*ont jamais été inquiétés, malgré les ré( laniations de Tauteur; à tel point que Marat en fut parfois réduit à se faire justice lui-même, c'est-à-dire à.se présenter, suivi de commissaires de sections, chez les délinquants, pour y saisir les collections des faussaires.

D'autres fois, c'étaient les libraires qui, par spéculation, répandaient dans le public des contrefaçons de feuilles déjà ])arues, ou des imitations provenant de lambeaux d'articles pillés çà et là. Il est plus malaisé de reconnaître ces derniers ; mais aussi ce sont les moins dangereux, car la mauvaise foi ne peut pas s'en servir pour nous tromper sur le véritable esprit de l'Ami du Peuple, Au reste, le travail de M. Che- ^vreniont, mis à la lin de notre ouvra}2;c, ne laisse plus de doute à cet égaid ; il ne fallait, pour le réussir, rien moins que quinze années d'étude exclusive du journal, un ardent amour de la vérité, et la conviction républi<3aine cpie con^ fondre les ennemis de Marat c'était concourir au triomphe de ses doctrines politiques.

Devons -nous ajout«'r que l'autorité se traidait bien de • poursuivie ces pillards qui nuisaient aux intérêts du rédacteur : euipècher Marat de rentrer dans ses frais, c'était indirectement créer un obstacle à la publication. Les agioteurs» assurés de l'impunité, ne devaient pas se faire faute de ce trafic honteux mais lucratif, puisqu'à certaines époques le ' numéro se vendit un écu et même jusqu'cà six livres. Un jo:irnaliste, im concurrent, Camille va nous eu fournir la preuve.

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Il écrivait an numéro 32 de ses Ilévolulious de Fninre : « Le numéro du 28 juin s'est vendu comme du pain dans un temps de famine, et jusqu'à six livres la demi-feuille. J'espère que mes lecteurs me sauront gré de leur donner à si bon marché ce qui a coûté si cher, et d'insérer dans mon numéro la précieuse dénonciation du général Lafax ette par M. Marat, surnommé le sapeur des journalistes, qu'on trouve toujours le premier à la brèche, et qui dit comme Bayard :

Le poète du péril est celui de Marat. »

Camille, ce jour-lÀ, était plein de bonne volonté; mais-

il prouve combien il connaissait peu Marat; il représente comme un audacieux démolisseur, seulement, un homme qui û*a jamais proposé le renversement d'une institution sans dire ce qu'il faudrait mettre à la place.

Le nombre des faux numéros a dû être considérable; c'est encore à M. Ghevremont qu'il faut recourir pour savoir qu'en penser.

Les contrefacteurs ne se contentaient pas de si peu; ils faisaient encore imprimer de fausses brocliures, de fausses lettres signées du nom de Marat. Le i8 septembre 17U0, le journaliste écrivait : « Un fripon maladroit vient d*en imposer au public en publiant sous mon nom une Leitre au roi, ou VAmi du peuple au Père du peuple.., 11 n*y a qu'un imbécile qui puisse me soupçonner de royalisme. H me fait porter mes réclamations au prince contre mes persécuteurs; c'est le dernier des hommes, après ses ministres, à ([ui je me serais avisé d'en parler... L'Ami du peuple voudrait voir tous les rois en tutelle et à la portion congrue. Je suis bien éloigné de demander au monarque le bonheur de la nation, moi qui le regarde comme son éternel ennemi. Louis XVI s'est couvert à mes yeux du sang des patriotes de Nancy, en applaudissant à leur bdurreau ( Bouille) ; tant que je \i\ i .u, je ne cesserai de lui en faae un crime. » {L Ami du PcujjIc, A" 22^^.)

J£âN-PAUL ^IAUAT.

Encore une fois, il n'est qu'un raoyen de reconnaître les faux Marat : c'est de bien se pénétrer des principes répaixlus dans soa Plan de fjfjfislaiionp dans son Offrande à la patrie et dans sa Comiitution ; qui ne voudrait eo juger que par le style serait dupe de l'habileté des fourbes^

Uii expédient dont la réactkm se servit eocore, c'était de gagner les ouvriers typographes pour les engager à glisser dos erreurs daiL^ la feuille. En novembre 179<i, Marat, Jiarcelé par la i)()lice, o])ligé de se eacber, s'éci-iait avec désespoir ; ci Le pauvre Ami du peuple ne seul le malheur de sa position que par Timpuissance de ne pouvoir chercher UQ imprimeur patriote. Depuis longtemps des ouvriers sans lumières et sans civisme tronquent impit()\ablement sa feuille pour s'épargner une heure de travail. Le dernier éditeur dont il s'est servi i)araissait u)t-me vendu anx ennemis de la Uévoluiion, du luoins à en juger par la manière indigne dont il a mutilé les cinq derniers nuniéros. Lecteurs sensibles, si jamais votre sein fut déchiré par la douleur» vous pouvez vous former une idée des chagrins qui dévorent votre ûdèle défenseur. » (VAmi du Peuple y 289.) Ses ennemis ne rougissent pas d'attribuer aujourd'hui ces erreurs à sou ignorance! Pourquoi laut-il qu'une mort prématurée l'ait empêché de mettre fin à un projet dont il avait commencé déjà l'exécution? Il afiirme que, dans la saisie du 22 janvier, on lui a pris cent quarante numéros de son journal, corrigés pour une seconde édition. [Appel à la mtfion.)

Ce n*est pas tout encore; quelquefois la police, instruite d'avance du contenu d'un numéro, faisait ari/iirairt ment saisir la feuille dénonciatrice aus^ituL après le tirage. Murât en appelait aux tribunaux; ceu^L-ci, forcés par le public, rendaient un verdict de restitution; mais l'eûet que devait produire la révélation n'en était pas moins paralysé : le jMNivoir avait attfint son but* D'autres fois encore, la police apustaît au bureau des mouchards qui accaparaient, à prix d*ar;;ent, la feuille tuul entière, et rien ne uauspirail dans le puLi.c.

Ilélas! en armant soa gouvernement d'une puissance illimitée ou mil ccmteuae, le peuple ne soupçonne pas çosûLbiea de maux il se prépare k. UL-mèm» ci à ses défeaseurs.

Venant asx perséc»tî0Qs de tontes sortes que ]toat eufe à sottiTrlr, M. Mldielet écrit du ted de soa fouteiiil : « En réd^ liié le péril était peu de cboBe. La vieille police de Lenoîr et de Sartine n'était plus. La nouvelle, mal réorganisée, incertaif)e et timitle, dans les mains de Bailly et de Lafayetîc, a' avait uuUe action sérieuse. » (Ilisloire de lu liéroluiiou fruncaucy tome il.) Demandez à Ikuiton, 4 Desmoulios, à Fréro», à ceat autres tous réputés gens de courage par M. Micbelet kJ-méme et contraints à s'éloigner^ ce qu'il y avait à craindre après le massacre du Champ -de-Mars. Mais M. Miclielet va plus loin : « La police de bonne heure rendit à Marat le service de le forcer de vicre nicJié, enfermé , livré tout au travail; elle doubla son activité. Elle intéressa Vivement le peuple à son Ami penéculé pour hdj fugitifs m périL {Ibidem, tome II« page 396.) £n vérité, on ne se contredit pas plus grossièrement; « le pérU Haii peu de chose f et eependmt Marat persécuté était forcé par le pouvoir de vicre caché pour éclufpper à ce péril! » Qms vull perdere Jupiter detnentat .• (juand iupiter reiKonti*e un écrivain sans enti*uilles, de peur de contagion» il le prive du sens commun. Mous soubattona à M. MkMet que la peike ae lui remekjammê le même service*

Il fallait être Marat pour résister; le lait est qu'A y laissa son aisance personnelle, la fortune de sa femme, son repos, sa santé, sa vie; comljien de temps encore rigiKwauco du peuple, l'indilTéience des égoïstes, l'injustice des ennemis de la liberté nous forœnml-ila d'ajouter qvii 'À y laissa sa mémoire?

L'importance du journal tAmi du Peuple , l'influenee qu*ll exerça sur la trarche des idées, ne sont-elles pas suffisamment démontrées par le récit de tous les obstacles qu'on opposa à k publication? S'arme- t-ou aussi foitement *

contre un ennemi imaginaire? Il serait superflu d'insister, Marat avait primitivement conçu le projet de cesser sa feaille quotidienne avec la Constituante, car nous lisons au numéro oAO, & propos d*u9 plan d'économie rurale qa*il présente : « Avant de quitter ]a plume que j*ai consacrée depuis trois ans à la défense des droits de la nation et de la liberté publique, mon dernier regard sera pour le peuple pour lequel je n*ai pas craint de me faire anathème. » Mais les élections venaient de nommer à la Législative tant de gens qui lui paraissaient suspects sous le masque du patriotisme» qu'il aurait cru trahir la cause de la liberté dans un moment aussi critique, s*il eût déposé sa plume de journaliste. Il la reprit; ce fut pur dévouement. Qu'avait-il, eu ell'et, à y gagner? Lui-même va nous l'apprendre dans une lettre empreinte d'une profonde tristesse, et qu'il adjessait aux pères conscrits quelques jours après la déclaration précédente. « Gomme il n'y a plus d'eau à boire à être hoinme de bien, comme il n'y a que les galères à gagner en défendant les di'oits de la nation, et la corde à craindre en disant de tristes vérités à M. Capet, l'Ami du peuple a riiouneur de vous donner avis qu'il est sur le point de renoncer à la lolle entreprise de s'immoler au salut public pour ne plus songer qu'à refaire sa fortune, s*étani réduit à la bemce dans la poursuite de ce projet insensé, ayant été même dévalisé chez quelques citoyens auxquels il avait demandé asile. » Voilà ce qu'il avait gagné, voilà ce qui l'attendait encore, s'il continuait son journal; il n'hésita pas. S'il ne faut pas appeler cela dévouement, quel nom lui donnerons-nous? l'iutôt que de se résoudre à cet aveu, M. Michelet qui, comme on sait, a lu l'Ami du Peuple la plume à la maiuy affirme que « Marat gagna beaucoup d'argent par son journal, et récut aisé. » {Histoire de la Révolution française, tome II, page 306.) Nous mettons l'historien au défi de prouver cette affirmation.

Mais c'est Marat qui parle de sa pauvreté, penserez-vous sans doute; ne peut-il pas en imposer pour faire valoir ses

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