‹ Marat, l'ami du peupleChapitre 27 sur 70 · AOUT 1789 — 22 JANVIER · texte numérisé non relu

AOUT 1789 — 22 JANVIER

Sommaire. — Incriminations de M&rat contre IWasomblée nationale à propos âa pl^ jnt de di«irioi» «B 4»Bjt chMHbfois— lida v«lo mmtfWnt, — VéciUibl* aitmlloo poUtique de la Ffuee en lias^M. — AocnaetiiNweonti» le eorpe nraeidiMl. — eontn

lo rli.'iti let. Pouvoirs du déléguant sur le délégué. — Premiftres poursuites par rHôtcl-de-Vi!î(> contri; l'Ami du petiple. — Poursuites continuées par !e ChAtelet. Purt prise par Moral daiui Itis jourotses des 5 et 6 octobre. — Cet événement lui rend l'cspuir. — Matât se cache à Versailles. Lecoiotre lui offke sa maison. « Grand ceiectiro de l'Ami dn penple. — n le léfbgie ft llonlBiMPlM« — H eit décoife» wl dt amené devant le cenité des lachenhca, |mis devant le 'eomité de la police. — Motifs do précautions de ces comités. — Expédition du 22 janvier HOO* — Récit de l'évasion de Marat par lui-môme. Eésomé de eon gtand principe politique.

Les principes hantsement avmié» et souleous par un écrivain politique équivaieKt à ^ actes-; aussi eatralnent-ils les iDdmes oeiieéifpieiuses. A partir éa jour eè Marat publia VOffrande à la patrie jus [u & sa mort, tout ce qn*ï\ «vt à sup-

porter, poursuites judiciaires, condamnations, pillage, exil, ne fut que le résultat de tel ou tel écrit.

Quelques numéros de son journal avaient à peine paru, que ses opinions avaient soulevé contre lui tous les pouvoirs; voyons si ce fut à tort ou à raison.

L'Assemblée nationale, on le croirait difficilement après le 14 juillet, avait émis le projet contre-révolutionnaire de se diviser en deux c!iariil)i-es: système tout à l'aNauta^i^e de la cour, et que depuis nous avons vu s'établir sous le nom de Chambre des pairs et Chambre des députés, ou sous une autre dénomination analogue. A cette proposition, le journaliste répond par un dilemme qui ne laissait pas d*échappatoire

BIOGRAPHIE

aux parlementaires les plus retors : « Si elles ont les mèines intérêts, elles seront animées du même esprit et presque

toujours d'accord sur les mêmes points : elles ne serviront donc qu'à compliquer inutilement la macliine politique. Si elles oot des intérêts dilTérents, celle qui aara le contrôle ne servira qu'à embarrasser et à arrêter la marche de celle qui aura la puissance législative, le jeu dé la madiîne politique sera détruit... « Gomment imaginer qu'une lot faite dans la chambre basse, pour anéantir les restes du réprime féodal, passât jamais dans la chambre haute? Qu'ijii en jn*;p par tout ce que les ordres privilégies ont • fait pour emp cher leur réunion aux commuiies. Sans les scènes sanglantes qui ont suivi la prise de la Bastille, qud honime de sens oserait prétendre qu'ils y eussent jamus consenti ? » (VAmi du Peuple j N*> 1 .) Marat n'avait pas oublié qaé le haut clergé et la noblesse faisaient encore partie de cette Constituante qu'ils avaient cherché k anéantir au d.Mjut de la réunion des états, et dont ils auraient dû être expulsés après le 23 juin; il savait qu'ils ne s'y étaient maintenus que pour mieux entraver la marche de la Révolution; le décret qu'ils venaient de proposer n'était- il pas un déguisement de la division des ordres? Le logicien avait non-seulement le droit, mais le de\oir de suspecter une telle assemblée ?

(^c n'est pas tout, il s'agissait d'un autre décret bien plus réactionnaire encore: on voulait donner au roi le droit d'empêcher la promulgation des lois réputées libérales, par l'opposition de son veto. Si la division des chambres fut rejêtée, par compensation le veto royal fut accepté en partie et suffisamment pour donner à la cour le temps de rémtiir ses forces et d'en finir avec la Révolution ; on sait que l^^s législateurs déc!*étérent le rrfo s?fsp('/>sif. Ici Marat raj)|)elait le principe qu'il avait posé naguère dans sa constitution : « Coniuient la sanction royale a-t-elle pu faire le sujet d'une quesiion? Le veto est le droit d* empêcher l'effet d'un acte du pouvoir législatif ; qui ne voit que ce droit ne peut appartenir qu'à la na-

JEAN-PAUL MAKAT

tion? )> (L'Ami du Peuple, N** 1.) £t plus loin : « Ce décret est attentatoire à la souveraineté du peuple, à la liberté publique, il doit donc être annulé par la nation. » (Ibidem^ 5.) Sont^ce

bien ceux qui applaudissent à la résistance des communes, au Jeu de Paume, qui improuveronl Tappel à la résistance contre des mandataires infidèles ou inconséciuents? Que le roi reprenne la puissance absolue par lui-même ou qu'elle lui soit rendue par décret d'une chambre,- le résultat pour le peuple n*est-il pas le même? Que ce dernier s'insurge par ses représentants dans telle circonstance ou par lui-même dans telle autre, n'est-ce pas user du même droit? l'ist-ce là ce qu'on nomme un appel à ranarchie? Jusques à quand quali- . fiera-t-on de ce nom l'appel au peuple, c'est-à-dire l'appel au réputé souveraîn par les j^l^s grands législateurs? Ou renonçons à la logique, ou déclarons qu'en cette question encore Marat ne sortait pas des principes, et qu'il était en droit de s'écrièr : « Il n'est que trop évident qu'une puissante faction, cachée au sein même des LUls Généraux, ne travaille qu'a faire manquer le grand œuvre de la régénération de l'empire. » {L'Ami du Peuple, ÎS* 7.)

Que ne pouvons-nous ici reproduire dans son entier le discours qu'il adresse au peuple en songeant à tout le mal qui s'est fait, depuis deux mois Seulement, par les pouvoirs conjurés? On y verrait sans doute un tableau différent de celui que les liistoriens se complaisent à couvrir de couleurs si riantes. Mais, pour être plus sombre, en serait-il moins vrai? Il semble, à les entendre, qu'il n'y ait plus après le 1 A juillet, après surtout la nuit du h août, qu'à chanter un Gloria palril àTeflusion de tous les cœurs, à la concorde de toutes les âmes généreuses; et cela, pour se donner le droit plus tard de crier malédiction stir les perturbateurs ambitieux qui ont osé troubler un si touchant accord. Mensonge, éternel mensonge, qui n'était propre, au lendemain de toute révolution subséquente, qu'à rejeter le peuple dans les mêmes fautes par la même confiance. Si nous ne pouvons citer, qu'on n'oublie

BIOGRAPHIE

pas les sources. Quelques lignes encore pour confondre les historiens modernes : « 0 Français! peuple vain et frivole,

au lien de sentir que votre indépendance est l'ouvrage des conjonctures, vous en Laites honneur à votre sagesse, à votre courage; la vanité vous aveugle, et, dans l'ivresse d'un faux triomphe, vous laissez vos perfides ennemis renouer tranquillement les fils de leur trame odieuse.,,. Peuple inconsidéré, livrez-vous à la joie, courez dans les temples, faites retentir les airs de vos chants de triomphe, et fatiguez le ciel de vos actions de grâces pour un bien dont vous ne jouissez pas! Vous n'avez plus de tyran, mais vous épronvt'z encore les eflets de la tyrannie; vous n'avez plus de maîtres, mais vous ressentez encore les maux de l'oppression; vous ne tenez qu'un fantôme, et vous êtes plus loin du bonheur que jamais. Hé! de quoi vous applaudiriez-vous? D'un bout du royaume àTautre l'État est en travail et en convulsions; vous êtes dans l'inforlune, vos ateliers sont déserts, vos manufactures abandoiinée?^, votre commerce est dans la stagnation, vos finances sont ruinées, vos troupes sont débandées; vous vivez dans l'anarchie, et, pour surcroît de calamité, c'est en vain que le ciel a eu pillé de vous, c'est en vain qu'il a combattu pour vous, c^est en vain qu'il vous a ouvert les trésors de la fécondité. Vous n'avez échappé aux horreurs de la famine que pour éprouver la disette au sein même de l'abondance. ^ [L'Ami du Peuple^ 18 septembre 1789.) Voilà la vérité liistorique.

La contre- révolution tramait de tous les côtés à la fois? Abordons la municipalité : « A peine est-il un seul comité où ne se trouve quelque pensionnaire du prince, quelque membre qui ne subsiste de ses largesses, quelque aristocrate à funeste projet, (piehpic agent corrompu. Croira-t-on qu'ci la, tète de tous est un académicien (BaiUy) comblé de pensions du roi ?...» lin des grands reproches faits à Marat, c'est de n'avoir pu croire à la sincérité du dévouement patriotique des pensionnés de la cour. Mais comme on ne pouvait lui imputer à crime cette incrédulité» on a dit : Marat ne s'attaqua à Bailly,

JliAN-PAUL MAUAT.

à Condorcet, à d'autres encore, que parce qu*t1s étaient académiciens. On dcplaç:iit la question pour n'avoir pas à la résoudre; nous promettons de le faire. Hovenons aux comités de rilotcl-de-Ville de Paris. « Parlerons - nous des déprédations, dont quelques-uns sont accusés, du salaire exorbî^ tant de cette légion d'employés qui dévorent le peuple et augmentent sa misère... (On sait qu*en elTet les districts demandèrent des coniinc:^, et que plusieurs comités en éludèrent la rcndiiion.) Ce comité de police, un régnent d'insolents aristocrates qui osent se rendre maîtres du sort des prisonnlei's ; ce comité des subsistances, que dirigeaient deux anciens accapareurs aux gages du gouvernement, ce voile impénétrable qui couvre toutes leurs opéi'ations; ce corps énorme de milice soldée; ces appointements excessifs de Tétat-major ; cet esprit de corps que Ton s'eiïorce d'inspirer à la milice hourj^enise ; ce soin extrême de défendre les assemblées du peuple comme attroupements tumultueux... n (L'Ami du Peuple^ N**' 1&-15.) £n résumé la Ville est aussi gangrenée que l'Assemblée.

Passons au Gbâtelet. « Le moment d'attaquer ce iribunal me paraissait favorable. Alarmé des efforts continuels de ses membres pour oppriîîier les amis de la liberté et sauver les traîtres à la paii-ie, je brûlai de les déunucer au public... L'odieuse pariiallté des grefliei'S, des rapporteurs, des juges dans r affaire du baron de Bezenval, dans celle de MM. Martin et Duval de Stain, dans la déposition de M. Rivière , dans les interrogatoires du chevalier ftutlege et du marquis de Favras, me saisirent d*indignation ; j'oubliai ma propre cause pour celle du public, et, comptant pour rien les danuers (pie je courais, j'invit.tî les bons citoyens h se porter en f uie au Chàtelet, à exiger que l'instruction de la procédure se fît k baute voix, et à faire valoir leurs droits. » {ÀppH à la, Nation.) Comment le pouvoir judiciaii'e n'aurait- il pas été royaliste, puis [u*ii n*avait pas été changé?

Nous ne nous étonnerous yAus maintenant que tous les

BlUGUAPHi£. 249

de rÉftail aient été d'amord pour étovfler au plus ynito' cet intrépide dénonciateur, cet eimemt de l'aittorité. Ce fut

un haro f:^énér.iL Ajoutez que Marat se résumai i ainsi, le 20 septembre, dans un discours au\ districts : « ilejetez, sans l>ala»cer, toai homme aux gages du gouveiiiement, tout pensîoniiajre royal, tout conseiller, tout commissaire, tout membre des parlements, tout sqf^pôt da despolûme on de l'aristocratie ; leurs majdmes sont celles de la servitode et de Toppression ; ils vendraient vos intérêts, sacrifieraient vos droits, et ne travailleraient qu'à vous perdre. Jiejetez pareillement tout entre- . preneur, tout monopoleur, tout accapai cur: vils osclaves de la fortune , ils ne cherchent que la protection des hommes en place ou des hommes en faveur : et comment vos intérêts «eratent-Hs en sûreté dans des mains qui ne travaillent qu*à se cliarger de vos dépouilles? » Style déclamatoire, écrit M. Miclielet ; soit, qu'on en Liu ive xm autte, mais qu'on répète les mèines conseils et sans cesse, car, je le juie par tout ce que nous autres postérité avons va depuis , c'est là le mal, la contagion dont les germes ont passé dans le sang des petits-fds. Le journali$(te terminait en ces termes : « Entîfaatnez vos représentants à leurs devoirs en vous ménageant les moyens de les rappeler lorsqu'ils s'en écartent, et de les punir lorsqu'ils les violent; qu'à chaque instant le làclie qui serait tenté de manquer de foi sente qu'il est sous votre main. » {L^Ami du Peuple^ N* 16.)

Quel renversement dans les idées de cenx même qni se croyaient les plus avancés l En eiïet , Mirabeau , dans une séance orageuse et célèbre, avait fait proclamer Tinvidabilité des repr('"S('iiiants; le décret étiiit juste sons un point de vue, puisqu'il ne tendait qu'à défendre le ])ouvoir législatif contre les atteintes de l'exécutif; mais, comme tout ce qui vient des ennemis de la liberté, ce décret cachait un piège, à savoir que le commettant n*a pas droit sur le dépoté. Le peuple s*y laissa prendre, il applaudit à la motion du grand orateur^ et conclut que lui non plus n'avait pas de droits sur ses délégués :

JiiA.N-PAUL M A H AT.

il s'assimilait, lui souverain, au pouvoir exécutif 1 Les affîdés de la Constituante se gardèrent bien de le détromper. Mais

voilà que tout à coup un agifateur vient professer liauteinent que les députés dépendent de ceux qui les envoient, que tout loûctionnaire est à chaque instant sous la surveillance de celui qui le nomme, que le chargé d'aiïaires n'est pas au-dessus de son client, le sujet au-dessus du souverain, qu'en un mot, le peuple en tout, partout et toujours reste le maître.

. . . i}iw\ crime abominable!

Rien (luo la morl n'est capable D'expier ce forfait.

C'est aller trop vite, pensèrent aussi les patriotes timides et sans principes; pendant que l'opinion publique est encore indécise, étouffons au plus tôt cet homme dangereux, se

dirent tout bas les fonctionnaires de tous les rangs. Ce fut comme un mot d'ordre, tous s'entendirent.: ceux-ci pour écraser Marat, ceux-Là pour laisser faire.

Et potutant quoi de plus logique? Ne nous lassons pas de le répéter : un peuple ne peut être libre qu'autant qu'il aura pompris que, si la nécessité de régler les intérêts de tous donna naissance à Tadministration gouvernementale, il n'en conserve pas moins le droit éternel de créer à sa vulunié les fonctionnaires publics, de les surveiller sans cesse, d'honorer ceux qui sont fidèles à leur mandat, d'arracher à leurs fonctions les lâches qui en abusent, et de les punir s'ils prévariquent. Hors de là, pas de citoyens, je ne vois que des esclaves.

Et puisque les empiétements de l'autorité sur les droits du peuple sont causes de toutes les calaaiiiés publi(}ues, sont les véritables et les plus imminents dangers qui nous menacent, n'étaii-il pas du devoir du journaliste de les signaler tout d'abord aux patriotes? Invente- t-il un aphorisme de drconstaoce ? Ne l'a-t-il pas posé dans son Plan de Canstitu-' iion? Ne sommes-nous pas convenus qu'il était juste? N'est-il

BIOGRAPHIE

pas la conséffnence de la déclaration de la soiiveraînelé du peuple, prononcée solennellemeat par TAssemblée nationale elle-même? Plus seront vives les persécutions que l'Ami du peuple supportera pour sa persistance « pour son énergie à propager, à défendre le principe de la dépendance des fonctionnaires , point de départ de la doctrine que nous appellerons inaratiste, plus elles prouveront que l'auteur avait mis le doigt sur la plaie brùlanto, qu'il attaquait le mal dans sa racine, llappelez-vous rbistoire entière de la Révolution française; qu'est-ce qui a amené toutes les catastrophes sanglantes? L'abus de Tautorité. C'est toujours le mandataire qui aspire à gouverner sans contrôle, qui veut dominer le souverain; qu'il s'appelle Louis XVI ou Robespierre, Assemblée constituante ou législative. Crions-le bien haut : les obstacles à la liberté, à la justice, tieunenL bitu moins à la ditlicuité d'organiser les choses, qu'aux empiétements tyraoniques des indivickis préposés à cette organisation. C'est donc eux qii'il s'agit de surveiller sans cesse. Et comme cette tâche ne pouvait s'accomplir sans s'attaquer aux personnalités, puisqu'un fonctionnaire est nécessairement tel ou tel individu, Marat souleva contre lui une animosité qui n'est pas cncure éteinte aujourd'bui, parce qu'à toute époque les mêmes intérêts forcent aux mêmes résistances. Les ennemis de l'Ami du peuple ont été et seront toujours les , défenseurs de l'autorité gouvernementale sans contrôle. Saivonfr-le pas à pas dans la Révolution, et nous allons voir que chaque puissance poursuivie pour ses niélaits lui fera une persécution nouvelle. Qu'on nous pardonne d'avoir tant insisté : il s'agissait d'un princif^e esseniieilement maiatiste, sans l'admission duquel il faut s'arrêter à cette page de notre travail.

2 Le journaliste n'avait pas épargné les autorités municipales; il avait nominativement désigné les unes et si clairement fait allusion aux autres, que le doute n'était pas possible. Pour conclusion il s'était écrié : « Peuple insensé! seras- tu doue toujours victime de ton aveuglement? Ouvre

iEAN-PÂUL MARAT.

enfin les yeux, sors de ta léthargie, purge tes comités, conserves-eu les membres sains, balayes-en les membres corrompusU.» Dans les mains de la manicipalUé de Paris réside actaellemeiit le pouvoir enéealif ; qtit U municipalité soit régénérée! • {L'Ami du Peuple, N» 15,)

Le cotip était rude; il tombait d'aplomb sur le vertueux Bailly, le dieu du moment ; eu auv idolâtres il faat toujours un fcLichf pour entretenir la croyance, doux oreiller des îêtes vides. Grande émotion dans les comités attaqués eux-mêmes; belle occasion pour ces derniers de dissimuler l'intérêt personnel, de le couTrir du masque do dévouement au chef, au grand citoyen, au délégué du peuple. En conséquence tous s'assemblent, tous sont unanimes que l'irrespeclueiix anarchiste suit incoaiiuent sommé de comparaître. L'ordre est intimé à l'Ami du peuple. Le rédacteur ne reconnaît pas en principe la juridiction de ce tribunal arbitraire; pour cette fois cependant il se présentera par déférence. U attend cinq morlelles heures, mais il ne peut (^tenîr d'être entendu. Le lendemam même exactitude, même attente inutile; il écrit dans sa feuille : (( Messieurs, vos occupations S')nt infinies» sans lioiite, les miennes ne le sont pas moins, et elles intéressent bien davantage le public. Je suis l'œil du peuple, vous en êtes tout au plus le petit doigt; ainsi trouvez bon qu'avare de mon temps j'attende chea moi de nouveaux ordres. » {VAmi du Peuple^ 18.) Présomptueux Marat, qui se croit au-dessus d'un employé de mairie { qui se croit égal à M. le maire, à ufi boaune (lui a u^e écbarpel Orgueilleux Marat, qui ose s'intituler l'œil du peuple, parce qu'il voit ce qui crevé les yeux de tout le monde, ce que lui seul ose dénoncer !

Au fond on avait pensé à rH6tel-de-ViIle qu'une menace partie de si haut suffirait pour faire réfléchir l'irrévérencieux journaliste; mais, la feuille continuant sur le même ton,

l'ordre de se présenter fut renouvelé le 28 septembre. Marat comparait vers les sept heures du soir. L'hounéte Bailly,

BIOGHAPIIIK

qui n'est pas si naïf ffu'il veut s'en donner Vciir, et qui craint le reproclie d ètie juj^e et partie clans sa propre cause, lit gravement au préveau une dhioticialion du district de9 FiUes-- Saini-^Thomes, qui accuse Mai a4; d'avoir osé sommer l'Assemblée des représentaots de la commone de se purger de ses membrt^s corrompus. Et pour gagner le public à sa cause, car rien n'attendrit le public comme le rôle de paternité joué par le pouvoir coustitué, le secrétaire chargé de la lecture de la susdite dénonciation se liàte d'ajouter ; « Noos croyons cependant que c'est le zèle patriotique qui conduit votre plume* — Je ne vous ferai pas le même compliment, répond brutalement Marat; pendcmt que depuis neuf mois je me suis mis au pain et à Teau pour fournir aux frais d'inipiession et servir de la plume ma patrie, vous, monsieur le piofessour royal, vous avez l'art, counne M. le inaire et plusieurs de vos collègues, de vous montrer bous patriotes tout en conservant vos places et vos pensions. Je sais bien à qui vous en ferez accroire, mais à coup sûr ce ne sera pas aux sages qui connaissent lé monde... Tous ces hommes que vous nous donnez pour amis du peuple en étaient les ennemis avant le \li juillet; je ne crois ])as qu'un mouh ut sullisc à la métauiorpbose. » [L'Ami du Ptapley iN^* 20-20. ) licriJéuient voilà un bomme dangereux» doublement à cr^iiudre, car il ne croit pas. En politique comme en religion le haut fonctionnaii-e et le prêtre pardonnent tout, excepté Tincrédulité : en effet, on peut composer avec toute passion; mais malheur à qui n'a pas la foi! c*est on philosophe, un anarchiste, un révolutionnaire, qu'inq)ortc le mot? c'est adaire d'rpoqae; l'incrédule à T autorité est uu iiouime dont il faut à tout prix se défaire.

Beati qui mm vidorunt, Et lortUer credidenint, Yitam œtemam babebant.

AUeluiat

Le conseil municipal dut comprendre qu'il avait aÛuire à

JBÂN-PAUL MARAT.

un citoyen qu'aucun respect humain n'intimiderait. Cependant soit qu'il n'eût pas prévu la résistance, suit irrésolution, soit crainte de donner au prévenu trop d'impoitunce par une condamnation, soit pour se donner le temps d*une attaque mieux combinée, l'assemblée n'alla pas plus loin et ordonna au journaliste de se retirer. Le fait est qu'elle attendait une meilleure occasion, et qu'elle avait tort dans le fond et dans la forme; la preuve, c'est que Bailly lui-miMne avoue dans ses Mémoires que « si Marat a eu raison dans cette circonstance, il est juste de. le dire, car il n'en a pas fait habitude. » {Avant- Moniieur, page 117.) Le vertueux magistrat croyait sans doute que l'humilité d'un aveu le sauverait devant la postérité du reproche d'abus de pouvoir : tous les vices ont leur tartuferie. Faut-il ajouter, à la honte de tout le coi ps municipal, qiK' quelques jours après la comparution, le district des Filies-Saiiit-Tiiomas écrivait au Conseil pour désavouer la dénonciation faite en son nom par deux commissaires de service subornés par les autorités municipales? Puis, liez-vous aux autorités !

Ainsi constatons bien, sur la déclaration même des parties intéressées, que la première poursuite exercée coiiL:o Marat fut un abus de pouvoir : pouvait-on s'y prendre plus maladroitement pour inculquer à un mécréant la conllauce aveugle et la soumission?

On prévoit que si les municipaux avaient cédé , ce n'avait point été sans se promettre de ne pas laisser échapper la première occasion de sévir. Elle ne pouvait tarder, l'interprétation des lois est si large et si facile; à quelques jours de là elle s'offrit à souhait. Un individu, à la parole duquel l'Ami du peuple avait tout lieu de se fier, était venu se plaindre du secrétaire de la commune, l'accusant de falsification dans la la rédaction d'un arrêt Marat, révolté de cet abus de coa<fiance, dénonce immédiatement dans son journal le sieur Joly. Maïs l'information n'était pas exacte, le dénoncé n'était pas le vrai coupable. Bravo 1 cette fois le motif d'ari esution est irré-

DiOliUAPllIL

cusable; 9 est évident qu'il y a calomnie, calomnie déversée

sur un an;ent de raiitorilôî On se récrie, on souffle l'indignation; pour l;i faii o partager au public, on va jusqu'à imprimer contre le calomniateur un placard. Insensés 1 qui ne prévoient pas qu'ils viennent de forger une arme que l'adversaire va lenr arracher des mains, et dont il les exterminera sans qu'ils aient lieu de se plaindre !

Le journaliste avoue sa méprise, se rétracte. Inutile rétractation, ce n'est pas ce qu'on demande; on veut sévir contre cet homme devant lequel il a fallu reculer, auquel on ne peut pardonner, puisqu'on a eu tort envers lui. A cette lin, on conseille au sieur Joly de porter plainte devant le Ghâtelet, ce tribunal de sang qui brûlait autrefois ses victimes, qui peut encore les étoulTer aujourd*liui , dont Marat a demandé Fabolition. Un décret de prise de corps est immédiatement lancé par les juges royaux contre l'Ami du peuple; le 0 octobre, l'huissier se saisira de sa personne.

Le 6 octobre 1789! la date n'était pas heureuse, l'autorité jouait de malheur. Le Uiâteiet avait compté sans Forgie des gardes du corps, sans l'audacieuse insolence de Marie-Antoinette, sans la colère des dames de la Halle, leur départ pour Versailles, le retour du roî et de l'Assemblée nationale à Paris, sans les fameuses journées des 5 et (5. Ne semblait-il pas que déjà le peuple de Paris eût suivi à la lettre le conseil du législateur-journaliste ; « Les fonctionnaires doi veut toujours rester sous la main du peuple? » Le fait est que Marat n'avait pas peu contribué à cet événement politique. On sait le mot d'ordre de l'expédition : le boulanger, la boulangère et le petit mitron. Cela voulait dire : la disette est organisée par la cour, surveillons~Ia de ])lus près, et le pain du moins nous isera assuré pour notre argent. Or, nous lisons au numéro 6 du 16 septembre : « Aujourd'hui les horreurs de la disette se sont fait sentir de nouveau, les boutiques des boulangers sont assiégées, le pain maiiqne au petq>le; et c'est après la plus

riche récolte, au sein même de l'abondance, que nous sommes I. • • 45

JEAN-PAUL UARAT.

à la veille de périr de faim ! Peut-on douter que nous ne soyons environnés do traîtres qui cherchent à consommer notre ruine? Serait-ce à la rage .des ennemis publics, à la eupidité des monopoleurs, à Timpéritie ou â VinfidHUé des adinînisirateurs que nous devons cette calamité? » Dé ces paroles à IVxpédition populaire il y^a la distance du motif d'aciloii à l'ellet. Si le peuple s'adressait au roi de préférera e à la mufiicipalité ou au ministre, c'est qu'il faut biea faîre remonter jusqu'à lui la source de tout mal, puisque tout monarque s*attribue tout (e bien; les masses ont leur logique aussi. Ajoutons que le démagogue Marat avait eu en outre sa petite part personnelle dans la catastrophe; c'est un concurrent en journalisme qui en fait foi : « Marat vole à Versailles, écrit Camill(!, re vient comme l'éclair, fait lui seul autant de bruit que quatre trompettes du jugement dernier et nous crie : 0 morts! levez-vous. [Journal des Révolutions de France el de Brabant^ &0.) On juge aisément que les conseillers du Gbàtelet se gardèrent bien pour le moment de rendre leur décret exécutoire.

Si Marat était revenu en si grande hâte de Versailles, c'est qu'il ne voulait pas voir celle fois le peuple perdi e le fruit d'une nouvelle victoire, comme il avait perdu celui de la prise de la Bastille. Il revenait pour consigner dans sa feuille les dispositions à prendre : <i Tous les bons citoyens doivent s'assembler en armes, envoyer un nombreux détachement pour enlever toutes les poudres d'Essonne ; .chaque district doit retirer ses canons de l'Hôtel-de-Ville. La milice naùouule doits* assurer de ses chefs, s'iL donnent des ordi es hosiiles. »

Ami du PcupUy 25.) — 11 veut anuer la populace I que deviendrions- noîi*, se dirent les néo-privilégiés? — Qui, noM? fin dehors du peuple, il n'y a que les ennemis da peuple; qu'ils subissent la loi des vaincus ou qu'ils rentrent dans les cadres civiques ; ainsd le veut Tégalité, la Révolu* tion, la justice armée. L'atfairc des 5 et 0 octobre lut une de celiez i^ur lesquelles Marat influa le plus chi ecteuieut; aussi sa

Bio.GaàPHiE. m

joie était-elle grande. 11 est si rare qu'il se Laisse aller àTespérance, que nous demandons la permission d'en consigner ici les termes : « Le roi, la reine et le dauphin sont arrivés tlaDs la capitale vers les sept heures du 8otr. C'est une fête pour les bons Parisiens de posséder leur roi. Sa présence ira^ faire bien proniptement changer les choses de face; le pauvre peuple ne mourra plus de iaiiu. Mais ce bonheur s'évanoui- ^ rait bieîîtùt comme un sonp;e, si nous ne iîxions au milieu de nous la iamille royaie jus lu'à ce que la Constitution soit compiétement consacrée. L'Ami du peuple partage la joie de ses ehers concitoyens, mais il ne se livrera point au sommeil. » {L'Ami du Peuple f 7 octobre 1789.) Faut* il ajouter que» comme Y^xHt avancé le journaliste, Tabondance se fit par enchantemeni du jour an lendemain. N<.ns avons été, depuis cette époqtie, si .souxenl téînoins du miracle de la multijiHcation des pa'ns, qu'il n'est pas besoin de preuves à l'appui.

Mais hélas i triomphe facile, triomphe inutile. Les Parisiens «nivrés n*avaîent pas suivi les principaux conseils de Marat, Us ne s'étaient pas emparés des armes de Tennemi ; jamais le peuple ne fut plus adroitement joué qu'en cette journée du 6. Municipaux, députés, jup^es, clergé, liants fonctionnaires, tous applaudissent clialeui-euseuH nt h !a géiiéi osiié du vainqueur, on le grise de sa victoire; la cour courbe l'échiné, la relue sourit gracieusement à la foule, le roi pleure, Bailly l'aca^ démicien style un bon mot; en fallait- il davantage? 0eux jours après, tout était rentré dans l'ordre, si bien que le 8 du même mois, le Châtelet, chose inouïe, put lancer contre Marat lu nouveau mandat d'arrêt.

Dès la nuit même, une troupe d'alguazils suivis d'une voiture se présentait rue du Vieux-Colombier, pour enlever le prévenu : « C'en était £ût de moi, s'ils fussent parvenus à forcer la porte qu'on refasait de leur ouvrir. Les ennemis publics me regardaient comme le premier moteur de Tinsur* rection qui venait de sauver la paLi ic. Ils mirent nia tète à prix, et, pour couvrir l'assassinat, ils firent courir le bruit

J£AN-PAUL MAKAT.

que fêtais dans les cachots du Chàtelet. Que je m'acquitle ici d'un devoir cher à mon cœur envers tant de bous citoyens qai vinrent me presser de chercher mon salut daos la fuite. Tavais informé deux districts des dangers que je courais ; Tun fit faire de fréquentes patrouilles devant ma porte, Tautre m'envoya quelques ofOciei-s pour me mettre en sûreté. Plu sieurs amis, ne so liant qu'à leur zèle, m'enlevèrent de chez moi et me conduisirent à Versailles. J'adi-essai mes re''clamations à l'Assemblée. Ce serait manquer à la reconnaissance que de passer soqs silence les eiloits réitérés que fit M. Fréteau, son digne président, pour l'engager à les prendre en considération... » {L* Ami du Peuple^ N* 70.)

Nous devons à la vérité de dire ici que ce furent les représentants réputés les plus patriotes qui appuyèrent l'attenlat de la fnuiilci])a1ité. ISons les verrons souvent encore se joindre au pouvoir quand il s'agira de Marat, d'un homme plus avancé qu*eux : la supériorité du caractère ne se pardonne pas plus que celle du génie.

Il y avait huit jours à peine que Marat était caché, que le traiteur chez lequel il s'était retiré soupçonna qu'il pouvait bien avoir chez lui un personnaî^e compromettant pour sa propre sûreté; de là, dénonciation du suspect à la garde nationale de Versailles. Un ami, instruit à temps de l'alTalre, accourt en avertir Marat; au moment x>ù celui-ci allait monter en voiture, deux officiers sans armes entrèrent dans sa chambre suivis de plusieurs soldats : a Nous venons savoir qui vous êtes et ce que vous faites ici. — Mon nom ne vous est pas inconnu, je suis l'Ami du peuple qui continue h travailler pour la patrie, et qui est dans la retraite pour échapper aux assassins. — L'Ami du peuple! Ahi il est en sûreté parmi nous, qu'il y reste, tous ses concitoyens sont prêts à le défendre. » A l'instant le détachement est renvoyé, on conduit f Marat chez le colonel (c'était Lecointre, qui plus tard révéla les circonstances qui accompagnèrent Tassassiuat juridique de Danton). Le patriote oUre au persécuté sa maison pour

UlOGUAPHIE. m

asile, et tous les secours dont il pourrait avoir besoin. (L'Ami

du Peuple, 70.)

Dira-t~on que nous avons exagéré l'importance d'un journal en cours de publication depuis cinq semaines à peine, quand on voit son rédacteur devenu (kja, aux yeux des patriotes, l'une des colonnes de la Révolution? A quoi devaitil cette célébrité? k son génie créateur? Non» Marat n'était pas à ce titre un homme de génie. A son talent comme écrivain? Pas davantage, le rédacteur de VAmi du Peuple n* avait, sous ce rapport, que ce que peut donner nne bonne éducation et l'ardent desir de bien iaue. Il la devait à un caractère élevé, qu'éclairait une rare justesse d'esprit, que soutenait un grand cœur. Et en effet, qu'a-tp^U créé de neuf jusqu'à ce jour ?. Précisément rien. Hais il a su tirer toutes les conséquences de principes émis par d*autres, mais il n'a pas hésité aies proclamer, mais il puisait son courage dans l'indignation que soulevait en lui le spectacle des soullrauces d'auirui. C'était assez pour fane la i;luire d'un homme.

Cette petite échauiïourée, quoique sans graves consé« quences, n'avait pas laissé que de faire tort au persécuté; son asilç était découvert, il ne pouvait dès lors rester plus longtemps à Versailles. Le Ghâtelet, en outre, venait d'être investi d'une puissance plus redoutable encore ; par décret du •21 octobre, l' Assemblée nationale avait conféré à ce tribunal, tout composé des créatures du roi, l'information et le jugement des crimes de lèse-nation ; or, on sait s'il est iacile aux juges de changer à volonté la nature d'un crime, que dis-je? . d'une peccadille ; il n'y a rien à ajouter aux réflexions de Montesquieu, homme du métier, à ce sujet. Ce n'est pas tout, Marat avait dénoncé comme accapareur le grand Aecker, autre dieu du moment; il l'avait qualifié d'asrent de famine, il tenait prête dans i^es cartons une brocimre révélatrice dont le ministre savait le contenu, dont il redoutait la publication. Voilà plus de motifs qu'il n'en fallait pour se cacher avec plus de soin que jamais; la lutte corps à corps avec d'aussi puissants ennemis

était impossible, l'Âmi d|i peuple alla se réfugier à Montmartre» Cependant le journal n'en continuait pas moins à parattre»

toujours aussi violent contre la réaction. Des espions ne tardèrent pas à découvrir les pres-es; elles furent saisies par les comités de Saint-Étienne-du-Mont et de Saint-Andrédes-Àrcs. D'autres mouchards attachés aux pas de quelques amis que Marat voyait secrètement découvrirent sa nouvelle retraite, et, le samedi 12 décembre, sa demeure fut assaillie par un détachement de vingt hommes. Qu*on nous pardonne ces di'tails peu intéressants pour une histoire générale, mais d'une véritable importance pour connaître le caractère d'un homme que ses ennemis et même ses amis ont traité de lâche» Bientôt d'ailleurs, le personnage va nous échapper tout à fait, et, pendant quinze mois et plus, nous ne saurons qu'il existe que parce . que tous les matins nous entendrons les crieurs publics annoncer l'Ami du Peuple* Nous reprenons donc le récit. Les argousins de la police se précipitent sur une pjMic iinportanie qui, sans doute, leur ra])[ioriera bonne prime. <« J'aiiai leur ouvrir en chemise. — Qu'y a-t-il, messieurs, pour votre service ? — ÎSous venons vous arrêter. — Votre ordre Je ^ous suis. Permettez que je m'habille. Mes |>àpiers sont enlevés et j'arrive au comité des recherches. (Le lecteur n'a pas oublié que Tafiaire Joly, secrétaire de la mairie, est toujours le motif des poursuites.) Je m'annonçai moimême. — L* Ami du peuple, messieuis, qui vient vous voir. — Nous ne nous y attendions pas. — Combien devez-vous être ^our former un tribunal? — Trois. — J'aîtendrai donc. Et je ^ un siège auprès du feu. Ces messieurs m'avaient fait ^iveiller un peu brusquement, je n'avais pas déjeuné, j'acceptai une tasse de chocolat et fis la conversation. Prêts à vcibaliscr. ils me dornatidt i-ciit ce au'ils savaient coniuie moi, pourquoi j'avais (piitté P.iris, où j'avais été, combien de temps j'avais demeuré en chaque eadi'oit. Mon interrogatoire fini, arrive M. de Lafayette. Ces messieurs du comité me présentèrent à lui. — Qui sont ceux de mon état-major qui

BIOGKAPJIIE. 234

VOUS ont fait ombrage? me dit- il, — Je toos apprendrai cela

quelque jtuir clans un numéro. » {VAnii du Peuple^ 71.)

Du coiiiitt'' di'S rt'cheiTljcs on fiiit passer Marat dans le comlié de la police, coiiiiiie qui dirait de Gaipbe à Pilât e, tous agents du même pouvoir, obéissant au même mot d'ordie; et c'est cet engrenage de compression toujouis plus forte qu'on appelle en langue administrative les gages civiques de sûreté personnelle. Là chacun de reprocher à l'Ami du peii}>le ses incessantes di iion' iations. a Eh, messieurs, ne s( ntcz-vnus pas que ce sont là les petits dôsap^rrments du pa.-saiip de la servitude à la liberté ; et croyez-vous tout bomienient qu une révolution comme celle-ci ait pu s'opérer sans quelque éclablousâure ou quelcfues gouttes de sang? Je n'ai aucun dessein hostile contre vous, mais s*il fallait opter entre le deuil du comité de police et celui de la liberté, mon choix est tout fsût. Au denicuraiit, je vhus donn i;Li iiîi e.xcel'ent secr* t pt ur ne point aller à la lauterne : c'est de vous montrer bons pairiotes.» [ibid,)

On lui oiTrit une voiture pour le reconduire chez lui et une garde, s'il craignait de ne pas être en sût été. Un des membres du comité des recherches, M. Person, enchanfé de son patriotisme, l'embrasse avec le plus vif enthousiasme:

« Allez, lui dit-il, mon ami; écrivez toujours et déinasq;;^^ les Iripons. y [Ibid.) Le pouvoir arbitmire, malgré sa vive résistance, perdait tous les jours du terrain; l'enueun avait pénétré dans la place ; M. Person n'était pas le seul que la franchise altiëre, mais virile, de TAmi du peuple eût électrisé.

« Je sortis, ajoute Marat, touché de leurs procédés; je les. comparais en silence à ceux qu'auraient eus, en (mreti cas, des comniissaiies rojaux; je sentis Textrême di^iinajce de l'ancien au nouveau réu;imp,, et une émoîion dolicieuse pénétra mon âme. De rilôtel-de-Vilie je nie rendis chez un aun, puis aux italiens, où le signer Maudini et la signora Caletti suspendirent quelques moments les agitations du patriote. » {J[bid.)

JEAN-PACL MARAT.

D'où venait ce reviremeot dans les procédés des munid-

paiîx? C'est que la plupart des écrivains patriotes, pressentant bien que le coup qui allait frapper Marat les attendait euxmêmes, avaient pris fait et cause pour un confrère; c'est qu'ils avaient soulevé en sa faveur l'opinion publique : toutes les feuilles du temps en font foi, et notamment le journal de Camille; c'est que plusieurs districts s'étaient ouvertement prononcés pour l'Ami du peuple; c'est que la Constituante effrayée de sa propre réaction louvoyait en décrets contradictoires; c'tst que la c( ninuiiie prévoyait le dan^jjer ; c'est qu'enfin et surtout le Cliàtelet savait bien que Marat n'était pas homme à se laisser étrangler sans crier vengeance ; c'est que , comme l'homme qui se débat dans les convulsions de l'agonie, ces juges iniques sentaient que leur force apparente n'était que factice et qu'il faudrait bientôt mourir.

Marat n'élail pas dupe de la courtoisie forcée de la police. Profitant donc de la circoiistance, il se présente dès le lendemain à la mairie, enjoint à Bailly de lui rendre les presses que le maire avait fait saisir, lui accordant quatorze heures pour tout délai : elles lui furent rendues à la minute. C'est à partir de ce moment qu'il se fit lui-même imprimeur. C'est dans la rue de la Vieille-Comédie, au n*^ 89, à deux portées de fusil du club des Curdeliers, que l'Ami du peuple dressa son imprimerie, vraie place de guene devenue si redoutable par le feu roulant de motions révolutionnaires qu'elle projetait tous les matins, qu'il ne fallut rien moins, pour s'en emparer» que des régiments entiers et tous les pouvoirs coalisés. On va bientôt en juger.

Nous ne parlerons pas des ridicules escarmouches trouillotiqiies (|ui n'eurent d'autres résultats que la confusion des assiégeants. Nous devons rappeler seulement que c'est à propos de Tune d'elles que le district des Cordeliersj sur la motion de son président Danton, prenait ce célèbre arrêté par lequel on déclarait « qu'à l'avenir il serait nommé quatre commissaires piis dans le sein du district.

BlOGKÀPlUE. m

sans la signature collective desquels on ne pourrait mettre à

exécution aucun ordre de nature à priver un citoyen de isa liberté. » Le lendemain, le district Sainte-Marguerite adoptait le même arrêté. Ainsi voilà les déléguants qui se mettent en garde contre l'arbitraire des délégués; le souverain prend ses garanties, la Révolution s'afiirme. A qui doit-elle cette mesure de salut public ? A M arat, qui n'a cessé de la recommander, qui en a fait le point de départ de sa doctrine.

Mais que va devenir raatorité, si ces idées anarchiques se propa'^ent? « Coupons le n)al dans sa racine, finis.soiKS~L*n avec le propagateur de ces principes subversifs de Tordresocial! » s'écrièrent à la fois tous ceux que la feuille incendiaire avait menacés de près ou de loin. Il fallait pourtant s'y prendre avec habileté, on avait déjà échoué par trop d'em-* presseraent. D* abord on tâcha de détacher de l'Ami du peuple les districts qui liésitaient encore à prendre parti pour la mesure prescrite par les Cordeliers. A cet effet, on essaya de la calomnie. Dix mille agents se répandirent de tous les côtés, dans les cafés, dans les districts, dans les clubs, sur les places publiques, dans les corps de garde, répétant que Marat s'était ligué avec les Cordeliers et les aristocrates pour faire une contre-révolution, que son iiupiimerie était remplie de fuijils, que sa cour élait remplie de canons. Quand les têtes furent échauffées, on prit jour pour l'assaut; le rendez-vous était fixé rue Montmartre. 11 serait distribué de l'argent; on devait crier : « IKarat à la lanterne! »

Au jour dit, 22 janvier 1790, le Gbàtelet, qui tenait toujours soigneusement en réserve son mandat d'amener, comme le serpent cache sous sa deni le poison qui tue, l'homicide Cliàtelet renouvela l'ordre de traduii'e Marat à son tt ihunal, mesure toujours utile pour déterminer à prêter main forte au pouvoir toutes ces intelligences bornées à qui suffit un morceaû de papier revêtu d'un sceau quelconque pour légitimer toute violation. Ca municipalité, de son côté, autorisa Lafayette à choisir pour cette affaire les bataillons de la garde nationale

134 JEAN-PAUL MAEAT.

les niienx Intenlioiiiiés, ceux de Saint-Rocb, de Samt-Honoré,

des Filles-Saint-TIiomas, « dont presque tous les olliciers, nous apprend Marat, sont des marchands et des ouvriers de luxe, c'est-à-dire dtes hommes désespérés de la Révolation, des hommes qui regretteotle règne des courtisans dîs^patears et des prélats prodigues, des hommes qui- ne coniiaissent d*autre boDheur dans la vie que d*éeorcber les opulents dti nècle. » ( Appel à la nation,)

L'iiistoirc devra cette justice au héros des deux mondes, que ce plan de campagne était combiné avec non moins de génie que ceux du Tessin ou d'Àrbelles. Qu'on nous peiv mette d'en dresser la carte d'après de fidèles documents. Le général en chef avait jugé qu'il ne fallait pas moins de douze mille hommes pour investir la place et Tenlever d'assaut : ridindus mus! « Kn conséquence, trois mille fantassins et cavaliers entremêlés d'autant d'espions envahirent le terntoire du district des Cordeliers et du domicile de TAmi du peuple. L'infanterie occupait les principales rues depuis le carefour Buci jusqu'à l'Odéon; la cavalerie occupait la place du théâtre ; un gros d'hommes à cheval placé au bas du Pont- Neuf et un détachement de garde soldée, postés devant le péristyle du Louvre, étaient prêts en cas de besoin, tandis que six mille iiomines placés à l'entrée du faubourg Saint- Antoine et Saint-Marcel devaient empêcher la foule de circuler. » {Ibid.)

Pour ceux à qui le récit de Uarat paraîtrait suspect d'exar gératioD présomptueuse, nous allons ajouter celui de Montjoie, nn historien qui n'est pas, à coup sûr, suspect de hiai-..ii.-îme : (( Lafayette lit d'abord marcher contre ALuat une armée de si\ mille lioiumes, et fit pointer à toutes les avenues des rues qui avolsinaient sa maison deux pièces d'artillerie. Cette guerre est si extraordinaire que si je n'en avûs pas été témoin moi-même, je n'y croirais pas. Gomment concevoir, en eflet, que le héros des deux mondes déployât des forces BÎ fornûdables contre un nain qui n'avait pour armes que sa

BIOGRAPHIE

plume? » (UUiûire de la CoujunUiou de Philippe dOrléwis, tome II, page 157.)

Avons-nous rien exagéré quand nous avons coiupai'é l'im* primerie de Marat à une place forte ? Voilà ce que peat un principe vrai défendu par un seul homme ; quelle puissance pourrait' lui ré^iister, s'il était défendu par tout un peuple 7

La suite de ce récit va nous faire connaître le caractère de Laiayette et celui de Bailly, utile documeiu pour l'iiistoiie.

Sur les neuf heures du uiatiu de ce gmud jour d'atlariue, les huissiers du Ghàtelet commencent par se présenter humblement» poliment, comme M. Loyal, le décret en main, au district des Gordeliers : démarche habile pour gagner les membres du bureau par cette apparence de condescendance respectueuse, les autorités, si minimes qu'elles soient, ne résistant ^uère à ce patcrtna;j;c. L'oidre de saisir estait daté du 8, et I on était au 22 ; les quatre commissaire.^, ne le trouvant pas en règiet s'en réfèrent à la déciûon de l'Assemblée nationale.

Entre temps, des émissaires du district se rendent chez le général pour lui représenter que Falarme était répandue

dans tout Paris; qu'ils croyaient utile qu'il vînt en pe; sonne rétablir le calme par sa présence, car le {)riident LafaNClte avait donné le commandement de l'expédition au sieur Carie. « £u envoyant des forces aussi considérables, répoiidit doucereusement le général, je n'ai fait que suivre les ordres de M, le Maire; au reste « des affaires indispensables ne me peiinettent pas de me rendre sur les lieux. »

Les émissaires se dirigent donc chez le vertueux Bailly : « Je n'aurais pas cru qu'on eiàl fuit marcUcr tant de monde y » répondit- il de son air le plus innocent. En cas d'insuccès chacun se déchargeait ainsi de sa part de responsabilité. Qu'il y ait conflit, effusion de sang, que T affaire soit évoquée par-devant le Châtelet , les juges déclareront en conscience qu'il y a eu méprise, malentendu; on lavera le pavé, cl tout sera dit.

JËAI^-PAUL MAEâX

Oa attendait donc impatiemment la décision de l'Assemblée; on l'apporta au bout de huit heures. Elle portait : « Les décrets des 8 et 0 octobre sur la jurisprudence criminelle n'ayant aucun effet rétroactif, les décrets de justice antérieure doivent recevoir toute leur exécution. L'Assemblé nationale attend du patriotisme du district des Gordeliers qu'il n'y portera pas obstacle. »

Les patriotes auraient du s'y attendre : il s'aprissait d'une question de piincipe, de la question de liberté de la presse, point de départ de l'afTaire, et le bureau du district insistait sur la question de formel Les retors de la Constituante avaient parfaitement senti la méprise, mais, feignant de ne pas s'en apercevoir, ils avaient déclaré qu'en effet le décret du Châtelet était valide; eux aussi se déchargeaient de la responsabilité : éternelle tartuferie de la complicité du crime! Les districts, en résumé, n'avaient encore compris Marat qu'à moitié; devaient-ils jamais le comprendre? Quoi qu'il en soit, du moment qu'on en aviût appelé au jugement des pères conscrits, il fallait s'y rendre; c'est aussi ce qu'on fit.

A six heures donc, en pleine nuit, le sieur Carie, précédé des huissiers du Chàtelet, dirige sa bande vers le domicile du journaliste; ils pénètrent l'épée à la main dans l'appartement ; furieux de ne pas trouver leur proie, ils renversent et pillent tout pe qu'ils rencontrent, journaux et manuscrits; les scellés sont apposés sur l'imprimerie. Les grenadiers, jaloux de partager les périls et la. gloire de leurs chefs, se ruent sui tout ce qui échappe au pillnge, et, fiers d'une si belle expédition, s'en ictournent vers les ou/.g heures portant chacun, en signe de victoire, une chandelle allumée au bout de leurs fusils, et criant : « Marat à la lanterne I n Une sentinelle avait été placée à la porte de la maison ; un détachement àe\ trois cents hommes alla se poster sur la place de la Comédie , où l'on croyait l'Ami du peuple réfugié. Que plus tard l'Ami du peuple insurge les sections contre l'Assemblée, horreur î Qu'aujourd'hui la municipalité insurge la garde natiouaie

BIOGRAPHIE. 2.17

contre les districts : placti au dioii! Voila comme le peuple comprend la liberté !

Les autorités constituées se trompaient en croyant cerner l'Âml du peuple de telle sorte qu'il ne pourrait leur échapper. Voici ce ({ui était arrivé. Laissons Marat raconter lui-même les détails de sou évasion; nous ne saurions le faire avec plus de simplicité ni d'intérêt. « Je reposais dans une rue voisine, lorsqu'un jeune homme attaché à mon bureau vint m'annoncer en [)leurant que ma maison était enveloppée par plusieurs bataillons. Â l'instant mon hôte et son épousjS entrent dans ma chambre d'un air consterné; ils veulent parler, ils ne purent que gémir. « Paix doncl m'écriai -je; ce n'est rien que cela, je demande à être seul. » Jamais je ne suis plus de èang-lioid qu'au milieu des dangers imminents. Ne voulant pas sortir en désordre de peur d'éveiller les soupçons, je ûs toilette. Je passai une redingote, je me couvris d'un chapeau rond, je pris un air riant, et me voilà parti, gagnant le Gros-Gaillou à travers un détachement de la garde envoyé pour m'enlever. Chemin faisant j'avais cherché à distraire mon compagnon et je conservais ma bonne humeur jusqne vers cinq heures du soir, heure h laquelle j'attendais l'épreuve de la feuille où je rendais compte de la fameuse équipée. Personne ne vint, je pressentis le coup qui me menaçait : le reste de la journée se passa dans la tristesse. On avait eu vent de la route que j'avais tenue. Dans la soirée, la maison fut investie par des espions.' Je les reconnus à travers une jalousie. On me proposait de nie sauver par le toit à l'entrée de la nuit. Je passai au milieu d'eux en plein jour, donnant le bras à une jeune personne et marchant à pas comptés. Lorsque la nuit fut arrivée, je me rendis au grand bassin du Luxembourg; deux amis m'y attendaient. Us devaient me conduire chez une dame du voisinage. Nous ne trouvâmes personne au logis, me voilà sur le pavé. Un de mes compagnons se mit à pleurer, je séchai ses larmes en éclatant de rire. Mous prenons un tiacrc, et je vais chercher asile au fond.

du Marnis. Arrivé à la Grève, je vois le réverbère que l'on aie desiinait deux jours auparavant et je passai dessous. Arrivés rue de la Perle» mon nouvel hôte avait compagaie. J'y trou-vais une personne qui ne m'était pas inconnue. Pour dépayser les curieux, il fallait jouer la g»eté^ elle vint réellement. Après un quart d*hettre de conversation, je demande à mon hôte, lui parlant à l'oreille, s'il était sur de la personne présente. « Comme de moi. — Fort bien, » et je continuai la conversation. Je soupai et allai me coucher. Au milieu de la nuit, une escouade de cavalerie fit halte sous mes fenêtres; j'entr'ouvre les volets, je remarque qu'aucun d*eux n'a mis pied à terre, je regagne tranquillement mon lit jusqu'au lendemain t î! fallut décanîller. » {L'Ami du Peupli, N* 470.)

11 fallut s'exiler. Tel fut le résultat du coup de maiu combiné par l'Assemblée, par le Ghâtelet, par Lafayette ayant à ses ordres la garde nationale, enfin par la municipalité à rinstigation directe du vertueux Baiily qui, quelques jours auparavant, avait rendu une ordonnance portant qu'il ne serait permis de faire aucune visite de nuit chez Ut femmes publiques, afin de ne point porier atteinte à la liberté des rifoijrns!

ArrèLoiis-nous un instant, et, poiu: notre profit pohtique, résumons l'ensemble de cette affaire.

Nous avons reconnu que le prindpe, point de départ de . Marat, est vrai et juste : oui, en bonne logique, le déléguant est au-dessus du délégué, le souverain au-dessus du fonctionnaire.

Si le maître est supérieur à l'employé, partant il a droit de surveiller son travail ; di'oit de l'avertir, s'il fait mal par ignorance ; droit de le chasser et même de le punir, s'il fait mal par infidélité.

Dans une société bien constituée, le peuple, c'est le maftre; l'employé, c'est le fonctionnaire public; le surveillant, c'est le journaliste.

Marat, et comme citoyen et comme ^gur^'iAiiâte, avait

BIOGilAPIU£. 339

donc le droit et le devoir de sui vcuicr les fonctionnaires à tous les degrés.

Or, nous avons prouvé par les faits n']']] a usé de son droit, qu il a rempli son devoir, et que c'est à ces titres qu'il s*est attiré la colère des différents pouvoirs du régime nouveau, du régime qui avait juré de maintenir dans toute leur intégrité les droits de l'homme et du citoyen.

Est-il juste de l'en accuser comme d'un crime? Non, car ce reproche ne pourrait provenir que d'ignorance de nos droits, ou de lâcheté, ou de connivence contre-révolution-

SI donc toute accusation est impossible, rendons gloire

aux lumières, au courage et à la fidélité que TAmî du peuple a liiontrcs jusqu'ici; proclamons-le comme le plus lorme représentant du principe de la subordination du conuiiis au commetta(àt, et constatons que, de son temps comme aujourd'hui, ses ennemis les plus acharnés ont été et sont encore les défenseurs des gouvernements arbitraires.

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