‹ Marat, l'ami du peupleChapitre 28 sur 70 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

MABÀT À LONDRËS

JAVVIBR-MAI 1700.

SoMMAiBB. — Marat après le ^ janricr se réfugie à Londres. — Il règle avant tout MB comptée arec fees eonicriptean. — AftA^ de la brocbare intitulée Appel é ta nathn. — AnalyM de la iMn $ur Ptirân jtidieiaSr», — Analyse de ta DéMmetatiOH

contre !\'ecker. — Analyse do la A*oin-'>/V (hnonrintion mntir ,\e(k r. — Conpwaison entre la conduite de Marat à Londres et celle des émigrés à Tarin.

Deux mois environ après Texpédition du 22 janvier, un curé de TÂrdëche écrivait à Camille Desmoulins : « Vous né dites pins rien de l'Ami du peuple , n'est-il pas encore remonté dans sa guérite ? Tout le monde deniaude ici de ses iit*uvelles; je vous eu demande à vous, au nom de trois cent mille 'Vivarats. » [Kévolulwns de France et de BrabaïUy N** 25.)

Traqué comme une béte fauve pour le crime irrémissible d'avoir une opinion politique irréfutable et le^ courage de son opinion, Marat avait pris le parti de quitter la France. Qu'y pouvait-il? On venait de briser ses presses, de saccager son imprimerie, de saisir toutes ses collections, de le ruiner; le pouvoir était resté maître du chatup de bataille. L'Ami du peuple n'avait plus.qu'à s'exiler, lise réfugia en Angleterre, où depuis quinze années, depuis ses Ckaines de l'egclavage^ il entretenait des relations avec les patriotes anglais, où sa renommée avait grandi encore de tout le bruit que son nom faisait à Paris depuis un an surtout. C'était sans doute une consolation, mais bien faible : « On n'emporte pas sa patrie à la semelle de son soulier, » a dit Danton; cri du cœur, poignant comme un cri de ûls.

Si vous en doutez , écoutez : « Du rivage où m'a jeté la

IMARÀT A LONDRES. SU

tempête, nu, froissé, couvert de contusions, épuisé par mes efforts et mourant de fatigue , je tourne avec effroi les yeux vers cette mer orageuse, sur laquelle voguent avec sécurité mes aveugles concitoyens; je frissonne d'horreur à la vue

dfjs périls (jui les menacent, des miilheurs qui les attendent; je pémis de ne pouvoir plus leur prêter une main secourable. Mais dans Timpuissance où le cruel destin m'a réduit, il ne me reste que de vaines réclamations contre les pilotes perfides et barbares qui exposent le navire à périr, et qui m'ont fait jeter à Teau, en feignant de vouloir apaiser la tourmente. » [Appel à la nation.) Parlons sans figure : la France encore concentrait tontes les préoccupations de l'exilé. Mais qu'a-t-elle donc d'irrésistil)le , cette France qu'on ne peut renier, qu'il est impossible de ne pas chérir, même inp^i ate? £lle a ce qui fait tout pardonner en chacun de nous : elle a le cœur ; or, partout où bat un cœur on peut fonder une espérance. Marat donc espérait encore en elle.

D'ailleurs une intelligence aussi active, une âme aussi ardente pouvait-elle s'affaisser dans le désespoir ou rin(iillerence? Pesez sur ces ressorts d'acier, vous en triplerez là vigueur ; après tout, pourquoi s'étail-il jeté dans la carrière politique? Pour faire triompher la justice. Le peuple était-U moins injustement opprimé, moins indignement trahi, par ce que son défenseur souffrait? Marat se remit à Tœuvre. « Depuis mon séjour à Londres, écrira- 1- il au 18 mai 1790, il n'est sorti de ma plume que trois brochures : VAppfl à lu nation^ la LcUre sur l'ordre jitdù'iaire et la Seconde dénonciation contre Necker. Ce sont ces trois ouvrages que nous nous proposons d'analyser. Mais auparavant, régions encore les comptes du journaliste. Au moment de partir, PAmi du peuple avaitj renvoyé à ses souscripteurs le prix de leurs souscriptions,;' aimant mieux perdre les numéros avancés que de mantjuer à ses en«^.igi iiH'iits. Ses scrupules à cet endroit étaient si rigoureux, que six mois après l'aflaire du 22 il écrivait encore :

« Il est possible que dans le nombre quelques souscripteurs u 46

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aient été oubliés; ceux qui oiit quelque répétition à me faire sont priés de s'adresser à M. GoUin. » {UAmi du Peuple^ 26â.) On aime cette susoefiN^ibilîté fondée sur k sentiment de la dignité de soi-mônie. Pour hmm, je ne crois pas à la probité politique qui n'a pas pour toe la probité de Thomme prive.

Comptes réglés, analysons les trois ouvrages en question. Le premier annonce dans son sous-titre l'objet de l'écrit tout entier : Appel à la nation, par J.-P, Maral^ l'Ami du feupie^ cHo^m du district deg Cardeliers, et mUmr de plu~ simn ûttvrageê patriotiques , contre le ministre de» financée^ la mumeipalitê et le Châtelet , suivi de VExposé des raisons nrgentCH de dcsiitacr cet administrateur des deniers publies, de purger celte corporation et d'abolir ce tribunal^ redoutables suppôts du despotisme. C'était une brochure in-8" de 67 pages, avec l'épigraphe du journal : Vitam 'impendere vero.

S'il fait appel à la nation, c*e8t que les ennemis publics

qui dominent le Coips législatif se soulèveraient à son nom seul ; c'est que, nveuc^lés par leurs passions, et sourds à la voix du devoir, ils inunoleraient sans pitié l'homme intègre qvd osa dévoiler leurs noirs projets et défendre contre eux la cause de la iji>erté. Sa résolution est prise : « Avaat de tember «otts les coiçs de la tyrannie, j'aurai la consolation 4e couvrir d'opprobres mes lâches persécmtewrs; j*envelopperai ensuite ma tè;e dans mon «ianteau, et Je présenterai le cou au fer iies u-sassins. »

L'auteur remonte à l'exposé des faits qui lui ont valu les persécutions qu'il a éprouvées. Noos ne nous répéterons pas, le chafÂtre précédent en asreprodoît le tableaa; s'il a qoelque cooileur, c'est au «aitre qu'il faut en reporter le cnértte. Il se d^^5culpe des différents reproches qui lui «nt été adresî^és par fVhiinnètes citoyerts; c'est à ceux-ci seulement qu'il veut répondre 4 « On m'a reproché de n'avoir garde aucune mesure dons mes véclamatioiis. -^Hals ^oi4 aigii .par des

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