MARAT ÉTAIT-IL VBNDU A UN PARTI
quand même l'Ami du peuple ne dénoncerait pas de telles tentatives, nolamuient dans son numéro 150. Les tentateurs en ont été pour leur honte; alors ils ont pris le parti de nier les démarches , mais les nomhreuses accusations de vénalité imputées à Marat prouvent qu'elles sont fondées et que leur superbe dédain n^est qu'un rôle.
C'était, au reste, une des imputations auxquelles un caractère aussi orgueilleux que celui de Marat était très-senàible. Aussi y répond-il vingt fois dans l'Ami du Pcuplcy sommairement, comme nous l'avons vu dans la citation précédente; quelquefois aussi plus en détail, quand le besoin l'exige, comme nous allons le démontrer. .
La moindre insinuation était vigoureusement relevée. On raccusaît un jour, par exemple, d'avoir été vendu à Besenval : « Pour m*acquinei- envers lui de l'or qu'il m'a donné, répondil, je désire que vous le pendiez haut et court... Je désire que les camarades Suisses forcent d' Affry et Besenval de leur montrer des reçus de l'argent qu'ils m'ont donné, et, s'ils reconnaissent mon écriture, je consens à être pendu avec eux. Voilà mon compte réglé. » {VAmi du Peuple^ M" 219.)
Si les partis contre-révolutionnaires n'ont pu Tacheter, ou conçoit du inoins qu'ils aient dépensé des sommes énormes pour faire contre-poids à l'influence de l'Ami du peuple. A ce sujet un correspoudant lui écrivait le 1'^ février 1791 ; « Vous êtes, mon cher Marat, la terreur des scélérats qui sont ^u timon des affaires, la terreur de leurs agents subalternes. Vous êtes Tépouvantail de la cour, des ministres^, des municipaux, de l'état-major, des noirs et des ministériels, du Corps législatif, des aristocrates, des sangsues publiques, des malversateurs, des traîtres, des contre-iévolutionnaires de toutes les dénominations, de leurs mouchards et coupe-jarrets alMés; ju^ez à quel point ils redoutent la lumière, l'éclat de vos précieux écrits, par les sommes immenses qu'ils dépensent continuellement pour tâcher d'en combattre la salutaire influence; par les sommes immenses qu'ils pro-
diguent pour vous découvrir et vous faire assassiner. 11 n'y a pas de jour qui ne voie éclore une multitude de pamphlots contre vous, distribués avec profusion aux colporteurs; et, non-seulemeot on les leur donne gratis, on y joint encore une forte rétiilKition, afin de les «ngager à les distribaer avec fracas. Ces libelles dégo&tants sont imprimés avec soîa scir dn papier superbe; mais ils sont si remplis d'injures, si pauvres de faits et si vides de raisons, que dix mille pamphlets de cette espèce ne sauraient effacer les impressions du moindre de vos numéros, imprimé inconecteœent et sur papier bis. » (L'Ami du Peupie^ K** 358.)
A ce propos, le correspondant citait diverses brochures qni venaient de paraître spécialement contre TÂmi da peuple, une entre autres intitulée : Sur le» Avtrickîeng et Marat. A quoi celui-ci répondait : « Cet écrit est très-certain émeut dans les principes de ce pensionnaire royal qui' continue à manger annuellement 25,000 livres des biens de la uatiou... (Je pense qu'il s'agissait de Condorcet.] Mais cet écrit est trop platement rédigé pour être de l'ex-académicien. » {Ibidem,) Le^ ennemis du journaliste ne paraissent pas s'être doutés que leur fureur même donwdt à la postérité des preuves irrécusables de l'intérêt avec lequel sa feuille était lue.
Ses lecteurs accoutumés avaient cru remarquer qu'il s'occupait rarement des membres du clergé, qu'il s'en fallait bien qu'il les prit à partie, comme les fonctionnaires publics; et pourtant ce n'est pas que les 4X>nspicatears aient manqué dàns cet ordre nagaëre si puissant, et toujours si influent par la nature de ses fonctions. îiotis-même avions constaté un ceriain ménagement, que nous attribuions à la crainte que le protestant avait peut-être d'être soupronné de prosélytisme contre des adversaires abattus : nous avons déjà iàit obsen'er qu'il ne frappa jamais un ennemi à ^erre. Les patriotes donc le pressaient de se justifier à oet égard. Une publication révolutionnaire, le Jùumal du faubourg Sainte Alpine, écrivit un jour : a On nous dit souvent que Marat est payé ou par le
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éac d*0rléaii6, ou par les noJ>le8» ou par les parlemeDiaires, ou par les calotios; nous a*ea croyons rien, e^ cependant ' nous rîavitoos à parler on peu sur le clergé, qu'il a Tair de
ménager, n L'Ami du peuple répondit : » Voilà des ou trèsplaisants; vous ignorez donc qui me piiye, scribes si bien informés? » Et il rappelle son Offrande à la pairie et son Pian 4e ComsiUiUion , où il a si bien dépeint le débordement des mœurs du clergé * où il a^aît prouvé que les gros bénéfices étaient la cause de leur vie scandaleuse « où il proposait de lear retirer leurs biens, d'anéantir le haut clergé, les moines, les prêtres sans rouctiou, de réduire les ministres des autels aux seuls curés et vicaires. N'était-ce pas, comme on dit, pjrendi^ le taureau par les cornes? Les prêtres Tont bien senti; aussi ne le lui ont- ils jamais pardonné.
Plus tard il avaii recommandé com^ne remède aux maux présents d'exclure de l'Assemblée les prélats et les bénéfi-ciers, voire même tous les déput^és du clergé, comme représentants d'un ordre qui n'existait plus," do ne pas les accueillir dans les municipalités, ni dans les sociétés patriotiques; et cela plus particulièrement dans les numéros 20, 91, 132, 130, 173, 180, et cette fois au numéro âS2. 11 se résumait ainsi à ce sujet : « Messieurs, je ne sais pas rabâcber, et je m'aime point à combattre des fantômes; les prêtres étalent abattus, si le roi ne les avait pas poussés à la révolte en refusant si longtemps d'acce[)Ler le décret sur la constitution civile du clergf". » [IJAnii du Peuple , N" 383.")
£nlin un uioi qui réduit à néant tout ce qu'on pourrait avancer termme cette déclaration à Brissot : a Vous m'accusez d'avoir vendu ma pUune... je n'ai qu'un mot à répondre. J'ai été pendant trente mois dans la passe de mettre à mon seul silence le prix que j'aurais voulu; mais comparez ma fortune à la vôtre : vous nagez dans Tupulence, je miis dans la panvreté. « {Ibidim, 6(54.) Et ailleurs : « Longtemps mes calomniateurs m'ont représenté comme un traître <{ui vendait sa plume à tous les partis; ces impostures se
sont éyanonies en me voyant attaquer également tous les
partis antipopulsdres. Car le peuple , dont j'ai toujours défendu la cause aux dépens de nia vie, ne soudoie jamais ses «télenseurs. » {Journal de la République N° 1.)
Mais, pensera-t-OD , toutes ces dénégations sont trop ;^ônérales ; c'est que sans doute les accusations ne Tétaient pas moins* et jquo des faits n*étant pas précisés , il n'y avait pas lieu d'y répondre. Lè parti girondin, qui a été le plus ardent contre les chefs de ia Montagne , n'a pas manqué de comprendre Marat dans le nombre des vendus à d'Orléans. On va voir qu'ils n'ont pas été plus Justes pour l'Ami du peuple que pour Danton. (Voir notre livre.)
Nous allons suivre la politique du prince d'année en année, de 89 à 93; nous dirons ce qu^en écrivait Harat, et le bon sens décidera s'il est possible d'admettre qu'un tel appré-. dateur ait été à la solde d'Égalité. -
Le 19 mai 1790, le jouraaliste désigne au lecteur un faux numéro; il ajoute : « Je m'inscris en faux contre i article relatif au duc d'Orléans, dont je ne connais pas le» principes, » (l/Ami du Peuple f N** 107). Singulier partisan, qui commence par déclarer qu'il ne connaît pas les principes de son maître, quand tout le monde se complaisait à proclamer le patriotisme du prince! Il ne partage pas même l'opinion de la foule !
Et le lendemain, à propos de la procédure du ('hâtelet relative à l'alfaire des ô et 0 octobre ; « Les ennemis de la révolution attribuent à un prince sans caractère le projet chimérique d'usurper la couronne en massacrant la famille royale. » Sans caractère veut dire sans cœur, sans âme, sans intelligence : en d'autres termes, il serait dangereax de se compromettre pour un soliveau de cette esprce. (le n'est pas avec de telles paroles, à coup sûr, qu'on recrute des défenseurs.
Voici qui est plus explicite encore : « Quant au projet d*usurper la couronne que Ton prête à un prince du sang, s'il