MARAT ÉTAIT-IL VENDU A UN PARTI
donner un chef, comme je crois la chose inévitable, si la Convention ne s'élève à la hauteur de ses importantes fonctions, d'Orléans me paraît le dernier des hommes (après les coiispirateuis et les Iraîlres) sur kquel il conviendrait de jeter les yeux ; et si je suis alors du nombre des vivants, je soulTrirai plutôt le martyre que de lui donner ma voix. » (Journal de la République^ N* 8A.)
Enfin le 12 avril 93, quand les Girondins simulèrent une conjuration des patriotes avec d'Orléans, Marat, après avoir demandé la tète du prince dans ce cas, ajoute : « Tout le tort des patriotes est d'avoir soulïert que ce jadis prince du sang siégeât à la Montagne. » {Le Publicisle^ N" 169.)
Cette fois^ ce doit être asses de preuves positives à opposer à de vagues allégations.
Mais les Girondins n'étaient pas si impudents ni si ineptes qu'il n'y ait pas quelque part quelque preuve, spécieuse au moins, sur laquelle se reposer avec un semblant de probabilité. 11 en existe une, en effet, que nous allons éclaircJr, et qui terminera ce chapitre déjà trop long, mais qui répond à nne accusation généralement accueillie.
Dans les prèmiers jours de septembre 1792, Marat avait Mt afficher un placard portant pour titre : Marat, Vanti du peuple j à Louis^Philippe- Joseph Orléans, prince français.
Voici à quel propos : Après le 10 août, 100,000 livres avaient été mises à la dis|)osition du ministre de l'intérieur pour les écrivaios qui travaillaient à l'instruction publique. Marat, convaincu que la réimpression de trois de ses ouvrages politiques était utile dans les conjonctures présentes pour préparer les travaux dé la Convention qui allait se réunir, et pour former Vesprît public (c'était probablement le Plan ou les Chaifies, la Conslitulion , et VAmi du Peuple), Marat adressa, par l'iniermédiaire de Fréron et de Danton, une demande de fonds à. Roland. Le ministre n'osait ouvertement refuser, mais comme tous les caractères faibles, comme tous les naturels doubles, il prit un moyen indirect par lequel
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il lie se compromettrait pas, tout ea n'accédant pas à la demande. Il déclara qu'il renverrait à la section l'cxameQ des maauscrits de l'Ami du peuple : a C'était, dit celui-ci, me renvoyer aux calendes de mars, ou plutôt au jugement dernier, vu la longaear de ces ouvrages et la multiplicité des affaires dont ma section était accablée. »
C'est alors que, pour arriver à ses fins, Marat s'adressa au duc, dont tout le monde connaissait la fortune immense, qm aflicliait le patriotisme le plus prodiajue, qui payait un grand nombre de dévouements personnels.
« Gomme je n*aime pas à perdre le temps à valeter, je romps ici avec Roland, poar m'adresser à vous, Louis-Piiilippe d'Orléans, vous que le ciel a comblé des dons de la fortune* vous à qui la nature donna en partage Tàme d'un simple citoyen; vous à qui la sagesse doit donner le cœur d'un franc patriote; car, comment se le dissinmîer? dans l'état actuel des chos^'s, vous ne pouvez plus faire votre salut qu'avec lesr sans-culottes.
a Vons en êtes l'émule, soyez-en le bienfaiteur; au nom de la patrie, concourez aujourd'hui à la propagation des lumières nécessaires au salut public, en fournissant à l'Ami du peuple les moyens de mettre ses ouvrages au jour sans délai. La modique somme de quinze mille livres suffira à l'achat du papier, et à la paye de la main-d'o iivre; qu'elle soit confiée au comité de surveillance de la section de Marseille, qui la délivrera à mesure, en justifiant de l'emploi. Si vous le trouviez bon, un nombre d'exemplaires équivalant à cette somme, et porté au prix coûtant, sera distribué gratis, et en votre nom, aux citoyens de tous les départements hors d'état d'en faire l'acquisition; ou bien la somme vous sera remboursée sur le produit de la vente : l'Ami du peuple ne demande ces secours qu'à titre d'avances, et il se flatte de les obtenir de votre civisme. Dénués d'argent pour le service de leurs maîtres, les généraux espagnols trouvaient des sommes considérabks sur leurs moustaches : pour toute sûreté, l'Ami du
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