BIÂRAT PUT-IL ENVIEUX
pur, désÎDtéressé. N'avoir point de cupidité ne suffit pas, il faut aussi être pur de haine. » [Histoire de la Révolution française, U II, p. 398-99.)
S*îl en est ainsi, cette haine, eflTet de Tenvie secrète qiii
le mine, va s'acharner sur ses rivaux : rivaux de science, rivaux d'iionncuis publics, rivaux de métier, rivaux d'influence patriotique. Examinons.
Quant à ses rivaux de science, nous avons fait justice ailleurs de cette accusation, quand nous avons considéré Marat comme savant.
* I/objet principal de cette rage enwuse, c'est naturellement le preiuier du temps, Lavoisier. n (Michcict, ibidem.) Nous avons prouvé pourquoi l'accusation d'avoir préparé ïéchafaud de Lavoisier était inique. En réfléchissant davantage, en se demandant quel était le grand pourvoyeur du tribunal révolutionnaire au 19 floréal an II (S mai 179A); de quelle manière avait procédé ce tribunal, & par tu* de l'assassinat de Marat et de celui de Danton *, en méditant sur le caractère connu du dictateur suprême de 179/i, peut-être l'historien aurait-il trouvé le coiitiaire de ce qu'il a avancé; mais s'il fallait y regarder de si près, deux années sulliraient à peine, rien que pour étudier Marat, la plume à la main. On a plus vite fait de s'en fier à ses intuitions : la méthode intuitive, essentiellement féminine, a éclairé les jugements de M. Michelet à peu près comme elle illumine tous les jours la judiciaire des femmes.
Nous avons démontré encore, preuves à l'appui, que l'historien n'était parvenu à faire extravaguer Marat, à l'égard de Lavoisier considéré comme savant, qu'en prêtant à l'Ami du peuple les opinions absurdes de ses con^pondants.
Yeut-on que, par deux autres citations, nous coulions à fond cette incrimination calomnieuse? Il s*agit d'abord de Bailly, savant et académicien avant 1789; Marat l'envieux ne va pas manquer de préparer Vècltafaud de ce rival en matière de science; écoutons bien, nous sommes en octobre 1789,
au moment de la plus grande poiJiiI u iLé du maire de Paris, du président du Jeu de Pauine; ne perdons pas un mot de ce que va dire le journaliste ; « Assurément, j estime daas M. Bailly le samnt disiùtguéf et je lui crois tauieê let vertus domésdques; mais c'est avec douleur que je le vols à la tête de la municipalité. Il a passé sa vie à étudier les sdeoces exactes, il est pm versé dam les nffaireg publiques^ et il tient au ffouvernruii nt pur des bu'nf(iit}> dont la délicatesse lui ordonnait le sacrilice, dès Tinstant qu'il a paru se dévouer au service de la patrie. » (UAmi du Peuple, La distinc-
ûm est-elle assez nettement établie entre le savant et l'hopime public? M* Mjchelet a oublié de nous prouver Téoiineiile siijpériorité administrative du maire. H est vrai qu'il est un p<nnt sur lequel l'Ami du peuple et l'historien moderne me paraissent différer du tout au tout; c'est que Maiat croyait qu'on ne peut servir à la fois deux maîtres : la cour et le peuple; il pensait qu'il y allait 4e la dignité du maire de renoncer à ses gratifications royales, du moment ^' il entrait en fonction municipale; M. Micbelet ne partage pas l'opinion de Marat, libre à lui; 11^ Michelet croit que la nature nous a donné deux mains pour les tendre à droite et à gauche à la fois, libre encore h lui. Nous tenons, néaijinoins, pour roi)inion maratiste. Ajoutons, en passant, que c'était pour le même motif que l'Ami du peuple se déliait de Condorcet.
Venons à notre dernière citation : « Un véritable patriote, Monge, est signalé à sa haine* » {Histoire de la Révoluiim firançaisey t II, p. 399.)
Bans les Charlatans modernes, ouvrage publié en 1791, alors qu'il n'y avait encore ni tnijuiicd révolutionnaire, ni guillotine permanente, Marat, eu effet, fait bien peu de cas, trop peu, ce me semble, de Monge, considéré counne savant. Mais il ^t si vrai qu'il ne prépare pas la guillotine politique pour son rival en matière de sdence que, deux ans plus tard, en pleine République, alors que FAmi du peuple, si défiant envers tous les hommes en puissance , entraînait tous les suf-