‹ Marat, l'ami du peupleChapitre 41 sur 70 · MARAT FUT-IL ENVIEUX · texte numérisé non relu

MARAT FUT-IL ENVIEUX

irages du peuple de Paris par un seul témoignage de coniiaace» Marat demande dans son journal « le portefeuille de la guerre pour le sieur Monge, le plus capable des ministres, sans contredit, et, j'ose croire, le plus patriote. » {Joumtd de la République, N» 12.) Ah I M. Michelet; ahî Basile, mon ami, si jamais... Passons à un autre motif d'envie.

Clioisissoas maintenant un liomme public, revêtu des j^lus ^ands honneurs, jouissant de la plus irrésistible inllueiice, prenons Lafayette. ^oilà^ sans contredît, une des plus rctcntiissantes renommées qui nous apparaissent au début de la •Bévolution; Tengouement des patriotes même n'a pas assez d'expressions pour glorifier le héros des deux mondes, le sauveur de la liberté moderne, ce demi-dieu, ce dieu de 1789. C'est, sans aucun doute, à cette grande figure que Tambitieux politique Maiat, que l'envieux Ami du peuple va tout d'abord s'attaquer. Lisons ; le 25 septembre 89, le journaliste ^rît : « L'Assemblée nationale avait offert au commandant général un traitement de 150,000 livres; ce généreux citoyen, dont tâme n'est ouverte qu'aux sentiments qui élèvent l'humnnitc^ a repoussé le vil métal dont on voulait payer son dévouement à la patrie; il- a motivé son refus des besoins urgents de l'iitat et du nombre prodigieux d'infortunés qui peuplent la capitale : motifs qui relèvent encore le prix de son noble sacrifice. Quel exemple pour les administrateurs publics I » {UAmi du Peuple, 15*]

Mais, dites*yous, il ne tarda pas à le dénoncer. Cest que peut-être Lafayette ne tarda pas à trahir. Consultons l'histoire. Le lieutenant général de la garde nationale n'a-t-il pas commencé par se composer un état-major auquel il a fait allouer des appointements énormes pour en faire ses séides? N'a-t-îl pas incorporé dans la garde citoyenne une garde sol- ^ dée pour en composer une cohorte de Janissaires? N'a-t-il pas semé la division dans les troupes confiées à ses ordres, en y formant des com}i;iL:;nies de grenadiers et de chasseurs, pour y faire germer res^^rit de corps? N'a-t-U pas contiibué plus

JEAN-PAUL MABAT.

que personne à faire éliminer le peuple de la garde bourgeoise? S'il feint de négliger les intérêts de la cour, il n'en est pas moins étroitement lié avec les ministres Montmorin, La Tour- du -Pin, et antres, fl'a-t-il pas secondé Bonillé

dans les massacres de Nancy? N'a-t-il pas fait décréter la loi martiale, favorisé par son inaction suspccteja fuite du roi, commandé en personne les massacres du Champ -de- Mars, mis, enfin, le terme à ses trahisons par la désertion de son armée? Un seul de ces crimes ne suffisait- il pas pour que Marat le dénonçât à la justice du peuple? Et s'il est incontestablement coupable de tous, sera-ce envie que de les lui reprocher?

Ce que le dénonciateur public a fait pour Lafayette, il l'a fait pour tous: pour Pétion, pour Isnard, pour Barbaroux, pour tous ceux qu'il a poursuivis plus tard, mais qui avaient commencé leut vie politique, par de véritables actes de patriotisme. On sent bien que nous ne pouvons ici rappeler les forfaits de tous les inculpés; que les innocents réclament, que les historiens en rapppllent en leurs noms, et nous sommes prêt à répondre. 11 y a plus, il s'était fait un cas de conscience de ne jamais juger d'un homme public par pressentiment, mais exclusivement sur les faits; et pourtant la simple observation ne le trompait guère. Voyez plutôt ce qu'il dit de Barrëre et de Robespierre : « Barrëre, l'un des bommes les plus dangereux, politique fin et rusé, habile h nager entre deux eaux, à miner rédilice de la Révolution au lieu de le saper, et à faire échouer toutes les mesures révolutionnaires pai- l'opium du modérantisme. » {Le Publicistey f))" 222.) a Je crois, messieurs, que jamais l'ambition n'approcba du corps de Robespierre, si ce n'est celle de se déployer à la tribune : on l'accuse d'avoir songé au tribunat, à la dictature; mais il est' si peu l.LU pour être chef de parti, qu'il évite tout groupe où il y a du tumulte, et qu'il pâlit à la vue d'un sabre nu. » {Ibidem^ N"* 221.) Tout le secret du dénoûmeut de thermidor est dans cette appréciatiout

MARAT FUT-IL EiNYIEUX?

Hûs il est une autre sorte envie à la,quelle les écrivains écibappent diflicilement, je veux parler de celle qu'ils portent

à leurs collègues, à leurs rivaux dans le même genre d'écrits. Voyons quelle fut la conduite de Marat à Tégai'U des journalistes patriotes les plus en renum.

Loustalot, le premier rédacteur des Rémlutiom cLeParitfy la plus grande réputation de publiciste patriote du moment, vient de mourir presque subitement à la nouvelle du massacre de Nancy; écoutons ce qiien pense TAmi du peuple : « Loustalot n*est plus; c'est la pensée du massacre des patriotes de Nancy qui a porté le trouble dans son imagination, jeté le désordre dans ses frêles organes, qui vient de trancher à la fleur des ans le fil de ses jours. Loustalot n'est plusl Fidèle défenseur de la patrie, il lui consacra ses premières armes presque à Tépoque de la Révolution ; dès lors, il combattit toujours pour elle, et combattit avec succès... 11 saisissait avec art, l'un après l'autre, les fils d'une traiiiti odieuse, il l.i. développait avec méthode et l'exposait irès-bien au grand jour... Doué d'un esprit calme, juste, méthodique, mûri par le temps, il eût été merveilleusement propre à former à la liberté un peuple nouveau. Chez une nation menacée de la • servitude, sa perte est amère et cruelle. Les amis de la liberté se souviendront avec attendrissement de Loustalot; leurs enfants béniront chaque jour sa niL'nioire... Oiiibre chère cL sacrée! si tu conserves encore qiielf[ue souvenir des choses de la vie dans le séjoui' des bienheureux, souiïre qu'un frère d'armes que tu ne vis jamais arrose de ses pleurs ta dépouille mortelle et jette quelques fleurs sur ta tombe. » {VÀmi du Peuple, M*' 228.) Mais, dbra-t-on, à louer un mort il n'y a pas grand sacrifice, car on n*a plus à le craindre; choiûssons donc parmi les vivants les plus en vogue.

C'est d'abord le fameux Père DnrJiêne qui se présente; le journal se tire quelquefois à deux cent mille exemplaires, dit-oQ ; quel concurrent! « Le Père Duciiêne ne manque pas de sens, quoique son ton, plus que grivois, annonce le sapeur

des journalistes. Il n'est pas Spartiate au jour de bataille, mais il y a loin de là à un trembleor. On dit qu'il ae traite pas trop bien TArai du peuple, c'est un petit malheur; et,

pourvu qu'il veille avec soin au salut de la p.Urie, l'Ami du peuple ne lui en voudra pas moins de bien. » {L'Ami du Peuple, 2S7.)

Passons à un rival plus sérieux. Nous avons vu ailleurs comment il recommande au public la lecture de l Oraieur du Peitplcy comment il le reconnaît pour son héritier direct en cas de mort; 51 va citer de son rival en journalisme le trdt le plus propre à lui gagner la confiance des patriotes : » Je dois direalalouanc^f deFréron, quelegarde des sceaux, avec lequel il était lié depuis renfance, ftiit mille démarches pour l'attirer chez lui : instances auxquelles il s'est toujours refusé, dans la crainte de laisser soupçonner son patriotisme. Voilà une délicatesse de sentiments bien rare. On sent bien, d'après cela, qu'U n'est pas homme à ménager bassement les ennemis de la Révolution pour procurer un plus grand débit à sa feuille, in à trahir la patrie dans l'espoir de se procurer un bon établissement, n {Ibidern, N" 358.) On tie rappelle les encouragements qu'il donne à l'auteur des liévoiutions de France et de Brabanty comme il le proclame le plus amusant et le plus spirituel des écrivains; au fond, le pauvre Camille n'en demandait pas davantage. Est-ce assez de citations pour prouver qu'il n'est pas envieux des concurrents de son parti, c'est-à-dire des plus redoutables? Passons à la dernière espèce de rivaux ; voyons ce que le patriote Mai'at dit des patriotes les plus en renom.

Certes, s'il est un homme dans laRévolutioii française qui jQ«iisse de la plus grande influence que jamais législateur ait eue sur tout un peuple, c'est assurément Haximilien Robespierre. On sait combien ses triomphes parlementaires furent tardifs. Sous la Constituante, il n'était guère apprécié que comme un avocat bien intentionné, mais diffus, lourd et ennuyeux. £iou& offrons de prouver que c'est à Marat surtout.

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