‹ Marat, l'ami du peupleChapitre 42 sur 70 · UARÀT FUT- IL ENVIEUX · texte numérisé non relu

UARÀT FUT- IL ENVIEUX

à Marat qm plaçait le caraetère avant le talent, que Maximitien dot de sortir de l'obscnrité à laquelle son intelligeneepolîtîque le condamnait. Bès 90, le bruit court qii'à la féte de

hi Fcik ration les député.-^ patriotes seront njassaciés. « Au 14 juillet prochain, écrit r.Ami du peuple, que les patriotes du royaume mettent P.arnave, Pétion, Robespierre, sous la garde spéciale du géoéral; il leur répondra, sur sa tête, de la moindre égratignure qui leur serait faîte. » {UAmiduPeuphy 151.)

Ailleurs, il propose de faire choix de Robespierre pour gouverneur du Dauphin.

En 91, à la clôture de la Constituante, il s*écrie : « 0 Robespierre, Pétion, Grégoire, puissiez-vous recevoir de la main des amis de la liberté la couronne de gloire que la nation doit à ses défenseurs incorruptibles î » {Ibidem^ N" 562.) Le peuple a répondu à T invitation désintéressée de son conseil* 1er, car, quelques jours après, le journal rend compte de la dernière séance de cette Assemblée : « Buzot, Grégoire, Prieur, ont été couverts d'applaudissements. Les applaudissements ont redoublé dès que Pétion et Robespierre ont paru. Us ont reçu des mdns du peuple la couronne dvîque ; ils auraient été portés en triomphe par leurs concitoyens, si leur modestie ne s'y était opposée. Jouissez à jamais; du triomphe des âmes pures, incorruptibles défenseurs du peuple et de ses droits! » [IhidrnK \' 5(5').) On aime h. surprendre ces élans d'enthousiasme qui ne partent jamais que du cœur : se réjouir du triomphe des autres, c'est le partager, car c'est s'en montrer digne.

Sous la Législative, quand Robespierre est confondu dans la foule, Marat n'a pas oublié son civisme; il le propose comme maire de Paris, et pourtant îl n'est pas fasciné à la manière de Camille. « Robespierre a l'intégrité d'un véritable homme de bien et le zèle d'un vrai patriote ; mais il manque également et de vues et de l'audace d'un h<»ume d'Ëtat. » {Ibidem^ N*

Sous la Convention, qaand tous les deux rivalisaient de puissance, nous verrons comment Maximilien renia lâchement celui qui l'avait porté au faite de la renommée, comment l'Ami du peuple, néanmoins, continua^à soutenir Robespierre,

qu'il croyait utile à la cause révolutionnaire. On pourra juger des deux hommes. Plus tard encore, le président honoraire des Jacobins sacriliera Marat devant ses séides; et, huit jours avant sa mort, l'Ami du peuple, étendu sur son lit de douleur, écrira : « Que les provinces marchent sur Paris; elles verront Danton, Robespierre, si souvent calomniés, et elles trouveront en eux d'intrépides défenseurs du peuple. » {Le Publicisle, N«23/i.)

Vous dénoncez sa rage envieuse et vindicative; apprenez comment il se venge des personoalîtés de ses plus implacables ennemis : « Les députés des Bouches-du-Kbôiie (les Girondins) viennent d'afiicher contre moi un énorme placard; tant mieux pour le marchand de papier et pour Fimprimeur! te placard est rempli d'invectives; tant pis pour les auteurs! Malgré leurs insullcs, je n'eu veux à aucun de ces messieurs personnellement. J'ai eu des liaisons particulières avec Barbaroux dans un temps où il n'était pas tourmenté de la rage déjouer un rôle; c'était un bon jeune homme qui aimait à s'instruire auprès de moi. J'ai eu le bonheur de rendre service à Duprat et à Pélissier. J'ai toujours regardé Durand- Maillane comme un honnête homme. Granet m'a écrit une lettre d'injures que je ne montrerai pas pour son honneur. Quant aux autres signataires, je ne les connais pas. Au demeurant, camarades, usez de représailles! » {Journal de la République ) N^" 15.)

Pour récompense de ses appuis successifs, Lafayette l'a contraint à se cacher deux ans et demi au fond des caves où il gagna une maladie mortelle, d'où il sortit perclus de douleurs rhumatismales; Pxobespierre l a designé à la fureur des patriotes au lendemain de la proclamation de la République, et Barbaioux donnera ses dernières instructions à l'assassin

MAUAÏ FCT-IL ENVIEUX?

de celui qiu avait été son auii, sou mentor jpolitique. Comparez

et iu'j^Qz !

Eiilin, fennons cette rôfatation par quelques passages d'une lettre que Marat adressait à Camille Desmoulins en 17dl : « Vous repoussez nies représentations amicales, Camille, en les qualifiant d'injures et en les attribuant à Tair

méphitique de mon souteiTain! (Quelle cruauté! lui faire (les toi-tures qu'il a souiïertes un molif de niélîance! CruciLité moins rare qu'on ne pense : c'est que toute la sensibilité de Camille était dans la tête, celle de Marat était dans le cœur.) Montrer tant d'iiumeur quand j'en montre si peu, c'est mal profiter de vos avantages; vous, que la nature fit si gai, si spirituel, si aimable; vous, qui respirez un air si pur, qui avez une si bonne cave : vous, qui êtes entouré de tant d'objets charmants! (Caïallle venait d'épouser Lucile qui lui avait apporté aisance, jeunesse, beauté, amour, inîellitience, une âme de républicaine, Lucile qui venait de lui donner un

fils dont toTT> les deux rairolaient.) Mais quel effort

de générosité I Quoi i tant que j*extravaguerais dans le sens .de la Révolution, vous persisterez à me louer, et, pour faire preuve de vos dispositions bénévoles, vous dites : « I^ous devons défendre la liberté comme la ville de Saiut-Malo, aonseulenieiit avec des hommes, mais avec des chiens. » Quoique l'allusion ne soit pas des plus délicates, vous ne vous doutiez guère, Camille, que vous me faisiez un compliment, et un compliment dont je ne suis pas indigne, car les chiens sont les symboles de la vigilance et de la fidélité. Si, par un excès de politesse, vous ne prétendiez leur accorder que des dispositions féroces, vous pourriez reconnaître à ce qui vous arrive que ces animaux ne mordent que les ennemis de la patrie, éparpinant les autres ciioyen.s, bien qu'ils en soient lâchement maltraités; ce qui prouve qu'ils sont moins hargneux et plus généreux que la plupart des écrivains. populaires, des compi* lateurs patriotes, et même des conteurs de balivernes qui se croient des Romains. Pourquoi sortir des gonds, Camille? Àu

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ton que je garde avec vous, vous devez sentir que je ne veux que la paix. » {L'Ami du Peuple, IN» 455.)

En résume, bi Marat n'était animé ni par Triivie. ni par (ies motifs de haine personnelle, il fallait ])ien qu'il le fîu, comme il le dit lui-même, par l'amour du bien public poussé jusqu'à la passion, car l'amour de la gloire n'aurait pas suffi. Il est bien vrai que nous ne croyons guère à cette passion, que nous ne la concevons même plus f mais le dévouement est nié des égoïstes aussi, la générosité fait rire les avares, la • débauche est incrédule ;ï la nioraliié ; est-ce à dire qu'il n'y ait plus au monde d'hommes moraux, généreux ou dévoués? î^ous ne croyons quaux vertus dont nous sommes capables, c'est vrai; mais, avec plus de justice, nous devrions croire à tout ce qui nous est démontré par pièces authentiques; ce sont justement ces preuves que nous avons accumulées.

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