SIMONNE EVRARD
• SouMAïu. — Bn qnellM ciMOnataiiM* Simonne âvnnl É'attaclia-t^Ue à Ifant? âpnqBQ approzimatiTe. ^ Témoignages d'Albortinfl Uart^ — d« Bomaatin, — éa
F. Lepelletier, — de Formaleoni, — d'Hiver. — Accusation de Deflcrs. — Réponse de Marat. — A!M,?ation d'Heiiiiquez. — Simonne s'intitule « veuve ^îarat. » — At'iirmatioa de Guirault. — Promesse formelle de mariage de l'Ami du peuple. — l^outa la Ikittîlle Meorawlt Bnnmne cemina Tetm d« Maiat. — JV/Ua(Mti ét Vlliêtoirt deê Girondins, pu C. Hilb^. — Anecdote acandalenn ncontée par 11»» Boland. — B^Iique*
C'est peut-être le moment de parler d'un fait purement biographique et privé, qui pourtant dut avoir la plus grande
înnuence sur l'existence politique de Maint : nous voulons rappeler son union avec Simonne Evrard. Nons disons « peut-être, » car nous n'avoiis pu découvrir de date précise. Tout ce que nous savons de science certaine, ce que nous allons attester, c'est qu'au moment où Marat était poursuivi par toutes les autorités gouvernementales et délaissé par les patriotes, une âme aussi noble que la sienne, un cœur aussi grand que le sien, comprit tout ce qu'il \ rivait de généreux dans ce dévouement d'un seul à la cause de tous, sentit tout ce qu'il y avait de douloureux aussi dans l'ingrautude publique. Cette âme d'élite aurait voulu le sauver; niais, ne le pouvant : Eh bien, se dit-elle, je partagerai sa misère, ses souffrances physiques et morales, ses dangers, le mépris dont on le couvre, et peut-être lui aifirmi-je à les supporter. Honneur h toi, femme assez courageu.-c pour braver volontairement la réprobation générale, femme assez grande par
JIÎAN-PAUL MÀRAT.
le cœur pour Rattacher de préférence à celui qui était le plus
grand de tous par le caractère !
Nous avons tout lieu de croiiT que ce fut eu 1790 que Simonne Évrard se résolut à partager la destinée de Marat, malgré les résistances de sa famille : prélude sinistre de la lutte qu'elle s'engageait à soutenir. Elle était en possession d'une modeste aisance^ son premier acte fut de la consacrer tout entière à la publication du journal tAmi du Pmple, On se rappelle que Marat était revenu de Londres en mai, u'ayaiu plus ni presse ni moyen de continuer son œuvre, puisqu'il avait été complètement dévalisé, ruiné dans l'invasion du 22 janvier; on se rappelle encore que, quelques semaines après son retotir et la réapparition de sa feuille chez des imprimeurs cupides, on intimidés par les menaces de Bailly et de Lafayette, l'Ami du peuple annoura qu'il allait fonder une nouvelle imprimerie. Cette mesure très-coùt^nt?e pourrait bien être le résultat de l'apport des fonds oiïerts par Simonne. Nous sommes induit dans toutes-ces conjectures par les paroles d'Albertine, sœur de Marat, paroles consignées dans une brochure intitulée : Réponse aux détracteura de VAnù du peuple y par Albertîne Marat. On y lit : « Ne trouvant de recours qu'auprès des personnes ])eu foriunécs, Marat eut succombé à ses uiallieurs. Peuple, ton bon génie en décida autrement : il permit qu'une femme divine, dont l'âme ressemblait à la sienne, comncrâi sa fortune et son repos pour te conserver ton ami. Femme héroïque, reçois l'hommage que tes vertus méritent! Oui, nous te le devons. Enflammée du feu divin de la liberté, tu voulus conserver son plus ardent défenseur; tu partageas ses tribulations; rien ne put arrêter ton zèle-, tu sacrifias à l'Ami du peuple et la erainte de ta famille et les préjugés de ton siècle. Forcée ici de me circonscrire, j'attendrai l'instant oi!i tes vertus paraîtront dans tout leur éclat. » Du reste, qu'importe le moment précis de cette union? Timportant, c'est de constater d'une façon irréfutable que le lien qui les attache l'un et l'autre, c'est le serment de donner leur
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vie pour le triomphe de la cause du peuple. Les paroles d' libertine suffiraient à cet effet; qui pouvait être mieux instruite qu'elle de ces détails? Elles désignent Tépoque d'une manière bien cerfai/ic riuoique générale; nous ne ponni(ins diiïérer que de quelques mois. Comment, devant des ducuiiienis aussi authentiques, M. le bibliopliile Jacob a-t il osé écrire : « Gçtte audacieuse maîtresse que Marat ne s'est pas contenté de peindre en buste dans les aventures du jeune comte Potowski? » On sait que ce roman de la jeunesse de l'auteur a dû être écrit quinze à vingt ans avant la Révolution ; ces barbouilleurs de préfaces ne sont pas même de consciencieux compilateurs !
Simonne Evrard, née à Tournus-Saint-André (Saône-et- Loire) en 1704« avait vingt-six .ans quand elle prit la grave résolution de consacrer son existence et sa fortune à Marat» qui avait vir»gt ans plus qu'elle. Y a-t-il dans les circonstances qui accompagnèrent cette décision l'étoffe nécessaire pour filer un roman dans les règles? C'est possible. Quoi qu'il en soit, je supplie d'avance nos grands génies du feuilleton de n'en pas faire l'essai : les martyi's sont sacrés.
L'âge des personnages, le but avoué de l'union en grandissent singulièrement le caractère; mes souvenirs historiques ne m'en montrent pas un exemple ailleurs. Vingt-six ans, c'est l'âge où la femme, désabusée des coquetteries de la jeunesse, s'attache surtout àl'homnie pour sa virilité morale; où elle n'aime plus qu'à la condition d'estimer, d'admirer, je dirais presque de diviniser. Quarante-six ans, c'est l'âge où l'homme ne cherche plus dans la femme qu'un autre luimême à qui confier toute sa pensée, toutes ses espérances; qu'elle comprenne, qu'elle assente, qu'elle encourage, c'est r tout ce qu'elle peut donner, niais aussi c'est tout ce qu'il faut à l'homme. Or, pour compensation à toutes ses misères, à tous ses déboires, pour récompense providentielle de ses sacrifices, Marat eut ce trop rare bonlieur de rencontrer un être qui sentait aussi vivement que lui, qui était un autre
J£AN>PALL MAfiAI.
Jiii-même. Or, qui peut assurer que seul il ne se fût pas décourtT !^('' ; que seul il n'eût pas été'; entraîné par la rapidité du couraut? Un roseau, si faible qu il soit, ne suflit-ii pas pour sauver on iiomme qui se perd ? C'est pourquoi nous ne craignons pas d'avancer que rhistoire, oubliant Simonne, a été ingrate; mais cet oubli volontaire n*a été que la conséquence d'une première injustice, de la négation du dévouement désintéressé de Marat à la cause de la liberté.
Si l'histoire n'avait été qu'oublieuse, ce serait peu, mais elle a calomnié Simonne Ëvrard, elle l'a gratuitement couverte de la boue des prostituées; elle nous force donc à insister cette fois encore; èst-ce notre faute?
Voicf en quels termes Alexandre Bousselin, dans un discours public qu'il prononça un jour d'inauguration du buste de Marat (brumaire, an II), parle dos circonstances de l'union de l'Ami du peuple avec Simonne : « C'est dans une caverne que la reconnaissance enfanta l'amour vertueux auquel Marat fut fidèle* Sa généreuse amante, en le sauvant, s'était déclarée l'amante de la patrie, elle mérita d'être sa compagne insépa-' rable; c'est dans le secret d'une si douce intimité qu'il faudrait pénétrer pour se convaincre que l'âme haute et fière de Marat était accessible à tous les charmes des affections honnêtes. Une si belle àme ne pouvait éprouver que des passions sublimes; rien d'impur ni d'abject n'en souilla le chaste enthousiasme. En se donnant lui-même pour récompense, U a consacré à notre vénération le tendre objet des plus nobles sentiments. »
Le IVcrc de LepeJletier, dans une fête analogue, s'écriait: « J'appellerais, citoyens, votre vengeance sur le sexe entier des femmes, si, près du souvenir des forfaits d'une d'elles (Charlotte Gorday), vous ne vous rappdiez une républicaine qui sauva Marat des persécutions du despote pendant trois ans, qui lui consacra sa vie, sa fortune, son existence, et qui par ses vertus mérita de devenir sa compagne chérie. »
Un cauonniei- de Piu*is, \iucent Foimaleoui, avait fait
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aussi lin éloge de Marat qu'il avait présenté à Simoniic lîvrard. Celle-ci ne lui ayant pas répondu, je ne sais pour quelle cause, le canonnier s'en plaint; ce qui ne l'empêche pas d'ajouter : a Obligé de fuir, TAmi du peuple ne trouvera donc pas un ami parmi le peuple? Une femme généreuse ç\ sensible l'accueille et le sauve. Enthousiaste de la liberté, cette femme avait conçu une haute idée des vertus de Marat. line noble pa^j^ion succéda aux sentiments de l'èstime, et intéressa son cœur en faveur d'un homme 'que le malheur rendait encore plus recommandable. »
Un autre orateur de club, le citoyen Hiver, dit encore : « Épouse digne et chérie du vertueux Ami du peuple, cesse de le pleurer; il ne vit plus pour toi, nous vivons tous pour lui, Pi notre dernier neveu, en voyant en toi la digne moiùé de Marat, deviendra le soutien de celle qui sut le conserver, le préserver tant de fois. » Ce n'était qu'une espérance d'enthousiaste ; vingt-neuf ans plus tard, la pauvre veuve devait mourir de misère sur un grabat, et les derniers neveux Fontrager indignement dans son sentiment le plus sublime et le plus pur.
Voilà tout ce que nous avons pu recueillir de la bouche des partisans de Marat. Cette épithète, pense-t-on, suffit pour infirmer la véracité de ce qu'ils ont avancé. 11 faut avouer que c'est accorder un bien grand privilège aux ennemis d'un homme que de leur donner le monopole de la vérité à l'égard de et lui qu'ils ont tant d'intéirt à dénigrer. De pins impartiaux r('niai r[ueront que tous sont d'accnrd sur le mobile de Simonne : elle veut concourir pour sa part à l'œuvre de délivrance entreprise par l'Ami du peuple. Pense->t-on que s'il eût été possible de nier le fait, les panégyristes auraient appelé sur cette circonstance l'attention des contradicteurs? S'est-on jamais avisé de prêter le même mobile à la Thérèse de Rousseau? L'on va voir d'ailleurs que les ennemis de Marat n'ont pas révoque en doute un sentiment qui se prouvait tous les jours par la persistance de la compagne du per-
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iËÀN-PAUL MÀRÀT
séciilc à ne pas le quitter d'un instant. UaXs ne pouvant attaquer ruiiioa clans la sainteté du but, ils se sont rojelés sur le fait lui-même. Nous allons les suivre sur ce terrain. Les calomnies des modernes, à cet égard, ont été greilées sur celles des contemporains; c'est pourquoi nous ne nous occuperons que de ces dernières.
En septembre 1792, Marat avait signalé aux électeurs de Paris les individus qu'il considérait comme suspects parmi les candidats à la Convention nalioiiale. Le sieur A. -G. Deflers était du nombre des dénoncés ; il se récria contre les imputations de l'xVmi du peuple dans une Pétition présentée au Corps électoral par A*~€, Deflers conire J,-P, Maràt, On y lisait en forme de récrimination : « Toi, qui te dis TAmi du peuple, quelle idée aurais -tu d'un homme qui, se croyant proscrit et obligé de vivre dans les caves, recevrait pendant plus de deux ans les soins les plus tendres d'un citoyen peu fortuné et de J^a fetnnie, et qui, pour récompense de ses soins et de ses sacriiices, éloignant Lhomme par une commission feinte, profiterait de son absence pour lui enlever et sa femme et ses meubles? Réponds et prononce ta condamnation, car c'est le citoyen Maquety qui, par ma bouche, t'accuse de ces vols qu'il dénonça en présence de miUe témoins prêts à se présenter. »
L'accusation était explicite, la réponse aura le même caractère, et ne laissera jien à désirer, car c'est Marat luimême qui va la faire. Pourquoi faut-il que toutes ne lui aient pas été adressées également de son vivant ?
L'Ami du p u[)lc fît immédiatement un placard portant pour titre : Marat, VAmi du peuple^ à ses concitoyens les électeurs, 11 y expos;iit les motifs qui avaient pu animer le citoyen Deflers contre lui; il insérait en entier la Péiiiion aux électeurs du plaignant; eniin le placard finissait par sa propre justification sur tous les faits allégués; nous allons transcrire la réponse textuelle au sujet du rapt et du vol des meubles; elle mérite toute l'attention du lecteur, « Vous