SIMONNE ÉVRARD
m* accusez, sur des bruits absurdes répandus par les entiemîs publics, d'avoir enlevé la femme et les meubles du graveur Maquet, lequel, dites-vous, a tout fait pour moi.
« Moi, que les assassins de Mottier forçaient de vivre dans un souterrain, enlever la femme et les meubles d'un homme en liberté 1 Y songez-vous, monsieur Deflers, et est-il bien vrai que vous ne rêvez pas? Encore faut-il pour dénigrer les autres avoir soi-même un grain de sens commun: mais voyoïîs. D'ab!)rd le sieur Maquet n'a jamais ét(^ marié; comment donc aurais-je enlevé sa femme? Bien est-il vrai qu'il a eu cliez lui mademoiselle Fouaisse, âgée de trente -cinq à trente- six ans, dont il fmsait sa fille d'établi et sa servante, dont il retenait depuis plusieurs années et les meubles et les honoraires, sans avoir daigné lui en donner une simple reconnaissance, dont il abusait de la timidiié naturelle en la retenant par la crainte à rattaclie, après l'avoir excédt'e de coups, spectacle révoltant dont j'ai été témoin plus d'une fois tandis qu'elle m'avait en pension. Gomme cette bonne patriote s'était chargée de faire tenir mes manuscrits à mon imprimeur, et qu'elle me rendait tous les bons olfîces que j'aurais pu attendre du meilleur citoyen dans ma captivité, jo m'intéressai à son sort. La voyant désolée de ne pohit recevoir des nouvelles du sieur Maquet, au bout de trois semaines d'absence employées à courir la Picardie pour se procurer dps autorisations à postuler la place d'inspecteur de marée à la halle de Paris, je la pressai de m'en apprendre la cause. Elle y consentit en me demandant conseil. Je lui indiquai le moyen d'obtenir de son tyran et la reconnaissance de ses meubles et un billet du moataut de ses honoi-aii-es.
« Comme j'étais sur mon départ pour Londres, apr(*s l'anéantissement de la libei t ' [)ar le massacre du Champ de Mars, elle me pria de lui chercher une place de gouvernante d'enfants. Maquet, craignant qu'elle ne partit aivec moi, la tint en charte privée et fît tout ce qui dépendit de lui pour me faire tomber entre les mains des assassins de Lafayette,
346 JEAN-PÂUL MÂRAT.
sans cependant trop se compromettre. Indigné de ces horribles procédés, j'écrivis à mademoiselle Fouaisse, par la voie de mon journal, d'ouvrir sa croisée, de ccier au secours, et traduire devant le magistrat l'homme Indigne qui la traitait
en esclave. (Voyez le N» 565 de VAmi du Peuple.) Qu'en pensez- vous, M. Dcllers? est-ce en sonnant le tocsin et en s adressant aux magistrats que se font les enlèvements? Deux jours plus tard » je publiais un avis au pei*sécuteur de mademoiselle Fouaisse. (Voyez le 557, Und,) Le sieur Maquet, tremblant de voir sa conduite dévoilée au grand jour, écrivit sur-le-champ à cette femme infortunée de venir retirer ses meubles; ce qu'elle fit. Je lui a^vais conseillé de faire appeler le commissaire de section ; si elle l'eut fait, elle n'eût pas perdu six cents livres, car l'honnête homme ne lui compta què la moitié du billet qu'il lui avait fait; mais il eut soin de tirer un reçu du total. J'invoque ici le témoignage de mademdselle Foudsse, de la veuve Meugnier et du commissionnaire chargé du transport des meubles.
« Je renvoie mes concitoyens aux numéros de rAini du Peuple en date des 20 et 22 septembre 1791, oîi toute l'histoire du sieur Maqiiet est développée ; pièces autlieatiqiies qui valent mieux que les bruits ténébreux propagés par des * ennemis en démence. J'y renvoie M. Deflers lui-même; qu'il Ij^e de sang-froid, s'il le peut, et, s'il ne rougit pas de sa scandaleuse sortie, je ferai des vmui pour le retour de sa raison. »
Il n'y avait plus un mot à répUquer. Marat était complètement lavé de cette accusation; il n'avait pas '^u recours aux tribunaux contre le diûamateur, le triomphe de sa moralité n'en était que plus complet, et, pour peine de sa légèreté, le sieur Deflers recevait le seul châtiment qui ressortit de la nature du délit, il perdait à l'avenir toute conHance. Voilà le résultat de la liberté de dénonciation, en voilà aussi les inconvénients; préfère- t-on le système de législation <jui, .^ous i)rétexte de protéger l'innoceuce, condamne tout accusateur
SIMONNE ÉVRAAD.
et encourage tous les abus, sûrtout les abus des bommes du pouvoir? Car n'oubiions pas non plus que Marat, en septembre 1792, était magistrat en sa qualité de membre de la commaoe de Paris, et qu'il ne s'en crut pas plus autorisé à poursuivre le sieur Defleis : il prêchait d'exemple.
Trois ans ploa; tard, en 1705, od écrivain contre-révolntiomiaire voulut renchérir. Marat n'était phis. là, c'était plus facile; mais, à force d'exagération, il échappe à toute vraiseuiblance. « Marat avait pour déesse, dit- il, une de ces femmes vendeuses de voluptés qu'une loi sage défend d'avouer pour épouse... Ici je m'arrête de peur de me tromper^,» Est* il vrai que Marat ait été marié ? JBst^il mort dans le coacufaînage? S*il était marié, que d*Outrages faits à la foi conjugale! S'il ne Tétait pas, c'est sans doute un conte que l'on a fieit au peuple quand on lui dit que la République fait une pension à la veuve de Mai*at. » (Honriquez, Jh'panthéo/iisnlion.) En réiutvié, le sieur Ilenriquez ne sait pas si xMarat était marié ou s'il ne Tétait pas; si sa concubine était ou non vendeuse de volupté; s'il est vrai que la République ait fait ou non une pension à la prétendue veuve; en résumé, le sieur Henri-* quez ne sait rien, et il a peur de se tromper. Pourquoi donc écrivait -il?
Mieux éclairé que le digne royaliste Henrîquez, nous sommes aujourd'hui en mesure de prouver que Alarat n'a jamais été marié avec Simonne, et que l'Assemblée n'a décrété aucune pension .à. cette dernière. Le fait est prouvé par le- Monitewr que tout le monde a considté, excepté BL Gabet et H. le bibliophile lacob qui, en sa qualité de compilatear de documents sans originaux, n'a pas hésité à affirmer qu'elle obtint, sous le titre de veuve Marat, une pension civique qu'elle dut moins à ses droits qu'à la munificence de l'Assemblée nationale. » (Préface d'tc» Maman de cœur.)
Reste l'accusation de concubinage* Ici toutes les eonscîences timorées ont droit de se signer, tous les adversmres • de Marat peuvent triompher; car il est vrai de dire que l'Ami
m jëân-pàul màràt.
du peuple est mort sans contrat de mariage avec Simonne passé par-devant la municipalité. Il est juste })ourtaiit d'ajouter que, pour quiconque ne confond pas la iégitiniité d'un lien avec sa légalisation, le concubinage de Marat avec Simonne perd une grande partie de rhorrenr qu'il inspire aux geiAs mariés', et surtout aux mal mariés. Que de 1790 josqfu'au 10 août 92 Marat n'ait pas épousé Simonne, cela se comprend, puisqu'il était obligé de se cacher, puisque la police n'aurait pas manqué de se saisir de sa personne au sortir de la municipalité'. Que du 10 août jusqu'à sa mort il ne l'ait pas fait, c'est non moins authentiquement prouvé et nous n'en savons pas la raison. On ne dit pas toutefois que Simçnne s'en soit formalisée, se soit récriée, ce que n'aurait pas manqué de faire uAe amante vulgaire. C'est que, sans doute, le sentiment de la pureté de ses intentions lui suflisait, sa conscience ne lui reprochait rien, elle n'avait rien d'aiitéricui* ou d'ultérieur à cacher ; c'est qu'aucun intérêt à sauvegarder ne la guidait; c'est qu'en un mot elle était autant au-dessus de son sexe par le caractère que Matât au-dessus de ses contemporains politiques.
Mais quelles étaient, à cet égard, les intentions secrètes de l'Ami du peuple? Nulle part dans son journal il ne parle ouvertement de Simonne; ne remplit-elle auprès de lui que le rôle secondaire d'une autre Thérèse? L'histoire possède une pièce qui va répondre péremptoirement.
Marat venait d'être assassiné. Au momenjt de la levée des scellés, la citoyenne Ëvrard faisant valoir ses droits comme Veuve, (suirault, l'un des commissaires, crut devoir exposer devant ses collègues une circonstance qui prouvait la légitimité toute morale de la liaison de l'Ami du peuple : « Poiusuivi, dit-il, par Lafayette et ses agents, Marat fut forcé de se sauver ; il fut reçu par la demoiselle Évrard qui, à la lecture des feuilles de ce patriote, avait conçu pour lui la plus haute estime. Marat, plein de reconnaissance pour sa libératrice, conçut le déssein et lui promit de l'épouser. '
SIMONNE ÉYKARa
« Marat, qui ne croyait pas qu'un vain cérémonial formât
l'cngan^ement du mariage, voulant néanmoins ne pas Mlarmer la pudeur de la citoyenne Évrard, l'appela par un Ireau jour à la croisée de sa chambre; serrant sa main dans celle de son limante, prosternés tous les deux à la face de TÉtro suprême: C'est dans le vaste temple de la nature, lui dit-il, que je prends pour témoin de la fidélité étemelle que je te jure le Créateur qui nous entend. » {Journal de la Montagne, 53.)
Kous soupçonnons Guirault d'amplification oratoire. Une telle cérémonie en plein vent n'était ni dans le caractère de Marat ni dans celui de Simonne. Eût-elle eu lieu d'ailleurs, de telles scènes restent toujours secrètes , le mystère en fait la sanction. La liaison des deux époux était resserrée chaque jour davantage par la reconnaissance d'une part, de l'autre par la sympathie rendue toujours plus vive par les souffrances toujours plus intenses du persécuté. En fallait-il davantage? Guu"ault croyait giandir son héros en en faisant un héros de roman; l'ours lançait son pavé. Si nous n'avions eu que cette ^ièce à citer, ce ne serait pas assez.
Mais en voici une plus prédeuse : dans l'inventaire des papiers de la victime, on a trouvé une promesse de mariage de Marat à Simonne Évrard. {Journal de la Montagne ^ N° 58.) On comprend pourquoi une promesse. L'Ami du peuple sentait sa santé s'aflaiblir de jour en jour; il était, en outre, h. tout instant exposé au fer des assassins; or, en cas d'accident, il voulait laisser un témoignage de ralTection et de Testime qu'il portait à sa libératrice; il voulait confondre ses calomniateurs passés et à^enir; il e^érût aussi sauvegarder la position de sa veuve, la vente de ses ouvrages suffisant à elle seule pour lui assurer l'indépendance; n'était-ce pas là un contrat aussi légal qu'une volonté testamentaire, un engagement aussi sacré que tous ceux qu'on peut supposer? Ne reconnaissez- vous pas l'exquise délicatesse du signataire, qui, sans doute, n'en avait point averti son amie» parce qu'il savait bien que celle-d s'y serait refusée?
330 JEAN-PAUL ilARAT.
Yoici plus encore, c'est une déclaration qui .iiirait p i suffire à la pudeur de M. de Lamartine, si tant est qup. celte pn fleur soil de bon aloi; elle est consignée au Journal de la Monlaffiie, 65, par les deux sœurs et le frère même de Marat, autre témoignage quelque peu plus sérieux que la capucinade mystique du citoyen Guirault. « Quoique déjà convaincus des importants services rendus par la citoyenne Évrard au citoyen Marat, son époii-Vy nous avons cru nécessaire, pour donner à cet acte toute l'authenticité qu'exige notre reconnaissance, d'appeler en témoignage les personnes qui ont connu la situation où était réduit notre frt' re par les sacrifices qu'il avait faits pour coopérer à la Révolution.
« Pénétrés d'admiration et de reconnaissance pour notre chère et digue sœur^ nous déclarons que c*est à elle que la famille de son époux doit la conservation des dernières années de sa vie; que sans elle il eût succombé à l'abandoji et à la misère, puisque la famille de Marat ignorait alors l'état où était réduite cette infortunée victime; que ce n'est pas seulement pour avoir consacré sa fortune et ses soins à sa conservation, avoir partagé héroïquement ses périls, et l'avoir soustrait pendant longtemps par sa vigilance aux pièges que l'aristocratie lui tendait et à l'opprobre dont elle cherchait à le couvrir, mais pour avoir rendu cet infatigable citoyen à la dignité de sps fonctions, et l'avoir conservé autant qu'il a été en son pouvoir à ce peuple duquel il fut toujours l'ami; nous déclarons donc que c'est avec satisfaction que nous remplissons les volontés de noire frére^ en reconnaissant la citoyenne Évrard pour notre sœur; et que nous tiendrons pour infâmes ceux de sa famille, s'il s'en trouvait quelqu'un qui ne partageât pas les sentiments d'estime et de reconnaissance que nous lui devons; et si, contre notre attente, il pouvait s'en trouver, nous demandons que leurs noms soient connus, ne voulant pas partager leur infamie. Fait à Paris, le *22 août, an n de la République française, Marie-Ânne Marat, femme Olivier; Albertine Marat; lean-Pierre Marat. »
Fouillez dans vos papiera de famille, âmes timorées, vertus pudibondes, et dîtes si vous y trouvez quelque acte de la
légitimité du mariage de vos sœurs plus authentique que celui-là? La famille déclaraïL luràiiie quiconque de ses membres nierait la moralité de l'union de Marat avec Siinoime: c'est l'épithète qui convient aux historiens précités.
Uo mois après la mort de son époux, Simonne se présente à la Convention : « Vous voyez devant vous, dit-elle, la veuve de MaraU,, La veuve de Marat n*a besoin que d'un tombeau. » Et personne ne se récrie.
Faut-il aniicipcr et dire tout de suite que Simonne a survécu à Marat 31 ans, qu elle est restée fidèle à sa mémoire, au mm qu'il lui avait donné; plus noble de cœur et d'àme eii cela que les femmes du plus grand nom, qu'une impéra^ trice, qu'une reine et qu*une duchesse, que Marie -Louise d'Autriche, Christine d'Espagne , Caroline de Berry, épouses très -Lgit unes assurément et qui se recommandent à la' plunie du chantre d'Elvire.
Enfin, comme pour s.uictioiuîer la déclaration faite conjointement avec son frère et sa sœur en 93, Albertine Marat, peiidant ce long veuvage, ne quitte pas d'un instant la • femme de son frère; elle tiavaille pour la nourrir pendant ^le celle*ci, moins robuste, fait le ménage; elles s'entr' aident à supporter dignement leur honorable misère ; et plus tard, . quand Simonne mourra la première, l'acte de décès portera: veuve de .le:in-raul Marat; dernier témoignage de la constante adhésion d'Ai])ertine à reconnaîU*e poui' époux légitimes l'Ami du peuple et Simonne Évrard.
r On se demande pourquoi cet acharnement des historiens après une femme. La réponse est consignée dans la Béfutation des Girondins par C. Hilbey, un ouvrier, un homme de cœur auquel il faudra toujours savoir gré d'av<»r osé, le
premier de Ions, venger Ja nicmoire de Marat, et cela sous la tyrannie, audace (ju'il a payée de la pi-ison et de la perte d'une mode'âte aisance; écoutons bien cette réponse si nette»
352 JEAN-PAUL .Al A H Aï.
si précise, si logiquement irréfutable : « Quoi I cette femme a conservé les jours de l'Ami du peuple, et vous avez pu croire qu'on lui pardonnerait! n Tout est là, en effet. Simonne
Évrarcl sauve le persécuté, et elle meurt de misère et on la flétrit après sa mort; un bon citoyen venge en.l8/j7 la mémoire du calomnié, et il s'étiole encore aujourd'hui dans Feûl. C'est que tous les deux avaient puisé dans Marat même le précepte et l'exemple de n'abandonner qu'avec la vie la cau^e de la liberté.
Au reste, la moralité privée d'un homme influe si puissamment sur le choix de ses principes politiques (tant il y a de rapports entre la conduite et la doctrine), que tous ceux qui redoutaient ou redoutent encore Marat, ou pour mieux dire ses principes, prirent à tâche de répandre les plus odieuses calomnies sur sa vie privée. Nous avons relevé les insinuations de M. Michelet à cet égard; M. G. Hilbey a réduit à néant tout le verbiage lucratif du mendiant de Mâcon. Nous avons cité la dénonciation publique de Deflers et l'illogique assertion de Henriquez : reste, pour n'être point accusé de distraire les pièces importantes, à rappeler une historiette galante racontée par la pudique épouse du vertueux Roland; c'est là encore une des sources où la calomnie est venue puiser ses inspirations ordurières.
Marat est mort, madame Roland est emprisonnée ; c'est le moment, se dit-elle, de faire connaître à la postérité ce que Ton m'a confié sur la prétendue moralité de l'Ami du peuple. « Ici j'entends citer Marat, chez (jui les papiers publics annoncent qu'on a trouvé à sa mort un seul assignat de 2ô sols; quelle édiûante pauvreté! Voyons donc son logement; c'est une dame qui va le décrire. Son mari, membre du tribunal révolutionnaire, est détenu à la Force, pour n'avoir pas été de l'avis des dominateurs. Elle a été mise à Sainte-Pélagie par mesure de sûi-eté, est-il dit; mais probablement parce qu'on aura craint les sollicitations actives de cette jietite femme du Midi. Née à Toulouse , elle a toute la vivacité du
SIMONNE ÉVllARD.
dimat argent sooa le^el eUe a vu le jour, et tendrement atttehée à un cousin d'sûmable figure, elle fat désolée de son
arrestation laite il y a quelques mois. Llle s'était douné beaucoup de peines inutiie.s, elle ne savait plus à qui s'adresser, lorsqu'elle imagina d'aller trouver Marat. Elle se fait emmener chez lui : on dit qu'il n'y est pas, mais il entend la voix d'une femme et se présente lui-même. Il avait aux jambes ' des bottes sans bas, portait une vieille culotte de peau, une veste de taffetas blanc ; sa chemise crasseuse et ouverte lais- * sait voir une poitrine jaunissante, des ongles lonp^ et sales se dessinaient au bout de ses doigts, et son aOreuse figure accompagnait parfaitement ce costume bizarre, il prend la main de la dame, la conduit dans un salon très-frais, meublé en damas bleu et blanc, décoré de rideaux de soie élégamment relevés en draperies, d*un lustre brillant et de superbes vases de porcelaine remplis de fleurs naturelles, alors rares et de haut prix; il s'assied à côté d'elle sur une ottomane voluplueme^ écoute le rrcit qu'elle vcul lui faire, s'intéresse à elle, lui baise la mainy aerre un peu ses genoux^ et lui promet la liberté de son cousin. « Je l'aurais laissé faire , dit plaisamment la petite femme avec son accent toulousain, quitte à aller me baigner après, pourvu qu'il me rendit mon « cousin. » Le soir même Marat fut au comité, et le cousin sortit de l'Abbaye le lendemain; mais, dans les vingt-quatre heures, l'Ami du peuple écrivit au mari, en lui envoyant un sujet auquel il s'agissait de rendre un service qu'il fallait bien ne pas refuser. » [Appel à Vimparlialc posicrité^ par la citoyenne Roland. Première partie, pages 117-ilS.) 'pi II y a bien quelques réOexîons à faire sur ce joli pastiche des contes à la façon de ceux de la reine do Navarre; nous nous contenterons de trois ou quatre, de celles qui tombent le plus sous le sens.
Nous commencerons par une remarque générale : pourquoi n'avoir pas dévoilé du vivant de Marat un fait de haute immoralité suivi d'un abus de pouvoir? C'était assurément un I. S3
JfiAN-PAUL MÀRAT.
moypn honnête de ruiner l'iriflueuce d'm? liornmc aussi dangereux ; je dirai plus, madame, c'était un devoir. Alléguerea- YOBS que vous n'en avies plus la .puissance? Mais la scène se passa tV y a qudquei mùigy dites-vous, èa juin Oâ, date de « ,vo(re àrrestatîcm et de la rédaction des NoUea hittariqttcti or, à quelques mois du 1^ juin, à quelques mois môme du 13 juillet, époque de l'assassinat de TAmi du peuple, vous étiez encore femme de ministre, et quelle U imne ! La prison niciiu; vous aviez encore de nonjbreux amis, des journaux à votre service, ne lut -ce que ceux de province, du Calvados par exemple. Il suffisait d'uue simple note signée de vous, transmise aux ehers coUègaes, et des provinces elle volait à Paris, franchissait les barrières, et bon gré, mal gré, pénétrait jusqu'aux tribunes les pins patriotes; la caiomoîe est partout la bienvenue , citoyenne ; et vous avez trop de littérature dans votre style pour que j'aie besoin de vous rappeler votre Figaro.
Répliquera-t-oa qne l'anecdote vous a été raconlée es prison par la Toubttsaine? Votre tort alors, poar être d'nne autre espèce, n'en serût que plus impardonnable. Ai-je besoin de vous dire, femme du vertueux Roland, qu'on n'accepte comme vrai en lait d'accusation que ce qu'on peut vérifier? Et, imitant votre coupable légèreté, en croirai-je M. Lamartine, quand il écrit, par ejiempie : a Si ou peut soulever le voile dtt cœur de cette femme vertueuse (madame Roland), on reste convaincu que son penchant inMiinetif avait été un instant pour Barbaroux, mais que sa iendretseTéfkéc^m était pour Buzot.' » Non, madame, je sens de la. répugnance à prendre pour modèle votre coupable légèreté ; et ma ludique se refuserait à honorer de l'épitiiete de vertueuse une femme d'une tendresse aussi réfléchie.
; Mais je veux que l'historiette vous ait été racontée- en . prison, je veux que voas n'ayez pa la divulguer, que les geôliers, qui ont laissé passer le Mémoire entier, n'aient pas pernie la propagande de l'anecdote piquante ; alors, femmo
SIMONNE ÉYBÂRD. 355
•vertueuse, restait pour votre honneur à von? enffutrir de la moralité du téinoin , je dois dire plutôt de la partie narrante* ' Or, la susdite partie est de TmioÊxej c*est-à-dtre çal^ conne; elie a tonte la vivacité da cfimat, c*e8t-4-dîn une imagination beaucoup trop fertile; elle tH Uifîdr4»nent «Mechéey quoique mariée, à un cousin, en d*a«tres termes c*e9t une femme perdue; pour sauver son amant, elle se présente chez Marat, elle va le laisser tout [dire : (iecitleiiieiit cette femme est une 'Coquine. Ëi voilà, dame vertueuse, la partie que vous avez entendue!. que vous avez crue sur parole! sur la déclaration de qui vous dénoncez comme immoral Marat à X impartiale postérité ! Je vous le déclare, au nom de cette postérité même, elle vous a entendue, elle vous a appréciée, vous êtes jugée à jamais.
Et vous trouvez ht petite fonme plaisante ! son li uni car * égrillarde vous plaiil vous goûtez sa façon d'agir! Madame, von» me donnez des tentations de partager l'opinion dif chantre d'Elvire.
Encore si Tanecdote eût conclu à Fimmoràlité de Marat ; mais non, puisque l'acte n'est pas consommé, quoique Marat soit seul, quoique le boudoir soit tapissé de bleu el blanc, quoique rottoinane âoit voluplucasr^ quoique la Toulousaine se prête volontiers à la chose. A quoi donc, dans votre intention, aboutit cette graveleuse historiette? A prouver qu'il n'est pas vrai que Marat ait été si pauvre que de n'avoir chez lui que 25 sols à sa mort, puisqu'il avait un salon très-frais, <lécoré de rideaux de soie, d'un lustrei de porcelaines. Chaste i*énélope ! vous n*avez donc pas réfléchi que lors de l'assassinat tout Paris a pénétré chez lui; que rinventairc Je plus minutieux a été fait; que parmi les comuilssaircs chargés de cette tâche, plusieurs ont survécu à la tourmente révolutionnaire et qu'aucun n'en a rappelé du témoignage des rapports publics; que quelques mois après la mort de son époux la veuve de Marat était réduite à la plus grande misère? Vous n'avez réfléchi à rien, madame ; et c'est pourquoi je vous le
JEAN-PÀDL MÀRAT.
répète : il était providentiel que vous écrivissiez vos mémoires,, afin que, sur pièces autlientiques, la postérité ircttis jttgeât sous le double rapport intellectuel et moral.
Paavre Simonne f^rard I Et c'est toi que tous les historiens ont vilipendée, et c'est la Boland qu'ils ont exaltée! H ne sera pas dit du moins que j'aurai participé à cette infamie, et, puisqu'il partir de ce moment, puisqu'à partir de 1790, tu partageas la destinée de Marat, la réhabilitation de ta mémdre se confondra dans ce livre avec celle de ton amil'