MARÂT FUT-IL DÉMAGOGUE
Tî vient de reprocher au peuple sa vanité; le lendemain, il appuie pl^s fortement encore : « Cessons de nous plaindre ; les maui cruels qui nous font gémir sont notre ouvrage : les fruits amers de notre dépravaiian* Qu*attendre d'un peuple d'égoïstes qui n'agissent que par des vues d'intérêt, qui ne consultent que leurs passions, et dont la vanité est l'unique mobile? Ne nous abusons plus : une naLion sans lumières, sans mœurs , sans vertus , n'est pas faite pour la liberté. Elle peut bien rompre un moment .ses fers, mais peut-elle éviter de les reprendre? et, si elle n'est pas enchaînée par la force, elle le sera infailliblement par la fourbe. » {L'Ami du Peuple, 0.) Voilà l'homme qu'on a accusé d'Immoralité!
Mais attendez, il ne s'en prendra pas seulement au peuple en général ; il sait qu'un reproché qui s'étend à tous amoindrit son efTet par son étendue même; chacun rejette sur son voisin sa part de culpabilité ; bref, tout le monde s'absout dans son for intérieur, et l'accusateur ne court pas grand risque, car ce n'^est plus qu'une sorte de moraliste politique dont on est convenu d'écouter les préceptes sans jamais les suivre. Marat va s'attaquer à des classes particuliëi*es.
Quelle raillerie amère dans cette réflexion sur le peuple de Paris! « ÎSous sommes de bonnes gens, nous autres Parisiens à prétentions, nous nous croyons ])ons pati'lotes loi-sque nous avons bavardé sur les affaires du jour... Immolezvous donc pour des êti*es de cette espèce! » ( Ibidem y N° 99.)
Et ce portrait des profonds politiques de la cité souveraine; qui n'en reconnaîtrait aujourd'hui même l'original? « 0 Parisiens I vous n'êtes que des enfants qui fermez les yeux sur les malheurs qui vous attendent; l'irréflexion vous tient dans la sécurité, la vanité \ous console de tous vos maux. Courez dans les cafés, bavardez sur les papiers-nouvelles, rangez-vous autour d'un poêle ou d'une table, racontez vos exploits, et portez vos chaînes. » {Appel à la nation,) Si c'est là une manière adroite de gagner le peuple, nous la conseillons aux flatteurs à venir, et nous déclarons
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leur pardonner d'avance inie aiubition si bien déguisée, Croyez-vouâ, ea cooscience, que les bourgeois de 179D lui aient jamais pardonné la boutade qui suit? u L'appareil militaire vous a séduits; le désir de tous distinguer par un uniforme vous fit aller en foule inscrire vos noms. Au Uea de vous exercer an maniement des armes pour repousser Fennemi, vous n'apprenez à les manier que dans la crainte d'y paraître gauclies; vous vous amusez tà des parades. Au lieu de vous montrer zélés soldats de l'État, vous bornez vos devoirs à promener votre ujaiforme dans les cercles, à vous ' rendre à la parade , à vous pavaner dans les jardins publics, à vous passer en revue lorsque le temps est serein, à arpenter les rues, enseignes flottantes, au bruit d'une musique guerrière. Le soleil vous voit rangés autour d'une table de jeu dans un corps de garde. L'envie vous divise. Le dernier d'entre vous, aiTublé d'un uniforme, fait le petit important. iS'aguère encore vous étiez citoyens, vous voilà transformés en automates aux ordres d'un chef, et bientôt peut-être vous serez transformés en instruments aveugles d'oppression. » (L'Ami du Peuple, N* Arrêtons-nous à ite trait, on nous accuserait d'allusion. C'est dommage, en vérité, que nous ayons promis de ne j)as nous amuser à faire ressortii* le mérite littéraire de ce Marat, qui ne savait pas mCnic écrire, a dit M. Michelet.
Ce n'est pas tout encore, le démagogue Ami du peuple va s'attaquer^ la chose sainte et sacrée, aux idoles du jour, aux rois en germe, aux grands orateurs des clubs : u Le plus cruel fléau que nous ayons à combattre pour faire triompher la liberté, ce sont les faux patriotes exaltés qui se prévalent de leurs marques de civisme pour égarer leurs concitoyens et les jeit'i- dans des démarches violentes, hasardées, téméraires et désastreuses. Ces intrigants ne se contentent pas d'être les factotums de leurs sections respectives, ils s'agitent du matin au soir pour s'introduire dans toutes les 'sociétés populaires, les influencer et devemr enfin les grands faiseurs. » {Ibidem. y 2^.)