MARAT FUT-IL DÉMAGOGUE
Puisqu'il s*agit de dnbs, épuisons la matière; en réyola-
tion, le plus grand danger est là. « Qu'attendre de ces {issemblces dlmbérîlcs qui ne revoit qu ùtjaiilê^ qui se vantent d'être frères, et qui eiicluent de leur sein les infortunés qui les ont' aiïranchis? Qu'attendre d'un peuple chargé de fers à qui l'on dit : tu es libre, et qui croit être libre; d'un peuple d'oppriimës à qui Ton dit ; tu es heureux, et qui croit être heureux; d*utt enfant qui chante au milieu des calamités publiques, qui s'amuse d'un refrain, lorsqu'on rive ses chaînes, et qui desy ceud dans l'abîme en dansant? » [IJAnii du Peuple y N'* 175.)
11 semble luènie qu'il choisisse de préférence pour ses mercuriales les moments où le peuple est le plus enivré de son triomphe. Âu lendemain des ô et d octobre : « 0 mes concitoyens! hommes frivides et insouciants, qui n'avez de ^ suite ni dans vos idées ni dans vos actions, qui n'agissez que pai^ boutades , qui pourchassez un jour avec intrépidité • les ennemis de la pdUic, et qui, le lendemain, vous abandonnez aveuglément à leur foi, je vous tiendrai en haleine, et» en dépit de votre légèreté, vous serez heureux, ou je ne serai plus. » {Ibidem, ^io 28.) « Insensés que nous sommes! nos ennemis nous traitent CQmme des imbéciles; ont-ils tort? Nons ne sommes à leurs yeux que des animaux féroces, dont il faut éviter le premier coup de boutoir, et que l'on peut ensuite mener avec un fd. » [Ibidem^ 29.)
Au milieu de Tenlliousiasme universel et frénétique de l'anniversaire du \h juillet, de cette fameuse lé te de la Fédération, qui sert encore aujourd'hui de lieu commun au sentimentalisme patriotique^ lui seul n'est pas dupe de la comédie et s'écrie : « Qu'attendre d'un p^ple d'ignorants qui ralTolent de parades, qui s'engouent des ennemis qui les flattent, qui acclament leurs oppresseurs, qui adorent leurs tyrans? 0 mes , concitoyens! comment seriez-vous janiais heureux? v his avez tous les vices des esclaves, vous n'avez aucune des vertus des hommes libres. » {Ibidem , 166.)
£t c'est en parlant des rapports de Marat avec les Ppi-
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siens que les ennemis du démagogue ont écrit : son peuple. Marat n'eut pas de peuple; s'il en avait eu un, on pourrait citçr un club analogue à celui des Gordeliers et des Jacobins, qui marchait à sa voix, qui attendait ses ordres pour ag:tr, qui se faisait un catéchisme politique de sa doctrine, un club des Maratistes en un mot.- Mais rien de tel. Si on lit qu*iî fut simultanément nommé président honoraire de Tun et de l'autre des deux clubs dont les chefs réels furent Danton et Robnspierre, ce n'est là qu'un hommage public dont vingt autres ont joui comme lui, homtnage rendu à i'hoiiiiue dont, le patriotisme ne pouvait être mis en doute après tant d'années de souffrances. Quiconque a pesé toutes les citations que nous venons de faire comprendsa pourquoi Marat n'eut pas de peuple à lui. Il faudrait vraiment plus de philosophie qu*îl n'est permis d'en supposer à des séides» pour croire qu'ils fussent prêts à donner leur vie pour un maître qui écrivait : « Paris est le cloaque de tous les vices, et ses habitants prétendent être libres I Non, non, qu'ils ne s'en flattent pas! 11 faut, pour être lihi^,'des lumières, du courage, des vertus. Des hommes iffnarett, frivoles, lâtkesy rampanis, livrés à la dissipation, à la mollesse » aux plaisirs, au jeu, à la débauche, et dont les chefs ont le cœur pourri, sont faits pour être esclaves, en drpit de leur sotte jactance. »
Le peu[)lo de Marat! Ou n'a pas de peuple à soi, quand on lui parle ainsi, quand jamais on ne se montre en public, quand on ne se fait entendre à aucune tribune, £etut-il le dire? quand, physiquement parlant, on représente ;3i peu. Enfm, on n*est pas démagogue (piand, pouvant aspirer à toute place, on n'a jamais sollicité de fonctions dans le pouvoir exécutif, fonctions qui seuibleut plus particulièrement dé\oliic's aux ambitieux, pMÎsqtrelles donnent à celui qui les remplit une grande autorité personnelle, c'est-à-dire les moyens de se faire plus de créaturas, de payer plus de dévouements. Les vrais démagogues n'y ont pas manqué.
Hais, pour prouver qu'on n'adule pas le peuple, faat^il
HÀRAX FUT-IL DÉMAGOGUE? m
prendre à tâche de ne jamais lui rendre justice? Doit-on être
ifijiiste pour n'être pas réputé flatteur? C'est un piège que nous avons vu tendre aux patriotes timorés par d'astucieux contre-révolutionnaires, mais que Marat sut éviter. Est-ce une basse adulation que cette supplique qu'il adressait aux pères conscrits le 30 juin 1790, à propos de «l'obligation imposée aux travailleurs de payer trois journées de leur travail déjà si peu lucratif, pour jouir des droits de citoyens actifs? Ce passage compose un des plus beaux numéros de l'Ami du Peuple y nous ne pouvions mieux clore ce^ chapitre.
« Pour nous accorder le mince privilège d'être reconnus membres de l'État, dont jusqu'ici nous avons supporté toutes les charges, dont nous acquittons tous les devoirs pénibles, dont nous remplissons toutes les fonctions dégoûtantes, mal-<
saines, dangereuses, dont nous venons de rompre les fers au péiil de notre vie, au prix de notre san<^, vous exigez inhu-mainement de nous le sacrilice de trois journées d'un travail qui peut à peine nous donner du pain, comme si vous vouliez nous faire périr de misère. Pour nous conférer le triste privilège de donner notre suffrage à ceux qui auront l'honneur de nous gourmander, et le bonheur de s*engrais9er à nos dépens, en vertu de vos décrets... Quel sort affreux que le nôtre! Pour nous lo ciel fut toujours de hionzc, et aujourd'hui, comptés pour rien dans toutes vos dispositions, l'espoir même nous est enlevé : vos entrailles seraient-elles fermées pour nous? Pères de la patrie, vous vous êtes emparés des biens des pauvres pour payer les Sardanapales de la cour, les favoris de la reine, les pensionnaires du roi, les usuriers, les agioteurs, les maltôtiers, les concussionnaires, jes déprédateurs, Ips dilapidateurs, les sangsues de l'Etat, et, non cuiiients de nous laisser dans le plus aiïreux dénùment, vous jnous enlevez nos droits pour nous punir des crimes des ^méchants et de la barbarie du sort.'Ëst-ii besoin de faire valoir nos services pour nous soustraire à l'oppression? Rap-
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pçlez-voiîs ces crises orageuses où l'on courait aux armes pour repousser des légions san^inaires, abattre le despotisme et sauver la patrie prête à périr. Nous étions partout où le péril noas appelait, prêts à prodig^r notre sang pour votre défense; et pendant trois mois consécutifs nous avons seuls «supporté le poids d'une campagne laborieuse, exposés tons les jours au soleil, à la faim, à la soif; tandis que les riches, cachés dans des souterrains, n'en sont soi tis qu'après les temps de crise, pour s'emparer du commandement, de . toutes les places d'iionaeur et d'autorité. iNous nous sommes donc sacrifiés pour vous, et aujourd'hui, pour piix de nos salcriôces, nous n'avons pas même la consolation d'être réputés membres de cet État que nous avons sanivé. Quelles peuvent donc être vos raisons pour nous traiter aussi indignement? Le pauvre est citoyen comme le riche, vous en convenez: mais vous prétendez qu'il est plus exposé à se vendre; y pensez-vous? Voyez dans toutes les monarchies du monde, ne sont- ce pas les riches qni forment le vil essaim des courtisans ? Ne sont-ce pas les riches qui forment les légions innombrables d'ambitieux qui recherchent la faveur par toute espèce de moyens, et lui sacrifient leur honneur? Ne sont-ce pas les riches qui forment les suppôts du despotisme dans le sénat, dans le cabinet, dans les cours de judicature, dans l'armée elle-même? Ne sont-ce pas les pauvres qui, en ious lieux, réclament les premiers contre la tyrannie , et se soulèvent contre leurs oppresseurs? S'ils étaient prêts à se vendre, et s'ils ne voulaient que de l'or, ils en prendraient quand ils trouveraient l'occasion. Et qui les empêchait, dans les premiers jours de l'insurrection, d'avoir mis vos maisons au V pillage? Qui les empi chait, dans celles qu'ils ont livrées aux flammes, d*en enlever les dépouilles? En a-t-on vu un seul s'enfuir chargé de butin?... Mais ce n'est pas au nom de la reconnaissance et de l'étemelle justice, c'est au nom du salut commun que nous vous supplions de ne pas outrager la nature et de vous souvenir que nous sommes citoyens comme vous,