MÂBAT CONSIDÉRÉ GOMME SAVANT
EouKAilcB. — iMMwité de raditM iaUgantcs pour la. rdfaUtion des calomnies. — DéclantioB de Marat ler ses eavrVges scientifiiiues. — Uéauire tur h fen, rèteetii' cité rt la ttanière, — JugemeDt dee eommiseaires de rA.cadéiaie des sciences. —
lîfcherches Sur le feu. — L'Académie se refuse à examiner cet ourrage. — Pourquoi. — Conséquences de ces refus. — Décoitwries sur /r» lumière. — Curieux coa.si iéranls de l'Académie. — Rcdterehes sur rëleclricik. — Appréciation do Frautlin, par • UatstL — Notions élémentaire» d'optiqne.— fMtret de f^obtervatew Bon Sens txir Vaérost«tUin. — TVufucf l'en 4e Vupttqne de Newton. Mènotm aeodd>dfue$, — ^ CoiUpiration du silence. — Les dieux do M. Mk lidet. — Critiques : Beaulieil, OtîOrgas fuval, J.u Joui iml (le tillrraUtre, Laîa" !n. Op'niMH ?,îint sur les académiciens. — Maladresse do» critt^aes. — Lei Cttarlatan» modernes, Caloœmes do M. UicbeieL
Avant de commencer ce cliapitre, nous prions le lecteur de nous pardonner s'il y rencootre quelques redites : elles timnent esseotiellemeQt à la nature de notre ti'avail. Il est si facile de tuer an homme avec un mot, surtout quand 0 n'est plus là pour se défendre lui-même, surtout quand l'agresseur a du talent, peu de conscience, de rcsprit, du renom! Mais il est si didicile de ré(.il)lir la vérité; il faut tant de pièces à l'appui, il faut produire tant de téinuijJîiiages fastidieux I Quand la calomnie lance de loin un de ses traits, elle compte bien sur la didic ulté de le ressaisir pour ï empercer ellemême ; c*est le secret de son courage apparent. Nous aurions renoncé à une entreprise au-dessus de nos forces, si nous n'espérions rencontrer parmi nos lecteurs de ces natures droites, de ces nobles âmes, de ces intelligences d'élite, qui savent sacrifier les séducj^us de Tesprit au devoir d'iioimeur d'être juste avant tout.
On sait avec quel enthousiasme, vers le milieu du xnn* siècle, la France s'était jetée dans les recherches scientifiques les plus ardues : \ Ëncydopcdie s'élaborait. C'était ■ une fureur, c'était la mode, dès lors aussi le seul moyen d'arriver à la renomnice. ll^Iarat, toujours ambitieux de renom, dut être entralldé par le courant. Tout d'ailleurs l'y poussait : son tempérament, son infatigable activité d'esprit, sa prodigieuse mémoire et son aptitude à tout comprendre. Citons d'abord sa propre déclaration.
« J'ai i)assé vingt-cinq ans dans la retraite, à ia lecture des meilleurs ouvrages de science et de littérature, à l'étude de la nature, à des recherches profondes, et dans la méditation. Je croîs avoir épuisé à peu près toutes les combinaisons ïe l'esprit humain sur la morale, la philosophie et la politique, pour en recueillir les meilleurs résultats. J'ai huit volumes de recherches métaphysiques, anatomiques et physiologiques sur l'homme. J'en ai vingt de découvertes sur les différentes branches de la physique; plusieurs sont publiés depuis longtemps, les autres sont dans mes cartons. J'ai porté dans mon cabinet le désir sincère d'être utile à l'humanité, un j^aint respect pour la vérité, le sentiment des bornes de l'humaine sagesse, et ma passion dominante de l'amour de la gloire; c'est elle seule qui a décidé du choix des matières que j'ai traitées, et qui m'a fait constamment rejeter tout sujet sur lequel je ne pouvais pas me promettre d'être original, d'arriver au vrai, à de grands résultats ; car je ne puis me résoudre à. remanier un sujet bien traité, ni à ressasser les ouvmges '^5 autres.
« J'oserais me flatter de n'avoir pas manqué mon but, à
en pger par l'indigne persécution que n'a cessé de me faire, pendant dix ans, l'Académie des sciences, lorsqu'elle se fut assurée que mes découvertes sur la lumière renversaient ses travaux depuis un siècle, etque je me souciais fort pèu d'entrer dans son sein. Gomme les d'Âlembert, les Garitat, les Leroy, les Meunier, les Lalande, les La Place* les Cousin, les Lavoisier,
MARAT SAYANT. 37
et les charlatans de ce corps scientifique roulaient être seuls sur le chandelier, et tenaient dans leurs mains les trompettes de la renommée, croira-'t-oii qu'ils étaient parvenus à déprécier mes découvertes dans l'Europe enttère, à soulever contre
moi toutes les sociétés savantes, à me fermer tous les journaux, au point de n*y pouvoir môme faire annoncer le titre de mes ouvrages, d'être forcé de me cacher, et d'avoir un préte-nom pour leur faire approuver quelques-unes de mes productions? » {Journal de la République^ N** 98.)
Ailleurs il allègue d'autres raisons encore, pour lesquelles il croît avoir été mal accueilli dans le monde des savants : « Mon ardeur et mon assiduité ont toujours été couronnées d'assez brillants succès ; il n'en fallait pas davantage pour éveiller l'envie. Je sais qu'on la désarme avec adresse en affichant une fausse modestie et en adulant les envieux. La feinte et la ruse ne sont pas dans mon caractère; je dédaigne ces moyens honteux, et, sans m'embarrasser des suites, je m'élevai avec force contre les charlatans ; ce qui ne fit que les aigrir davantage contre moi et multiplier le nombre de mes ennemis. » {Le Publichste, N"* \hl.)
Cette déclaration est explicite; mais voyons si Maratne s'exagère pas sa valeur, ou si, à notre insu, nous ne resterions pas prévenu contre lui par Teifet seul de sa franchise présomptueuse. Citons tous ses ouvrages connus, analysonsles en quelques mots, disons quel a été le sort de chacun d*eux, pesons enfin les critiques et les éloges qu'on on a faits ; mettons surtout le lecteur compétent en état de les consulter, de décider par lui-même, en donnant des ouvrages de Marat la bibliographie exacte : ce procédé plaidera provisoirement en faveur de notre impartialité.
Marat avait adressé à l'Académie des sciences un mémoire qu'il fit impt imer en 1779, sous ce titre : « JHcmmertes de M. Marat .sur le feu, l'éJcclricitc et la lumière^ in-8° de 38 pages. Paris, imprimerie de Glousier.
Le livre commence par un rapport de l'illustie assemblée
38 JEÂN-PÂUL MÂRAT.
en date du 17 asril 1779, attestation irréciisable de l'importaiice qu'elle donne à l'ouvrage. Procéder ainsi, c'était bien conoaitre le public qui ne se prouoûce jamais que sur la foi d'autmi. On y Ht que la commission, composée de MM* le comte de liainebois, de Montigny, Le Boy et Sage, quatre personnages d'une eompétence incontestaUe^ puisqu'ils faisaient partie de l'Académie, se résuma en ces termes : « La saine physique ne marchant qu'a r;iide de l'exp^Tience, tous Il's nu-moires, tons les traités ne doivent être qu'un composé d'expériences bien faites et bien eomtntâea^ servant de base aux vérités qu'on se propose d'établir : uUe est la marche que fauteur a suime, »
Ainsi Toilà Marat déclaré par l'Académie ehercbenr consciencieux et sérieux, puisqu'il ne s'appuie que sur des expériences bien faites et bien constatées.
(( Son mémoire en renferme plus de cent vingt, qui, toutes, ou au moins la plus grande partie, ont été faites par un moyen nouveau f ingénieiix, et qui ouvre un grand champ à de nouydles recliercbes dans la physique; ce moyen c'est le micros^ cope solaire* »
Niera-t-on que le savant ait fait au moins une découverte quand des hommes spéciaux l'aysiiient?
Suit rex[)lication du moyen d'appliquer ce microscope, puis la description du phénomène que Marat venait de constater. Et qui rafurme? Ce ne sont pas seulement les quatre académiciens, mais le plus grand physicien de l'époque. Citons : « M. Franklin, qui a assisté avec nous A plusieurs de ces expériences, ayant présenté sa tète, sa main à ces ravons, on en vit s'élever sur la toile des émanations on ne peut plus ai)parentes. »
Retenons bien ce que dit à ce propos M. Michelet : « FranJilin, invité à voir ses expériences, admira la dextérité de Marat.» {llisioire de la Bévolution française , t. II, p. 392.) Que pense-t-on du mot dextérité? comme cela faut habilement pressentir rescamoteor, le^ charlatan I Quelle perfidie I
VÂRAT SAVANT. ^
Mais que voulait prouver le savant au moyen de son ingénieux appareil ? « Il entreprend de prouver que toutes ces émanations, rendues sensibles par le microscope solaire, sont Teffet d'un fluide qui sort et qui $*élève des corps échauffés, et que ce fluide est le fluide iffné. »
Quel jugement sommaire rendit k commission? u Nous concluons que, saxis^ prontmeer décidément sur ce que l'auteur entreprend d'établir dans son mémoire sur le fluide igné, nous regardon» ce mémoire comme fort intéressant par son objet, et comme contenant une suite d'expériences nou-' veUesy exactes, et fait par un moyen également ingénieux et propre à ouvrir un vaste champ aux recherches des physi^ ciens, non^senlement sur les émanations des corps échauiEês» mais encoré sur les évaporatioos des fluides. »
En voilà plus qu'il n'en faut, noii ] as pour accorder à Marat un brevet de génie, le titre pompeux d'un des plus grands savants de l'époque, mais au /noins la qualification •d'expérimentateur actif, consciencieux et quelquefois heureux dans ses découvertes.
Mais Marat n'était pas homme à se contenter de cette déclaration provisoire, il en appela à tous les savants, et c'est il c(;t effet qu'il fit imprirher le mémoire. Dans son livre, il recommence en public, pour ainsi dire, les expériences auxquelles il avait procédé devant MxM. les commissaires. Tons les physiciens peuvent le suivre, le juger. Presque tous font jugé ; combien l'ont suivi ?
Le savant y résume ainsi sa découverte : « 11 en est aujourd'hui, ce me semble, de la doctrine du feu comme de celle des couleurs avant Newton. On le prend pour matière, il n'est qu'une modification d'un fluide particulier que je désigne sous le nom de fluide igné, »
Sera-ce trop exiger de la postérité que de lui dire : ne prononcez qu'après vérification ? Et si, ce que j'ignore complètement à ma honte et à mon grand regret, le progrès nécessaire des sciences physiques a fourui sur cet oijjet des
40 JEAN-PAUL AIAUAT.
données nouvelles, contradictoires et plus exactement Yéri- ' fiées, ne soyons pas moins reconnaissants des efforts de nos
devanciers : à la conquête de la vérité, comme à l'assaut des bastilles , les morts servent pendant le combat de degrés à la victoire.
Dans le compte rendu des commissaires on lisait encore : « Nous avons appris que l'auteur désirait particulièrement que l'assemblée tout entière se prononçât sur la vérité et l'exactitude de ses expériences^ » L'Académie ne jugea pas à
propos (lè se rendre a i iii\ii;iLion loyale de Mai'at, aux pressantes sollicitations de ses examinateurs.'
Cekii-ci ne se rebuta pas. Son premier mémoire contenait trois objets d'observation : le feu, l'électricité et la lumière; l'auteur résolut de les examiner chacun séparément, et d'en faire le sujet de trois études spéciales. Il prépara donc un nouveau manuscrit qu'il présenta encore à l'illustre assemblée; le mémoire fut renvoyé pour la iuiiiic a une commission; les examinateurs Le Roy et Cousin ajournèrent indéiiniment le rapport, et, poussés à bout, refusèrent de se prononcer.
Il est évident qu'il y avait parti pris, mot d'ordre. Comment ce qui avait été jugé digne d'attention d^ns le premier mémoire ne Tétait-il plus dans le second 7 Le refus de raisons donne droit aux conjectures : ce n'est pas tant le savoir qui ouvre l'entrée des académies que le savoir-faire. En général, toutes les portes des corps constitués sont basses, on n'y entre qu'en se courbant. M^irat, irrité du premier refus de la Société de se prononcer, ne ménagea pas l'expression de son mécontentement; il avait le caractère hautain, la con- ' science de sa valeur exagérée par la négation, l'épine dorsale . inflexible; il ne put, ni ne voulut se baisser; comment aurait-il été admis à l'examen? 11 est juste de dire qu'il avait attendu patieuuuentliuit mois, au bout desquels il résolut ,d en appêler une seconde fois au public. En conséquence, en janvier 1780, il fit paraître un volume de deux cents pages, intitulé ; Retifi^clm sur le feu^ ifiS\ Paris, chez Ant. Jombert.
UARAT SAVANT. 41
Cette fois il ne s'adressait plus aux savants seulement, à des hommes qui comprennent à demi-mot, mais à tout le monde ; il mettait, à cet effet, ses explications à la portée de toutes les intelligences. Les recherches sur le feu ne sont donc que le développement du mémoire intitalé découvertes^ il ne faut pas dès lors s'étonner d'y retrouver d.es pages entières textuellement reproduites. L'auteur commence par un examen des opinions de ses devanciers sur la nature du feu, qu'ils regardaient comme un élément: et, venant à son propresystème, il nous explique la nature de ce qu'il appelle, lui, le fluide igné. Il le considère d'une innnière absolue, puis d'une manière relative. Passant à l'étude de la chaleur produite par le soleil, il nous apprend en quelle quantité le fluide igné est répandu dans l'univers ; il nous démontre sa force expansive, sa sphère d'activité, la manière dont il agit, par quels états il fait passer les corps avant de les résoudre; Il est naturellement amené par son sujet à nous parler de la raréfaction de l'air, de la dilatation des solides et des liquides, de la fusion, de l'évaporation, de l'explosion, de tous les phénomènes enfin auxquels donne lieu l'actioa du fluide igné. Le dernier 'chapitre se compose de remarques essentielles sur sa méthode d'observer dans la chambre obscure. En somme, le livre contenait cent soixante-six expériences et sept planches gravées. •
Qu'avons-nous à ajouter pour donner une idée de la valeur de ce nouvel ouvrage? Aien, puisqu'il a déjà été apprécié, quant au fond» par des savants patentés*. Nous affirmerons seulement que Maratj fait preuve encore d'un rare talent de vulgarisateur; et de cela nous sommes juge, puisque, âous le rapport scientifique, nous faisons incontestablement partie du vulgaire des lecteurs.
! Mais quelles tristes réflexions ne suggèrent pas tant d'efforts, et si souvent inutiles, de certains hommes pour arriver à se faire entendre! Que de vérités perdues par la mauvaise volonté des uns, les basses passions des autres, l'indiiTéfettce du plus grand nombre I Qui sait au prix de quels sacrifices
4» JEAN-PâUL MÂRAT.
Tauteur de» Reétertàen sur le feu put, à grands frais, arriver à consigner en un volume une découverte qu'il croyait utile à tous, et qui devait commencer par le ruiner? Encore faut-il se hâter d'ajouter que, pouvant faire ce sacrifice, il était au nombre des élus; que d'autres, plus nombreux, meurent tous les jours du dèse^oir de ne pouvoir doter de la vérité qu'ils tiennent dans la main le monde qui les dédaigne, qui les méprise, qui les tue! Je sais tout ce qu'on peut objecter; Tque partout pénètrent les abus; je sais que les hommes sont hommes: eh bien! s'ils sont hommes, pourquoi s'étonner que ce soient justement les blessés qui aient des cris de douleur dans Fagonie, de la colère contre le mépris, des reproches amers ^ l'ingratitude? Pourquoi donc exiger plus de vertus de ceux qui sont, par Tafireuse position que vous leur avez faite, exposés à de plus iiTésisUbles tentations? Pourquoi s'étonner si Marat, dans une brochure que nous analyseiona bientôt, dépasse les limites d'une critique rigoureuse et impartiale, quand il appréciera des liommea qui n'avaient pas été justes envers lui ?
Quelques mois après les Reehercheg sur U feu^ parut un nouveau volume portant pour titre : Découvertes de M, Marat
' nHr In himif^re» constûtccs par une sidle d'e.rpi'rienres nouvelle.Sy iii-8'*de pa<;es. Londits-Paris, chez Jombert, 1780. C'était le second sujet d'étude aunoiîcé daus le premier mémoire*
!(quvelle présentation à l'examen de TAcadémie des sciences. Cette fois les commissaires font un rapport, mais peu favorable. En voîd la teneur : « Selon M. Marat, la
décomposition de^a lumière dans son inflexion, et celle qu'on observe dans son passage par dillerents milieux, sont la suite d'un même eilet. Mais nous n'avous pu vérifier avec l'exacliiude nécessaire toutes les expériences qai sont en très-grand nombre; d'ailleurs elles ne mus paraissent pas prouver ce , que Fauteur imagine, et éUes sosu catoraires en général à ce
HARÂT SAVANT. 42
q}(*iî y a de plus connu (hms l'optique. En ronséquence, noua ni' (1^1} ODS pas que l'Aca<léniie y puisse donner s:i sanction et son attache. » Qi-re pensez-YOOS des considérants et surtout de la conclusion? «> Attendu que M. Marai dit le contraire de ce que nous avcm reconnu vrai juequ^iciy noas qui ne pon* vons pas noua tromper , l'Acadénne n'exsarinera pas le mémoire, et) par le lût, condamne Fautefir à passer pour un sot, on tout au moins pour un ignare aux yeux du public qui ne croit qu'en l'Académie. » 0 Molière! où es-tu?
En vérité, nous félicitons l'auteur d'en avoir appelé à la postérité d'une logique aussi conyaincante. Que n'est-ce ici le lîeu de déduire tous les enseignements précieux qn'oa peut tirer d'un tel jugement à propos de la préitendue indi»pensabîlîté des académies! Mais plutôt imitons la mansuétude de Marat, « qui ne veut faire aucun commentaire sur Tacte académique. »
N'insistons pas davantage sur cet ouvrasse qui se confond avec un autre dont nous aurons bientôt lieu de parler, et que l'auteur lit paraître huit ans plus tard, c'està-dire quand il se sera assuré, par huit années d'études nouTelles, que son système reposait sur des preuves incontestables»
Voici venir, aveo tous les développements dont Marat le croyait susceptible, le troisième sujet du mémoire de 1779; le livre porte pour titre : Becherckee tur 'VéledricUé, par 11. Marat, în-8^ de à6i pages, 1782. Paris, chez Glousier; édition faite encore à ses frais. C'est, en vérité, une pss^on qm doit être encouraji^ée que cet amour de la gloire, qui impose à l'individu tant de sacrifiées, tous au profit de la société.
L'ouvrage commence par un discours préiimmaire dans lequel l'auteur esquisse l'histoire de la physique jusqu'aux . temps modernes. Les détails qu'il y donne des principales expériences de ses devanciers, la deseriplaon minutieuse des instruments qu'ils ont imaginés, des procédés dont ib oot
usé, des résultats qu'ils ont obtenus, prouvent que Marat a
refait chacune de ces opérations, et qu'éTidemment il ne les critique et ne les loue qu'avec connaissance de cause. Sou activité sous ce rapport était telle qu'on a peine à y croire ; nous l'entendrons bientôt, à propos d'un autre livre, nous prévenir qu'il a fait cinq mille expériences; on en a conclu qu'elles devaient être légères» N'est-ce pas plutôt que cette infatigable ardeur est un reproche indirect à tiotre paresàe, à notre facilité à nous contenter des aflirmations, plutôt que de nous donner la peine de les réviser? Quant à ceux qui seraient tentés de suspecter la bonne foi des déclarations de Marat, ils n'auront plus de doute, quand ils verront plus tard l'Âml du peuple rédiger seul, pendant quatre ans. jour par jour, un journal de huit, douze et seize pages in-8*. , A ceux qui lui auraient conseillé de prendre quelque repos, il aurait sans doute répondu comme le fameux Arnaud : « N'avons-nous pas l'éternité pour nous reposer? » C'était le même tempérament. Devant de tels exemples, mieu^ vaut s'humilier et se taire.
Dans cette, esquisse des essais des physiciens avant lui, Marat fait une appréciation sur laquelle il est bon que le lecteur s'arrête î il est bien juste d'appliquer à nos jugements sur l'auteur les principes dont il s'est sei si a l'égard des autres. Il s'agissait du fameux Du Fay. Marat commence par rendre justice au grand observateur qui s'appliqua le premier à généraliser les observations qui, jusqu'alors, n'avaient été que particulières, à rappeler les effets à leurs causes» c'est-àdire à étudier le sujet en physicien. Puis il décrit une de ses expériences, il en démontre l'erreur et c'est alors que lui échappe cette profonde et généreuse réflexion : « Sans doute il est humiliant que l'esprit s'égare de ia sorte, dès qu'il entreprend de raisonner, comme si l'homme devait se borner à être simple observateur; mais le fruit de ses observaitîons serait, souvent perdu, s'il ne savait en conclure pour établir des principes et des lois. Rendons justice à notre académicien,
et, puisque dans nos recherches Terreur doit presque inévita-
. blement précéder la vérité, on lui aura toujours robligation d'avoir porté le raisonnemeat dans une étude où l'on n'a\ ait !?ncore porté que des yeux. » Eh bien! nous vouluns admettre pour un moment que Marat aussi se soit trompé dans tout ce qu'il a dit. Appliquons-lui la loi du talion, et sachons encore quelque gré au chercheur infatigable, puisque, n'eût-il commis que des erreurs, il aurait encore été utile en un point.
C'est à propos de ce livre des Recherches physiques sw Vélcrtricitâj que M. Michelet a écrit : « Marat, peu satisfait dç ce que Franklin n'avait pas jugé du fond même (du mémoire présenté à l'Académi^ en 1779), se mit immédiatement à travailler contre Franklin. » {Histoire de la dévolution française^ tome II, page 302.)
Voyons donc en quels termes Marat parle du célèbre Américain dans un ouvrage destiné à combattre ses doctrines eu électricité.
« Comment uf pas se rappeler tout ce que l'électricité doit au célèbre Franklin? D'autres avant lui avaient porté le raisonnement dans certaines branches de cette science; U premier^ il lu considéra sous de grands points de rnsy il multiplia les faits, généralisa les résultats, éclaira les phénomènes, et lui donna quelques principes et tjiu iques lois. » Puis le critique énumère les découvertes dont le grand physicien a enrichi le monde savant. Après ce préliminaire, on pouvait n'être pas de l'avis de Franklin, se tromper même en le combattant, mais on ne pouvait être accusé d'avoir méconnu ses services, de. n'écrire contre lui que par amour-propre , blessé. 11 n'y avait que le véridique M. Michelet qui pût tirer cette conclusion. On lira encore, au n* 134 de VAmi du Peuple, comment Marat s'associe à l'éloge que Mirabeau vient de i)ro- 'noncer au moment de la mort de Franklin, u ce mye qui honora Vhumanitéj qui vengea les droits de l'homme.,. »
Soyons plus impartial, que l'éminent professeur du Collège de France, et rappelons que les trois ouvrages qucnous vénons
46 JJ£AN-PÂUL MÂEAT.
de citer furent tnuluHs en allemand par Weigeî, à Leipzig, 1782-1785 ; ce qui prouve au moins qu'ils n'éuient pas sans ^ quelque vaieui*.
11 faut bien croire (foe, malgré le parti pris de Tlcadémie, la réputation de lAarat coàuDoe i^ysiicien s'était quelque peu répandue, puisque ses Bécouvertw mr la lumière comptaient
deux éditions déjà épuisées, et que des amateurs lui demandaient de leur faire un cours d'optique. Barbaroux écrira plus tard : « J'avais fait un cours d'optique sous Marat. » [MrmoireSj page 57.) Mais pour avoir droit d'ouvrir ua cours public, il fallait alors l'autorisation du gouYernement, qui n'aurait pas manqué d'en référer à r Académie. On sait d*avaiice quelle aurait été la décision des illustres. 'G' est alors que Majrat, pour répondre sollicitaiions qui lui étaient faites et n'avoir pas à tenter une démarche sans résultat, résolut de tracer un précis (le ses théories. 11 en fit un bon nombre de copies manuscrites qu'il adressa aux amateurs.
Cet expédient nous révèle la position de fortune, au moins momentanée, que les précédents sacrifices M avaient £ftite. Mais nous ayons tout lieu de croire que cette géne ne fut pas de longue durée, car de nouvelles publications l'attesteront. Et puis n'oublions pas f|iie Marat s'était fait professeur de physique: qu'en outre, nous le démontrerons bientôt, il occupait la place de médecin des gardes du corps.
Heureusement qu'il se trouvait dans le public des lecteurs qui ne croyaient pas à rinfaillibilité des jugements académiques; bientôt le manuscrit put être imprimé, et Tautéur disait dans sa préface : « K cette légère esquisse a les honneurs de l'inipi-ession, elle les doit à un amateur distingué, dont le zèle éclairé pour la propagation des connaissances utiles est connu. »
Ce nouvel écrit portait pour titre : Notions éUmetdairc* d'optiqkie. Paris, chez Didot, 178Ay in-S** de hk pages, précédé d'un avis an lecteur et suivi de trois pages d^observa-
Hong ementiéUm qui déerWent rappareil des instruments nécessaires pour opérer. N*avez-v(ns pas remarqué comme Marat
prend toujours à tâche de mettre le public en état de le contrôler lui-môme dans les expériences qu'il anuoûce? Ce n'est pas le procédé oixiioaii e des charlalans.
Dans cet <^iiscxile, l'auteur prévenait qu*il travaillait à un . traité complet de la science de Toptupie. N'oublions pas les dates de rapparitton des ouvrages relatifs à la lumière ; elles témoignent de la persérérance consciencieuse du savant dans cette partie de la physique : en 1779, Mânoire sur la lumière', en 1780, Dcrouvertcs sur l({ lumière; en 178A, No/io/ts àlèynentaircs d optique; en 1787, TradutUion de V optique de Neitrton avec notea; enfin, en i7B6, quatre mémoires dans le^uels il ciiercbe à prouver tout au long la vérité de son SfStème, la nouveauté de ses découvertes. Et voilà ce qu'un oracle de la postérité, le consciencieuit M. Michelet, appellera des expériences luUcesî
La brochure qui va suivre n'a pas grande importance; nous n'en faisons le résumé que pour mémoire bibliographique.
Le 18 juin 1785, une effiroyàble catastrophe avait mis tout Paris en émoi; deux aéronautes, Pilâtre de Rosier et Romain
avaient annoncé qu'ils feraient une ascension à Boulogne-sur- Mer. Ce jour même, à sept heures et quelques mliiutcs, ils s'élevaient dans les airs, aux yeux d'une immense population, au milieu des bravos. Fabord ils parurent faire bonne route; mais, en continuant à monter, ils furent tour à tour entraînés par différents courants. Âu bout de quinze k vingt minutes, ramenés sur les côlies de France, ils se trouvaient à une hauteur considérable, lorsqu'on vit paraître de la fumée. Les aéronautes semblaient occupés à baisser le réchaud; peu après s'éleva au-dessus du ballon une colonne de flamme, qui. fut aperçue par tous les spectateurs; à l'instant, l'enveloppe du ballon parut se relier sur la montgolfière, et i'ap-:
pareil s'abattit avec une rapidité inconeevable. Les deux cadavres furent retrouvés à cinq kilomètres de Boulogne, près des bords de la mer.
Quelle avait été la cause de la chute? Telle était la (lues-, tion que chacun se posait, que tout le monde prétendait résoudre. Le feu avait-ii pris par la montgolfière, ou par expansion de Tair inflammable?
Marat crntjdevoir éclairer l'opinion publique, et s'appliqua à démontrer que « le fatal accident n'avait pu être produit par le feu. » Six lettres étaient consacrées à cette démonstration. (]ette brochure parut eu 1785, elle était intitulée : Lettres de Vohsereateiir Bon Sens à M. de mr la fnUale catmlrophe des infortunés Pilâtre de Rosier et Romain^ ht aéromàaet et Vaérostalion. Brochure in-8<* de 39 pages, avec cette ^igraphe : Traciem fabrilia fabtiy chacun son métier.
Deux ou trois de ces lettres traitant de la matière, nous
ont semblé intéressantes ; nous n'en dirons pas autant des autres. L'auteur y raille les bâllomanes et les ballofuges; il décrit les espérances des uns et les appréhensions des autres. Il prend dans cette partie de sa brochure nn ton de satire qui ne nous paraît pas remplir toutes les conditions du genre. 11 lui arri^vera quelquefois de se donner cette allure; il sera touj jiirs un peu lourd. Voltûre veut être profond, Marat veut (■ue satirique; personne ne se contente du don que lui a lait la nature, et tout le monde grimace, tous ont leur ridicule : Tracleni fabrilia /'abri y à chacun son genre : M. Mictieiet sera toujours le plus intéressant des conteurs» Tacite le mo- ' dèle des historiens.
Cette science de l'optique, dont Marat venait de mettre les éléments à la portée de tout le monde, rappelle un des plus beaux titres de gloire de Newton, et un nouvel ouvrage de notre physicien. Voici ce que dit, ^ propos de ce nouveau livre, le critique que nous avons exclusivement cité jusqu'ici, parce qu'il s'est chargé de résumer, en une cinquantaine de
IfARAT SAVANT.
pages, tout ce (pli a été dit de plus violent, de plus injuste, de plus calomnieux contre celui qui s'intitula plus tard l'Ami du peuple. Voici en quels tenues s'exprime M. Michelet : « Marat revint tout entier aux sciences. Son génie belliqueux,
qui n'avait pas réussi contre Voltaire et les philosophes, s'en prit à Newton. 11 ne tenta pas moins que de renverser ce dieu de l'autel, se précipita dans une foule d'expériences hâiéeSf passionnées, Jégèret^ croyant détruire l'optique de Newton, qu'il ne comprenait même pasi u {Histoire de la - Révolution française^ tome 11, page B92.)
Cherchons si, en effet, Marat ne comprit pas Newton; jugeoijs-en, non par ce qu'il prétendra lui-même, ce serait trop naïf ; non par ce que nou^'^ en penserons, ce serait trop présomptueux; mais par ce qu affirmait à ce sujet l'Académie elle-même; à M. Michelet académicien opposons un autre académicien, les parties seront égales.
Dans les premiers mois de 1787 parut un ouvrage en deux volumes în-8**, intitulé : Optique de Newton^ traduction nouvelle, faite par M..,, sur la dernilrc édition originale... dédicc au roi par M. BeanzeCy éditeur de cet ouvrage, Vun des quarante de V Académie française. Paris, chez Leroy. On a nié que cette traduction fût de Marat; la note insérée par celui-ci en janvier 1793 au bas d'un des numéros de son journal ne permet plus le mdndre doute. « Je fus obligé de prendre un prête-nom pour signer mes ouvrages; c'est ce que j'ai fait en 1785 à l'égard d'une traduction de l'Ojjliqac de Kewton. » [Journal de la Ihpuùlique, N ' 98.)
Faire approuver un de ses ouvrages par une assemblée hostile, au moyen de l'anonyme et sous le patronage d'un membre de cette société même, me parait un tour assez réjouissant : le mérite n'exdut pas l'habileté. Notez que l'entente entre l'académicien Beauzée et le réprouvé Marat était d'autant plus facile, que le premier était secrétaire-in terprèle du comte d'Artois, et le second, médecin des gardes du corps de Monseigneur. Le secret est si bien gaidé entre le
traducteur et Téditeur, que dans son épitre dédicatoire à Sà Mafesl^ celui-ci écrit textuellemeiit : « L'auteur m'est inconnu, n
Mais voyons ce que Beauzée déclare dans sa préface : a Ce serait faire un présent précieux à ceux qui cultivent les sciences que de leur offrir une traduction fid(He et élégame^m et celle que nous publions ne peut être que l'ouvrage d'uu savanty également versé dans l'art â^écrire et familier avec les expériences de Newton, » Ce n'est pas moi qui affirme que Marat savait écrire et qu'il avait parfaitement compris ' iSevvton, monsieur Michelet; c'est un des quarante : le débat reste entre vous et lui. Mais, direz- vous, j'ai affirmé sur la foi de mes amis, de gens compétents. Ët de quel droit accu^ seriez-vous Beaozée de n*en avoir pas fait autant?
L'éditeur s'exprime d'une manière plus explicite encore dans le résumé qui suit : « Aux avantages généraux attachés aux retranchements de redites superflues, k ces transposi- * tiens de pasï^ages déplacés, à ces éclaircissements, à ces additions de nouveaux articles, si on ajoute les avantages -particuliers qui en découlent , tels qu'une connexion plus parfaite de toutes les parties de l'ouvrage, un plus beau dévél(^pement de la doctrine de l'auteur» le tableau des pro* ' grès succesâfs de la science; én un mot, si Ton fait attention que cette science, rendue plus claire, deviendra en nièine temps plus aisée à concevoir et à retenir : peut-être verrat-on dans tout cela de quoi justifier la confiance avec laquelle nous osons présenter cette traduction au public. »
M. Micbelet affirme que c'est la plume à la main qu'il instruit le procès de Marat (page 376); c'est donc la plume à la main aussi que nous devions répondre : de là nos nombreuses citations.
Mais voici plus : le h mai 1785, TAcadémie des sriencei confirmait les éloges du membre de l'Académie des bellesletti'es, en donnant au traducteur son approbation après examen fait par MM. Bailly et Bocbou, personnages qui s'y
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connaissaient apparemment. 11 faut reprendre votre plume» monsieur le juge d'instruction.
I^ous arrivons enfin au dernier ouvrage connu de llarat considéré comme physicien. Les Mémoires académiqueiy m
nouvelles décoitvertes sur la lumière, relatives aux points tes plus importante; de V optique ^ volume de 323 pages et 16 d'introduction, in-S "; Paris, chez Méquignon, datent de 1788, un an après la traduction de Newton. L'épigraphe se rapporte sans doute à la lutte que Marat avait eu à soutenir : Elles surnageront malgré, vent et marée. Il s^en faut bien que les attaques aient été loyales, qu'elles se soient engagées au giand jour; Iff conspiration qui s* était formée contre Marat était dt3 tu u Lis la plus invincible : je veux parler de la conspiration du .silence. Au inoyen de ce procédù bénin en apparence, peu compromettant pour les conspirateurs, on vous étouffe un homme à tout jamais. A qui s*en prendre précisément? A personne. Chacun se dégage si facileiQent de la responsabilité, qu'il reste prouvé que personne, en effet, n'est coupable. Qui donc s'impose le devoir de prendre l'initiative de la découverte des hommes utiles? C'est une fonction que la société ne saurait comprendre dans son cahier des charges; n'est-ce point assez déjà de récompenser ceux qui se sont fait connaître? Et la postérité n'a garde d'en rappeler; n'a-t-elie pas son axiome tout prêt : On finit toujours par percer? Cependant un homme meurt, dans un coin, de fddie, de faim ou de désespoir de n'avoir pu produire ou se produire; et le monde, qui se plaint de la lenteur des progrès de l'esprit humain, continue à vivre insouciant de ceux qui tombent en route.
Marat fort hemeusement , d'autres diraient providentiellement,, était une de ces natures qui, loin de céder sous la pressioaet de se laisser écraser, y puisent la forte centuplée du ressort que Ton comprime. Porté par nature à s'eiagérer sa propre valeur, plus la persécution s'aebarnait contre lui, plus il se croyait supérieur à tous, plus il faisait d'elTorts de travail et d'intelligence pour Tétre réellement, plus il acqué-
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rait de titres réels à revendiquer sa place au "Soleil. Écoutez ce qu'il dit dans une note de son Introduction : « Je sais que . mes adversaires s'agitent plus que jamais pour me fermer les journaux. S'ils y parviennent, j'admirerai la force des considérations personnelles et la docilité des critiques. Au demeurant, qu'ils ne se flattent pas de lasser ma constance; on n'est pas fait pour être l'apotre de la vérité, quand on n*a pas le courage d'en être le martyr. » En vérité, si les étouffeurs de génie étaient plus intelligents, ils comprendraient que sous la pression le véritable orgueil s'exalte, à sa. plus haute puissance. L'exemple de Jean-Jacques ne leur avait pas suffi, il fallait qu'ils y joignissent celui de Marat : la vieille société sait ce qu'il lui en a coûté :
Je vous aurais chéris en frère; Vieux vagabond, je meurs votre enaemi.
<i Les Nomelles découvertes sur la lumière y dit Uarat, ne tendent pas à moins c[u'à faire changer de face l'optique.
Pénétré de leur importance, et jaloux de les constater rigoureuseiiient, j'en ai fait le sujet de plusieurs programmes, et je les ai consignées dans des mémoires particuliers. » Le volume, en effet, se compose de quatre parties.
Dans la première, Marat se demande si les expériences sor lesquelles Newton établit la différente réfrangîbilité des rayons hétérogènes sont décisives ou illusoires. G*est donc un examen des principales expériences du maître. L'expérimentateur y oppose celles qu'il a imaginées; c'est l'objet de la deuxième partie.
Dans la troisième, l'auteur attaque l'explication que Newton donne de l'arc-en-ciel; il cherche à démontrer la fausseté du système de la différente réfrangibUité*.
Dans la quatrième enfin, il veut prouver que les couleurs des corps minces et diaphanes ne viemient point de leur différente ténuité.
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Nous lisons dans une note du même ouvrage : « J'ai dans mon portefeuille d'autres mémoires qui font également suite
à mes Découvertes sur la lumière^ et ffiic je publierai à la fin de Tannée. » Mais nous sommes en 178S, on prévoit ce qui a dû l'eu empêcher; les préoccupations politiques ne lui permirent plus de donner suite à ses publications scientifiques ; il mourut de mort violente, n'ayant pas eu le temps de mettre de l'ordre dans ses papiers; la veuve n'en recueillit que ce qui échappa au pillage; bref, les mémoires manuscrits furent à tout jamais perdus.
Mais revenons au livre des Découvertes : « C'est le frnit de trois années de recherches profondes, et de cinfi miiie , expériences... Cet ouvrage, l'un des moins imparfaits qui soient sortis de ma plume, n'a presque rien de commun avec ceux qui ont paru jusqu'ici sur la lumière. »
Reste toujours le reproche adressé par M. Micbelet de s'être permis d'attaquer Newton, d'avoir tenté de renverser ce dieu de l'autel. Hélas! oij en serions-nous des progrès de l'esprit humain déjà si lents, s'il fallait admettre des dieux en matière de science aussi ? s'il était défendu de les regarder de trop près? si Ton réputait sacrilège quiconque ose y toucher? n'en avons-nous pas déjà tiré d'asséz de fabriques? 0 grand homme 1 en conscience, que fût-il advenu du Marat historique, si ^'avais admis en histoire aussi des dieiix au rang desquels votre talent vous eût donné droit de monter avant tous vos rivaux? Moi , qui ne crois pas aux dieux humains, je sais gré à Marat, dans l'hypothèse même où il se serait trompé dans ses expériences et dans les principes nouveaux qu'il a cru devoir en tirer, je lui sais gré, dis-je,aa nom de la perfectibilité, c'est-à-dire au nom de l'incessante et libre critique des devanciers par leurs successeurs,- je lui sais gré de n'avoir pas accepté les yeux fermés les lois découvertes par l'immortel ÎNewlon. Et si Marat a fait erreur, je ne l'en considère pas moins comme un savant sérieux ; de même que je ne proclamerais pas moins le génie de Newton, dût-on
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me prouver un jour que ses principes scientiilqiies sont vie* torieusement, irréfutablement combattus.
Qdoi (|u*U en puisse être , les dernières lignes de l'introduction des quatre mémoires méritent d'être citées commeprécédent recommandable aux auteurs qui ne veulent pas en imposer au public. « Désirant propager ces vérités que j'ai découvertes, et profiter moi-même des lumières de mes lecteurs , j*in?ite les physiciens à répéter mes expériences » à peser les conséquences que j'en ai tirées, à me communiquer leurs observations. S'ils se trouvaient arrêtés faute de connattre la manipulation, ou de pouvoir se procurer on appareil d'instruments convenables, je me ferai un plaisir de leur (l îiner tous les renseignements nécessaires. » Et voilà l'homme qu'on appellera charlatan î
Quelque recherche que nous ayons pu faire, nous n'avons pas trouvé d'autres ouvrages scientifiques de Marat. Au numéro ihh de VAmi du Peuple, il écrivait encore : « Dans •
une visite doniicillaire faite parla police en 1790, oh m'a pris une collection de 357 lettres académiques, attestant une correspondance suivie avec quelques savants et surtout avec Franklin ; une de ces lettres contenait la structure d'un héliotscope ^ »
S'il s'agissait dé tout autre que d'un tel homme, les^ détails qui précèdent suffiraient pour prouver qu'il avait droit
au titre de savant , pour un Marat il faiiL plus'cncoi'C : c'est pourquoi nous allons citer quelques jugements o])posés sur le mérite qu'il est juste de lui reconnaître sous ce rapport. Quand il y a débat sur là valeur d'un auteur, on peut croire qu'il n'en était pas entièrement dépourvu.
L'un de ces jugements est extradt delà Biographie universelle de Michaud, appréciation d'un royaliste et par conséquent peu suspecte d'engouement à l'endroit de l'Anâ du peuple-