UN ROMAN DE MÂ^RAT
avec la connaissance du style et des opinions du conventionnel qu'a pu nous donner une longue étude de ses œuvres, nous croyons que l'ouvrage est réellement de Jean-Paul Marat.
Le chrysopbile n*a pas, on le pense bien, manqué Toccasion d'une notice dans laquelle îl nous prouve, en une cinquantaine de paj^e^s, qu'il ne sait de l'Ami du peuple que ce qu'en connaît le commun des lecteurs. Mais la copie manquerait bientôt si, sachant si peu, ramplificateur ne racontait que ce qu'il a appris ; alors, pour foisonner, il imagine ; puis il affirme ce qu'il a imaginé ; puis viennent les conséquences tirées des affirmations ; tant qu'enfin la notice est faite. Si le faiseur ne calomniait pas, du moins ! Mais il faut gagner son argent. Ayons pitié du pauvre chrysopliile!
Nous allons résumer le roman et répondre à quelques assertions de iM. Jacob. »
Nous avons vu d'abord une substitution de titre ; afTaire d'éditeur, étiquette nouvelle plus propre à éveiller la curiosité. Ne remarquez^ous pas, en effet, dans un Ronum de cœur par Marat ^ comme les deux mots cœur Marat grimacent en face l'un de l'autre ? Marat amoureux ! ce doit être curieux, se dit le public ; et la cause est gagnée, et l'éditeur s'applaudit de son in^t^'énieuise substitution. Il est vrai que pour le connaisseur l'idée n'était pas heureuse, car ce titre tout moderne n'était propre qu'à faire considérer le livre comme apocryphe. Mais écrit-on pour les connsdsseurs?
Quand le roman fut-il composé? Nous croyons qu'il dut l'être de 1771 à 1774; de 1771, puisqu'il est écrit en forme de lettres, dont les dernières portent ce millésime; à \ parce que c'est à cette époque que Marat fit imprimer ses Chaînes de l'esclavage^ suivies du livre de l'Uonme, et successivement d'un grand nombre d'autres ouvrages de science. Nous pensons que quelques circonstances ayant empêché que le livre ne parût lors de sa rédaction, l'auteur se trouva en- ^ gagé à cette dernière date dans des études trop sérieuses pour revenir sur une œuvre de pure fiction. Qui n'a pas com-
ee JEAN-PAUL MARAT.
inencè sa vie ikîéraire par ces fantaisies décevanlos? isoiis conjeciuroDs encore que le véritable titre poi*tait Lettres polonaises^ très à la mode à cette égoque et conservé par M. Aimé Martin pour la reliure dn manuscrit; le» Avenhires du Jeune romte de Potowàn pourraient bien avoir été le sous-titre. !ifais qu'importe?
Le canevas est des plus simples : un jeune seigneur polonais aime la fillf! d'un des amis de son père; le mariage allait se céléb^rer quanti tout à coup s'engage une guen*e civile qui divise la nation en deux partis, celui des Russes et celui des patriotes. Voilà les amants séparés, car les deux Jamilles sont devenues ennemies mortelles. Gustave est entraîné par son père sous le drapeau des confédérés; Lucile fuit avec sa mère dans des contrées moiHs exposées. De là, péripéties causées par la douleur des amants, par les vicissitudes de la guerre, par la perlidie d'une comtesse qui est secrèteuient amoureuse du jeune homme ; long épisode sur te caractère des souverains qui fomeoftent la division, sur quelques principes' politiques:^ Cependant la fureur des partis s*apatse, les deux familles se réconcilient, et le mariage de Lucîle avec Gustave est le gage de cette réconciliation.
L'invention nous semble peu originale; l'auteur paraît avoir fait son livre de propos délibéré, mais non pas irrésistiblement entraîné par le démon de Socrate. La volonté peut beaucoup sans doute en matière de science, mais en art elle est peut-être impuissante, elle fait fuir Tinspiration qui se plaît à surprendre ses préférés. Comme toutes les natures volontaires à force d'ambition, Marat, qui avait dévoré avec ardeur tout ce qui se faisait de son temps en ces matières, crut avoir saisi le procédé, et, croyant aux procédés, se mit à TcBUvre. 11 a échoué; ce devait être. Nous ne comprenons pas M. lacob ait jrfacè cet «mvrage entre la NownUf HéhHe et FmMàg, C'était sans doute pour afinander k pratique ; c'était dire aux âmes seusîbksr c'est du Jean-Jacques; aui libeitins : c'est du Louvet^ je vefiKjb pour tous les goâts.N'en