Singula distinguera, facili brevitate notavi
Si gustata placent et adhuc guslanda peluntur, Cœtera quœ restant me dispensante dabunlur.
(Beaug., c. 1596.)
poétique, d'Horace : « Celui qui veut, dit Marbode, s'acquérir des éloges par ses écrits, doit s'étudier à reproduire distincts, comme ils le sont en réalité, les sexes, les âges, les affections, les conditions *. »
Tel est le livre De Ornamentis verborum; les manuscrits en sont assez nombreux. Outre ceux dont nous avons parlé, la bibliothèque de Saint-Omer (n° 142) en possède un du xme siècle et provenant de l'abbaye de Clairmarais. A Angers, en dehors de celui qui a servi à Beaugenclre, qui s'arrête après la quatorzième figure, commixtum , et qui est sans titre, il y en a un second (Catalogue, n° 300; le premier porte le n° 294) intitulé : Domni Marbodi episcopi Redonensis libellus de Ornamentis verborum, provenant également de l'abbaye de Saint-Aubin et qui, sauf la quatrième figure et l'épilogue, est complet. Dans leur partie commune, les deux manuscrits d'Angers sont identiques pour les définitions et les exemples.
La Bibliothèque Nationale à Paris en possède trois manuscrits. Le premier est dans le volume n° 7743, à la page 141, à la suite d'ouvrages de Cicéron. Il commence ainsi : Prologus magistri Marbodi de Ornamentis verborum, et contient le prologue, les noms et les exemples des figures et l'épilogue. Les définitions sont à part, à la suite, mais ne portent pas seulement sur. les figures dont il est question clans Marbode; elles embrassent également celles que le
1. Ergo qui laudem sibi vult scribendo parare, Sexus, relates, affectus, conditiones, Sicut sunt in re studeat distincta referre.
(Beaug., c. 1596.)
poète a laissées de côté et ne sont qu'un abrégé des définitions de Cicéron.
Le second commence à la première page du n° 8499. Il n'a pas de nom d'auteur ni d'épilogue; mais le nom de chaque figure est suivi d'une courte définition entièrement distincte de celles de Cicéron. Ainsi la gradatio est définie : ascensio et descensio rei ad rem; la diffinitio : ordo in quo ostenditur de re quid sit; la commutatio : transjectio sententice in sententiam. A la suite du poème se trouve la Vie de sainte Marie l'Égyptienne, par Hildebert.
Le troisième porte le n° 18570 et est intitulé : Versus Marbodii de coloribus rethoricee. Il est accompagné des Satires de Perse et du Labyrinthe d'Everard de Béthune. Il n'a ni prologue ni épilogue, et offre cette particularité que les quelques figures de mots citées par Cicéron et négligées par Marbode sont signalées en note. Il n'y a aucune définition.
Ces manuscrits sont du xnie et du xive siècle; ils ne diffèrent, pour les exemples, des textes imprimés que par deux ou trois vers supprimés ou ajoutés, et quelques mots changés, mais d'une manière insignifiante.
Comparée à la rareté des manuscrits des autres ouvrages de Marbode, cette abondance relative de copies du livre De Ornamentis en prouve le succès. Un autre fait qui le constate également, c'est qu'Éverard de Béthune, ou peut-être plutôt quelqu'un de ses copistes, a jugé à propos de l'intercaler dans son Grecismus, au chapitre III, De coloribus rhetoricis. Éverard définit, ordinairement en un seul vers, la figure dont il s'agit :
Principiis répète vocem : repetitio fîet... Si circa finem, conversio fiet ibidem... Si facis utrumque, complexio dicitur esse...
et à cette définition, ainsi formulée par lui-même, il ajoute les exemples pris sans changement à Marbocle, qu'il se contente d'abréger en supprimant les vers inutiles. C'est ce procédé commode qu'il emploie pour vingt- six figures, et il retranche les quatre autres. Everard ne doit probablement pas être rendu lui-même responsable cle ce plagiat; c'était un des versificateurs les plus habiles du commencement du xme siècle, et les figures de rhétorique n'avaient aucun secret pour lui. Dans son Labyrinthe, il a placé tout un petit poème en distiques, entièrement formé d'une série de figures dans l'ordre même où les donne Cicéron.
Marbode avait dédié son poème à un de ses élèves, mais auquel? nous n'en savons rien; peut-être à celui à qui il trace un règlement pour l'emploi de ses journées1. Se lever de très bonne heure, lire, déjeuner; l'été, dormir un peu; méditer et écrire sur des tablettes ses pensées, lire encore, puis souper et se coucher, ou jouer un instant auparavant, tel est ce règlement, que l'on trouvera sans doute un peu profane, mais qui devait représenter, dans ses traits principaux, le règlement même de l'école d'Angers.
Un historien de cette école, Pocquet de Livonière, dit que Marbode entretenait parmi ses élèves une grande émulation en leur donnant à traiter quelque
i. V. in/ra, une note du paragraphe intitulé : Les témoignages sur Marbode.
sujet commun. On remarque, en effet, dans ses poésies, « un certain nombre de lieux communs poétiques qui pourraient bien être un souvenir de ces concours, le thème de l'élève revu et corrigé par le maître1. » Les pièces que l'on peut citer dans cet ordre d'idées sont loin d'avoir beaucoup de valeur; telles sont probablement celles intitulées : Descriptio vernœ pulchritudinis, conquestio captivi affticti, dissuasio navigationis ob lucrum, contra seditiosum vulgus, commonitorium invectivum ad obsessos in Castro, et quelques autres 2. Remarquons seulement, à propos des plaintes clu captif, que Marbode fut réellement emprisonné lors de l'élection de Rainaud de Martigné, et que cette petite pièce pourrait bien, par conséquent, être la suite de ce triste incident de sa vie.
Les Proverbia Catonis philosophi 3 peuvent encore se rapporter à l'enseignement de Marbode. C'est une série de quarante maximes, exprimées chacune par un hexamètre et sans liaison entre elles. Jean de Salisbury affirme4 qu'on avait coutume de son temps, pour instruire les enfants, de se servir des distiques moraux attribués à Caton : Dionysii Catonis disticha de moribus, ad filium. Cet ouvrage, beaucoup plus recommandable comme morale que comme poésie, a été attribué, sans raison bien probante, à différents auteurs, Sénèque, Ausone, etc. Un contemporain de Marbode, Jean de Garlande, selon YHistoire litté-