‹ Marbode, évèque de Rennes, sa vie et ses œuvres (1035-1123)Chapitre 19 sur 93 · Cantor Gaufridus, cantorum nobile sidus · texte numérisé non relu

Cantor Gaufridus, cantorum nobile sidus

Dives agris, domibus, servitiis, opibus, Prudens, famosus, probus, impiger, ingeniosus, Transiit ut fumus, hac in humo fit humus.

(Beaug., c. 1620.)

chantres, riche en terres, en maisons, en serviteurs, en ressources de toute espèce, prudent, fameux, probe, actif, ingénieux, a passé comme la fumée, et dans cette terre s'est changé en terre. »

La littérature et le droit ne faisaient pas oublier à Marbode la théologie. « Quoiqu'il se fût plus appln qué à l'étude de l'éloquence qu'à celle de la théologie, dit Y Histoire littéraire, il paraît néanmoins qu'il n'avait pas négligé celle-ci. L'usage qu'il fait de l'Écriture et des Pères dans ses différents ouvrages, montre qu'il avait puisé à ces sources pures et qu'elles lui étaient familières. Sa seconde lettre à Vital, sa réponse à une consultation d'Hildebert, quelque courtes qu'elles soient l'une et l'autre, prouvent qu'il était versé dans les écrits de saint Augustin. » Saint Augustin est, en effet, avec saint Jérôme, le Père de l'Église qu'il cite le plus souvent. Quelquefois aux emprunts qu'il fait aux écrivains sacrés, Marbode ne craint pas de mêler quelques réflexions de Sénèque, « car il est permis, dit-il lui-même pour s'en excuser, dans sa lettre à Robert d'Arbrisselle, d'emprunter aux philosophes païens leurs sentences morales, comme les vases d'or et d'argent aux Égyptiens l. »

Quant à la lettre à Hildebert, nous verrons ailleurs qu'il y a eu confusion, et que l'évêque du Mans est l'auteur, non pas de la consultation, mais de la réponse à cette consultation.

Les Églises de l'Ouest avaient à subir alors un terrible assaut. Bérenger, chanoine d'Angers et

1. « Licct enim a philosophis gentilium morales sententias, tanquam vasa aurea et argentea ab iEgyptiis, mutuari. » (Lettre à R. d'A., d'après l'édition de 1524.)

scholastique de l'école métropolitaine de Saint-Martin de Tours, homme habile et éloquent, niait la présence réelle dans l'Eucharistie. Bien qu'il ne fût pas professeur à Angers, il n'est pas douteux qu'il n'y prêchât de temps en temps sa doctrine. C'était un orateur extrêmement disert, auquel Lanfranc reproche l'abondance de ses citations profanes, et qui trouva clans saint Anselme un adversaire à sa taille. Malgré ses erreurs, Bérenger avait su conserver parmi les plus fervents catholiques des amitiés précieuses. Adelman, son condisciple de l'école de Fulbert, Hildebert, l'évêque du Mans, que Beaugendre regarde, sans preuve bien décisive, comme son élève, Baudry, l'archevêque de Dol, restèrent ses amis, et ces deux derniers firent de lui, à samort, de magnifiques éloges. Enfin, après l'ardeur des premières années, il vécut de telle manière, dit Guillaume de Malmesbury, « que, sans s'être rétracté, il fut considéré par quelques-uns comme un saint1. » Marbode demeura-t-il indifférent au milieu des discussions théologiques qui s'agitaient autour de lui? Le zèle qu'il déploya si souvent dans l'intérêt de l'Église permet d'en douter; mais, soit estime réelle pour Bérenger, avec lequel il se trouva en rapport pendant bien des années, soit tout autre motif, il ne se laissa pas aller à son humeur quelquefois batailleuse, il imita la réserve de son évêque Eusèbe Brunon, qui fut lui-même accusé, bien qu'à tort, de s'être laissé gagner par l'hérésie, et rien n'indique qu'il ait pris part à cette grande querelle.

1. « Ut sine retractatione a quibusdam habeatur sanctus. » (De gest. reg. Angl., I, 3.) On admet cependant en général que Bérenger finit par renoncer à ses erreurs.

Tel était l'écolâtre de Saint-Maurice d'Angers;

beaucoup de ses élèves se montrèrent dignes de l'avoir pour maître.

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