LES ÉLÈVES DE MARBODE
Baudry, l'un des plus remarquables et aussi des plus aimés, était cle Meung-sur-Loire, dans l'Orléanais, et y avait commencé ses études. Il fut sans doute peu de temps élève de Marbode à Angers, la différence d'âge entre eux n'étant pas considérable.
\J Histoire littéraire des Bénédictins le juge trop sévèrement, faute d'avoir connu la plupart de ses poésies, qui ont été découvertes depuis peu. S'il est, en effet, tombé souvent dans le défaut que lui reproche l'abbé Le Bœuf, en exagérant, suivant l'usage de son temps, les éloges de ses amis, en disant « qu'un tel était un autre Cicéron, un autre Virgile, un Aristote, qu'il surpasse Homère, que Nestor, Ulysse, Crésus, Quintilien, étaient réunis en la personne cle tel » ce n'est pas là-dessus qu'il faut le juger. L'abbé H. Pasquier, qui lui a consacré une très intéressante étude2, a montré qu'il faut voir avant tout dans Baudry « un causeur aimable qui, dans une conversation aussi rapprochée que possible de la prose, s'épanche librement avec ses amis. »
Passionné pour la poésie, doué d'une très grande
1. Abbé Le Bœuf, Dissertât, sur l'histoire de Paris, t. II. — Hist. littér. des Bénédictins.
2. Baudry, abbé de Bourgueil, archevêque de Dol, par l'abbé II. Pasquier, 1878.
facilité de versification, il avait choisi Ovide pour son modèle. Comme au poète latin, le vers lui semblait la façon la plus naturelle d'écrire. « J'ai l'habitude de saluer en vers mes amis et mes amies, dit-il, je ne peux pas, je ne sais pas le faire autrement » Les relations d'amitié occupèrent toujours une très grande place dans sa vie, et Marbode fut au nombre de ses plus intimes amis : « Corrigez, lui dit-il, les fautes de mes poésies en censeur bienveillant2; » et il se plaît à rappeler ailleurs leur amitié3. D'abord abbé de Bourgueil, Baudry fut ensuite archevêque de Dol et mourut en 1130.
Né en 1057 à Lavardin, dans le diocèse du Mans, Hildebert put profiter plus longtemps des leçons de Marbode, si toutefois il fut réellement élève de l'école d'Angers. Mais toute la première partie de sa vie est assez obscure. Eut -il Bérenger pour maître, comme on l'a affirmé sans le prouver? En ce cas il aurait été à l'école de Tours et non à celle d'Angers. Mis par l'évêque Hoël à la tête des écoles du Mans, évêque lui-même de cette ville en 1097, archevêque de Tours en 1125, il eut, de son temps, parmi les gens de lettres, une réputation extraordinaire. Un instant la bonne harmonie fut troublée entre Marbode et lui par les circonstances qui accompagnèrent