Erratus nostros ut clemens corrige censor
3. Me tibi teque mihi quoniam, divine poeta, Mutuus affectus et mutua fabula jungat, Verborumque frequens nos alternatio pascit.
(Id., p. 139.)
l'élection de Rainaud de Martigné à l'épiscopat, mais deux hommes de cette valeur et de ce caractère ne pouvaient rester longtemps désunis. C'est sans doute à lui, bien qu'il ne le nomme pas, que Marbode dédia le Liber decem capitulorum, un de ses ouvrages les plus importants. De son côté, Hildebert appelle son ami « mon cœur et ma gloire..., l'Orphée de nos siècles l. » Hildebert est un des versificateurs les plus élégants de son temps et témoigne souvent d'un sentiment réel de la poésie. Il est d'ailleurs difficile de reconnaître ce qui lui appartient véritablement au milieu de toutes les pièces indignes de lui publiées sous son nom, et dans lesquelles on peut trouver, avec toute leur exagération, les bizarreries de rythme qui plaisaient au mauvais goût du siècle 2.
Avec Geoffroy, abbé de Vendôme et cardinal, nous quittons la société des poètes. Geoffroy fit bien ses études à Angers, mais il semble, d'après ses lettres, qu'il eut pour maître un certain Guillaume, qui ne ligure pas parmi les écolâtres, et à qui il écrivit sur la nécessité de la confession Il dirigea l'école et l'abbaye de la Trinité de Vendôme de 1093 à 1132 avec beaucoup de talent, mais son caractère trop autoritaire le jeta dans des disputes continuelles. Il nous reste de lui des lettres, des sermons, des opuscules de doctrine et de discipline ecclésiastique, etc.
1. « Cor meum et gloria mea,.., nostrorum Orpheus sœculorum. » (Epist., L. II, 22.) Hildebert ne nomme pas celui à qui il s'adresse ainsi, mais il est probable, comme le pense Beaugendre, qu'il s'agit de Marbode.
2. Sur Hildebert, voy. l'abbé Hébert Duperron, De Venerabilis Hildeberti Vita et scriptis. Cadomis, 1855. — Comte Deservilliers, Un Evêque d'autrefois, Hildebert, 1872. — Ses œuvres ont été publiées par Beaugendre, 1708.
Rigide observateur des lois de l'Église, il fut, comme Hildebert, l'adversaire de Marbode dans l'affaire de Rainaud de Martigné, mais, comme Hildebert aussi, une fois tout apaisé, bien que conservant son opinion sur l'irrégularité de l'élection, il redevint ami de l'évêque de Rennes.
Rainaud de Martigné était un jeune homme d'une grande famille de l'Anjou, très intelligent et aussi très ambitieux. Quand l'évêque d'Angers, Geoffroy de Mayenne, eut donné sa démission pour entrer au monastère de Cluny, Rainaud, malgré son jeune âge et bien que ne remplissant pas les conditions voulues, fut élu a sa place, non sans de grandes difficultés. Nous verrons plus tard quelles furent les péripéties de cette élection, le rôle considérable que Marbode y joua en faveur de son ancien élève, l'ingratitude, puis le repentir de Rainaud. Disons seulement que celui-ci, pendant les vingt et quelques années qu'il administra le diocèse d'Angers, fit oublier par sa sagesse et sa vertu ce que sa nomination pouvait avoir eu d'irrégulier.
Ulger fut un des successeurs de Marbode en qualité d'écolâtre (en 1111), et le successeur immédiat de Rainaud comme évêque d'Angers (de 1125 à 1149). Il reste de lui, en témoignage de son talent poétique et de son affection pour son ancien maître, deux épitaphes qui furent inscrites sur le tombeau de Marbode, clans l'abbaye de Saint - Aubin. Lui aussi montra pour les lettres le plus grand zèle, et Rangeard a pu lui appliquer ces paroles de Pline le jeune sur Titinius Capito : « C'était un homme