‹ Marbode, évèque de Rennes, sa vie et ses œuvres (1035-1123)Chapitre 24 sur 93 · Opto tuura vultum, mi prœsul, cernere multum · texte numérisé non relu

Opto tuura vultum, mi prœsul, cernere multum

Amplectique senem quem colui juvenein.

(Beaug., c. 1565.)

en France. Ce fut lui qui succéda à Marbode comme écolâtre en 1096, et il occupa cette charge jusqu'en 1111. On sait peu de chose de lui. On lui attribue un Traité sur la puissance royale, un Recueil de sermons et un Commentaire sur saint Mathieu. D'après Rangeard, il était versé dans la connaissance de l'Écriture et des lois, et s'était fait en Angleterre une réputation comme prédicateur.

Tels sont les plus connus des élèves de Marbode. A peine formés par leur maître, les hasards de la destinée les éloignaient de lui; mais il y avait en outre à Angers un petit groupe d'intelligences ouvertes et cultivées. On aime à se représenter ces noyaux d'hommes qui, semés çà et là dans tout l'Occident, y maintenaient encore des foyers d'études et de science. A défaut de succès brillants, ils eurent du moins le goût du travail et l'amour des belles choses. Pour leurs contemporains, ils furent une élite non moins utile que remarquable; pour nous, ils ont contribué à répandre les manuscrits des anciens et à en sauver quelques-uns de la destruction. Grâce à eux, on comprend que la barbarie n'ait jamais été complète en France, et, comme presque tous appartenaient à l'Église, on se rend compte de l'énorme influence que put acquérir le clergé. Parmi ces hommes, quelques noms sont parvenus jusqu'à nous. Bérenger d'abord, mais tout absorbé dans la théologie; Marbode put le connaître pendant longtemps, car il ne mourut qu'en 1088.

Frodon était Angevin ; après avoir porté sa science un peu de côté et d'autre, après avoir enseigné à Angers, il s'en alla mourir en Angleterre. « Frodon, dit Baudry, que te sert d'avoir connu les secrets des

livres et ton Aristote étudié nuit et jour?... Frodon, le travail t'avait égalé aux grands poètes1. » Il n'est rien resté de ce professeur d'humeur vagabonde, mais que Baudry paraît avoir tenu en haute estime.

On cite encore2 le prêtre Raoul et le chevalier Clérembaud : le premier aussi connu alors par son éloquence et sa science que par sa richesse et sa charité; le second, d'illustre naissance, brave soldat, et très habile dans les procès, chose rare en ce temps parmi les laïques.

Enfin, Marbode eut aussi pour ami un Gautier qui n'est connu que par lui, et qui eut peut-être sur sa manière d'écrire une certaine influence. Ce Gautier lui recommandait d'écrire simplement, et d'éviter tout ce qui pourrait blesser personne. « Tu aimes mieux, dit Marbode, que je compose des vers sans sel plutôt que de blesser l'esprit du lecteur; ce soin d'éviter toute dispute montre combien tu es doux 3. » Marbode promet de se conformer aux avis de cet ami, « dont le chant surpasse celui de tous les oiseaux, » et qu'il appelle ailleurs un poète difficile à contenter, metuende poeta.

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