Hist. de Bretagne, t. I, p
\a) Dum retracto, quand je revois, — F. R.
par tant de grands noms et tant de vertus1. » Ce scrupule est exagéré, et mieux vaut l'opinion d'un historien de la ville de Rennes, Marteville : « Fût-elle vraie (cette satire), il faudrait encore remercier Marbode de nous l'avoir transmise, car elle est le meilleur éloge qu'on puisse faire du présent. » Dans une note de sa traduction en vers de quelques poésies de Marbode, S. Ropartz cite une chanson satirique sur les dérèglements de Rennes, écrite au commencement du xvme siècle par le saint missionnaire Grignon de Montfort, chanson qui nous prouve que son auteur était aussi médiocre poète qu'heureux prédicateur. « Est-ce le sujet qui prêtait peu à la satire? se demande le savant traducteur. Il faut le croire, car un troisième rimeur (un magistrat nommé Bernard) s'est avisé au xixc siècle de reprendre le thème satirique contre Rennes, et la boutade de Marbode, malgré son infériorité, reste certainement la moins mauvaise des trois2. » De semblables invectives peuvent, d'ailleurs, s'écrire à peu près indifféremment en tout temps et en tout pays; aussi ne tirent-elles pas à conséquence. Quelle ville ne renferme pas dans son sein bien des éléments de corruption? L'élégance d'Angers au xic siècle ne nous paraît pas une garantie de moralité plus sérieuse que la barbarie de Rennes. Et puis, certains esprits ne sont-ils pas particulièrement ingénieux à trouver partout des sujets de blâme? En ce temps-là même, à Angers, Foulques le Réchin, ayant les pieds difformes, imagina ces souliers dits en poulaine terminés par une
1. « Ne Redonenses indigenas tôt nominibus et virtutibus nunc illustres, lœdere voluisse videremur. » (Beaug., c. 1626.)