Baudry, Vita B. Roberti de Arbrissello
la seconde moitié du xie siècle voyait enfin s'élever toute une génération de savants et de saints, à l'activité desquels les conquêtes des Normands ouvraient un vaste champ. Mais parmi toutes les écoles de ce temps, celle d'Angers jetait alors et surtout allait jeter bientôt un vif éclat.
L'Anjou avait eu le rare privilège d'avoir à sa tête une famille où le goût des études de littérature et de droit était héréditaire. Entre deux combats contre les Normands ou les Bretons, leurs ennemis ordinaires, les comtes d'Anjou aimaient à se délasser dans le luxe et les plaisirs d'une cour élégante, ou dans quelque travail intellectuel. Les Chroniques d'Anjou nous disent que Foulques II, le Bon, au xe siècle, était fort instruit. C'est lui qui répondit au roi de France Louis IV d'Outre-mer, qui le raillait en le voyant prendre place parmi les chanoines de Saint-Martin, à Tours : « Sachez, Sire, qu'un roi illettré est un âne couronné1. » Geoffroy Martel, mort en 1060, légua à l'abbaye de Notre-Dame de Saintes, qu'il avait fondée, les cerfs et les biches qu'on prendrait clans l'île d'Oléron, pour que leur peau servît à couvrir les livres des religieuses2. Écrivant au commencement du xiie siècle l'épitaphe de Geoffroy Martel II, Hildebert disait : « Quelle éloquence dans ses discours, quelle droiture dans ses jugements 3 ! » Le père de Geoffroy, Foulques IV
1. « Noveritis, domine, quia illilteratus rex est asinus coronatus. » (Chronique d'Anj., cf. Abailarii, ad Astrolabium filium :
Insipiens rex est asinus diademate pollens, Tam sibi quam cunctis perniciosus hic est.