Hist. littéraire, t. VIII
Bollandistes. Guizot a compté 1 qu'ils en avaient publié, pour le seul mois d'avril, quatorze cent soixantedouze, et les derniers mois parus sont encore plus complets. Chaque abbaye, chaque église, aimait à avoir la vie de son saint protecteur écrite par une plume élégante, et s'adressait à quelque littérateur en renom soit pour composer cette vie, soit souvent pour corriger les fautes trop grossières de style des biographies écrites depuis longtemps par des moines plus zélés pour la gloire de leur saint que versés dans les délicatesses de la grammaire latine. Ce qu'on demandait surtout à l'écrivain, ce n'était pas de la critique historique, mot aussi inconnu alors que l'idée qu'il représente, mais une grande ferveur, et aussi une grande habileté à faire valoir les mérites et les vertus de son sujet.
Au vie siècle, dit Y Histoire littéraire de la France*, pour accréditer la dévotion aux tombeaux des saints,' on se contentait d'en amplifier les merveilles; au vne siècle on alla j)lus loin, on fabriqua de toutes pièces des vies de saints imaginaires, ou bien on mêla à ce qui était dans la tradition des choses de ' pure invention. Le xi° et le xne siècle y mirent sans doute plus de réserve, mais travaillant le plus souvent sur des documents anciens, ils se rendirent complices involontaires de ces fraudes pieuses. Parmi ces vies de saints, les unes étaient destinées à être expliquées publiquement dans les écoles, les autres devaient être répandues dans le public. C'était pour le clergé un moyen efficace de faire connaître les