‹ Marbode, évèque de Rennes, sa vie et ses œuvres (1035-1123)Chapitre 34 sur 93 · V. Ach. Jubinal, Appendice à son édition de Rutebœuf · texte numérisé non relu

V. Ach. Jubinal, Appendice à son édition de Rutebœuf

et dénote chez son auteur une étonnante facilité de versification; mais que l'on prenne les Vers sur saint Vincent ou la Vie de la bienheureuse Marie l'Égyptienne, qui sont publiés dans les œuvres d'Hildebert, on y trouvera la même facture et les mêmes qualités. Il y a bien de temps en temps quelques vers d'un rythme spécial : deux rimes intérieures et une terminaison rimant avec la fin du vers précédent ou suivant; mais Hildeh/ert, comme Marbode, en offre des exemples. Quelques vers catapultins ne sont pas non plus une raison suffisante pour attribuer la Vie de Théophile au professeur d'Angers, et si l'on dit que ce poème n'est, comme nous le verrons, qu'une reproduction versifiée, sans aucun frais d'imagination, du récit d'Eutychianus, cette manière commode de composer un ouvrage ne prouve rien, car elle était dans les habitudes du temps1.

D'un autre côté, la Vita Theophili metrica est évidemment contemporaine de Marbode, et nous ne voyons guère qu'Hildebert et lui qui aient pu l'écrire; or, les œuvres des deux auteurs dans ce genre sont impossibles à distinguer les unes des autres, et il serait aussi difficile de prouver que le poème de Théophile n'a pas été écrit par Marbode, que de démontrer le contraire.

La Vie de Théophile est divisée en quatre chapitres. Le premier est intitulé : Theophili vita pie csepta; lapsus in scelera, Christo et Sancta Maria abjuratis. Il correspond exactement au premier chapitre d'Eutychianus traduit par Paul de Naples et intitulé :

1. Les doutes de l'Histoire littéraire ((t. X, p. 371-2) ne sont pas moins affirmés. — F. R.

Theophili a vita pia discessus, Christus et Sancta Maria abjurati. Nous voyons d'abord le saint dans tout l'éclat de ses vertus : « Il y avait un vidame de beaucoup de mérite ; il s'appelait Théophile et répondait au présage de son nom '. » Livré tout entier aux choses de la religion, il était en même temps le père des pauvres. L'évêque d'Adana étant venu à mourir, le peuple s'assembla pour lui choisir un successeur, et c'est sur Théophile que se portèrent ses suffrages. Mais lui, par humilité, refusa un pareil honneur. Le métropolitain lui ordonne de venir se faire consacrer; Théophile refuse toujours, et malgré le peuple, malgré son supérieur ecclésiastique, il persiste jusqu'au bout dans sa résolution. Alors on nomme un autre évêque; mais le nouvel élu, poussé par la jalousie, blâme les actes du vidame, le prive de ses fonctions et le remplace par quelqu'un qui était loin d'avoir son mérite. Voilà donc Théophile déchu de son autorité; les serviteurs que lui avait donnés la fortune l'abandonnent pour courir à son successeur, et le malheureux, tombé si bas que le peuple le traite d'insensé, ne cesse plus de gémir dans le regret d'avoir refusé l'épiscopat. Il y avait alors dans la ville un Juif, vit pestifer et magus, agent du démon, qui vint à son aide, et promit de lui faire rendre toutes ses dignités et ses honneurs, moyennant certaines conditions. « Mon roi, dit-il, est Satan, habitué à secourir les malheureux. Cette nuit je te présenterai à lui; il apparaîtra au milieu d'une pompe extraordinaire; n'en aie pas peur, et surtout ne va pas faire

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