‹ Marbode, évèque de Rennes, sa vie et ses œuvres (1035-1123)Chapitre 40 sur 93 · Bibliothèque d'Angers, manuscrit, n · texte numérisé non relu

Bibliothèque d'Angers, manuscrit, n

suit d'autres ouvrages de Marbode, commence ainsi : Incipit liber Marbodi episcopi Redonensis de lapidibus.

Enfin, une dernière considération : si le Livre des Pierres n'est pas de Marbode, à qui l'attribuer? Nous avons bien deux manuscrits qui portent le nom d'Hildebert, mais, outre que toutes les objections soulevées contre Marbode s'appliquent tout aussi bien à Hildebert, que peuvent prouver ces deux manuscrits contre tant d'autres, et comment expliquer le surnom d'Evax attribué à Marbode?

Ainsi, aucun doute ne nous semble possible; le Lapidaire est bien de Marbode. Son succès fut considérable et nous est attesté par le grand nombre des manuscrits, des éditions, des traductions qu'on en a faits, sans compter les emprunts, les imitations de toutes sortes, et son emploi dans les Écoles de pharmacie.

Léop. Pannier a compté jusqu'à soixante manuscrits environ, faisant partie des bibliothèques de lorcl Ashburnam, de Berne, Boulogne, Bruxelles, Cambridge, Douai, Laon, Leyde, Liège, Londres, Le Mans, Micldlehill, Montpellier, Munich, Paris (quatorze manuscrits), Reims, Saint-Omer, Tours, Turin, Vienne. On voit qu'ils sont répandus non seulement en France, mais dans presque toute l'Europe, et la liste même de L. Pannier est forcément très incomplète; on peut y ajouter, par exemple, Angers (Catalogue des manuscrits, n° 300) et Rome (Bibliothèque vaticane, fonds de la reine Christine, n° 1104).

Quant aux éditions, elles sont très nombreuses; Beckmann a donné la liste détaillée de celles qui ont paru avant la sienne, en 1799. La première fut impri-

mée à Vienne dès 1511; elle est devenue excessivement rare. La seconde fait partie des œuvres de Marbode publiées à Rennes en 1524, grâce aux soins du vénérable évêque Yves Mayeuc. La troisième est de 1531 ; elle contient les scholies de Pictorius Villengensis et un poème du même Pictorius sur la pierre molaire; elle ne porte pas l'indication du nom de lieu de l'impression, mais c'est certainement Fribourg. La même année, la même édition fut réimprimée à Paris, chez Christian Wechelius, mais avec du papier et des caractères moins grossiers. En 1539, le poème est publié à Cologne d'une manière plus complète, avec les deux lettres d'Evax et les notes de Pictorius et d'Alard d'Amsterdam. L'année suivante, en 1540, un médecin, Jean Cornaro, éditant à Francfort le poème de Macer sur la matière médicale, y ajoutait le Livre des Pierres qu'il avait rencontré dans le même manuscrit. Il reconnaît que ce livre est d'un auteur différent, « non paulo elegantior, » que quelques-uns appellent Merboldus, Merbodeus, mais qu'il ne connaît pas. L'ouvrage de Marbode parut encore successivement : en 1555 à Bâle, avec les scholies de Pictorius; en 1574 à Witteberg, d'après un manuscrit de la bibliothèque de Henri Rantzof; en 1575 à Lubec et en 1585 à Leipsick d'après l'édition précédente, qui est incomplète et ne porte pas le nom de Marbode; en 1695 et en 1707 à Leyde, avec les scholies de Gronovius, à la suite de la Dactylotheca d'Abraham Gorloeus; en 1708 à Paris, dans l'édition complète de Beaugendre; en 1740 à Wolfenbuttel ; cette édition n'est que la reproduction de celle de 1531; en 1799 à Gottingue. Cette édition de Beckmann, la meilleure, comprend des variantes, et les notes de

Pictorius, d'Alardus, de Cornaro, etc. Dans notre siècle, le Liber lapidum a été réimprimé trois fois : en 1854, clans les Œuvres de Marbocle de la Patrologie de l'abbé Migne; en 1870, dans les Mémoires de la Société d'Archéologie d'Ille-et-Vilaine, avec la traduction en vers de S. Ropartz; enfin, en 1873, dans les Poèmes de Marbode traduits par le savant avocat breton.

Il existe plusieurs traductions en vers du Lapidaire1. La plus ancienne est du xne siècle et se trouve dans un manuscrit provenant de Saint-Victor, à la Bibliothèque nationale, n° 14470. Cette traduction a été publiée par Beaugendre, et, d'après lui, par Beckmann et l'abbé Bourassé. Dans l'été de 1871, elle a servi de texte à une des leçons de M. G. Paris à l'École des hautes études, à la conférence des langues romanes. Le manuscrit est anglonormand; il avait été remarqué au xvne siècle par Ménage, puis par l'abbé Le Bœuf, par Dom Rivet, etc. L'édition qu'en a donnée Beaugendre fournit, dit M. G. Paris, « les exemples les plus variés de toutes les fautes qu'on peut commettre en lisant en interprétant et en reproduisant un vieux texte2. » Cette traduction est très libre; Fauteur inconnu (qui ne peut être Marbode lui-même, comme on l'a dit sans preuve, puisqu'il commet de temps en temps des contre-sens) tantôt ajoute au texte et tantôt lui retranche. On peut en juger dès le début.

Voici les vers de Marbode :

1. Pour tout ce qui concerne les traductions anciennes et imitations françaises ou étrangères, v. le savant ouvrage, déjà cité, de L. Pannier.

Page 1