G. Paris, Notice préliminaire du livre de L, Pannier
Evax, rex Arabum, legitur scripsisse Neroni Qui post Augustum regnavit in Urbe secundus Quot species lapidum, quae nomina quive colores, Quœve sit his rcgio, vcl quanta potenlia cuique. Hoc opus excipiens dignum, componere duxi Aptum gestanli forma breviore libellum, Qui mihi prœcipue, paucisque palcret amicis; Nam majestatem minuit qui mystica vulgat, Nec sécréta manent quorum fît conscia turba.
Le traducteur s'exprime ainsi (édition de L. Panifier) :
Evax fut un mult riches reis :
Lu règne tint des Arabeis.
Mult fut de plusurs chioses sages, Mult aprist de plusurs lengagges; Les set arz sot, si en fut maistre...
... Neruns en ot oi parler...
... Evax un livre li escrit K'il meismes de sa main fist, Ke fu de natures de pierres, De lor vertuz, de lur maneires, Dum venent, e u sunt truvées, En quels lius e en quels cuntrées, De lor nuns et de lor culurs Quel poissance uni e quels valurs.
Les vers qui suivent ne sont pas traduits. Si l'on veut comparer à cette traduction celle de S. Ropartz, on trouvera cette dernière aussi exacte qu'élégante :
Evax, roi d'Arabie, avait écrit, dit-on, Un livre curieux pour l'empereur Néron : Des gemmes il disait le nom, 1j provenance, La forme, la couleur, l'espèce, la puissance; Ce sujet me séduit à mon tour, et je veux
En faire un traité clair et peu volumineux. Ce livre est réservé pour mes amis d'élite. Ce que sait le vulgaire a perdu son mérite, N'allons pas profaner les mystères trahis !
Les autres traductions du Lapidaire en vers français au moyen-âge sont :
1° Le Lapidaire de Modène, qui semble n'être, dit L. Pannier, ni l'œuvre d'un moine, ni celle d'un poète du peuple, mais qui paraît plutôt avoir pour auteur quelque seigneur ou une clame. Le manuscrit ne nomme pas Marbode et ne décrit que vingt-cinq pierres.
2° Le Lapidaire de Berne, du xive siècle, décrit par Sinner dans son Catalogue des Manuscrits de Berne (t. III, p. 21). Comme le manuscrit contenait, immédiatement avant cette traduction, le Trésor, de Brunetto Latini, Sinner en avait conclu que le traducteur n'était autre que le célèbre maître du Dante; mais rien n'est moins probable, car le style paraît plus ancien que Brunetto Latini, et de plus l'auteur se nomme lui-même ou du moins laisse entrevoir son nom dans un long jeu de mots :
Amis ai non e toz jors aim.
Le manuscrit a 1,170 vers de huit syllabes et ne décrit que quarante-trois pierres. Marbode n'y est pas nommé. Le traducteur est moins élégant et surtout moins concis que celui de Modène.
3° Le Lapidaire de Cambridge, découvert par M. P. Meyer; assez fidèle, mais sec, sans prologue ni épilogue. L'auteur semble du xme siècle.
Enfin, L. Pannier cite deux traductions en prose,
moins importantes, et qui ont subi la double influence de l'Église et des auteurs orientaux.
Comme traductions en langues étrangères, on connaît : une traduction en prose provençale, qui paraît de la fin du xme siècle, et dont M. P. Meyer a publié des extraits; une traduction italienne de Zucchero, au xiv8 siècle, en manuscrit à la Bibliothèque Laurentienne de Florence; une traduction anglaise, de la même époque, manuscrite, au British Muséum; une traduction irlandaise à la même bibliothèque; enfin, une danoise, dont la date est ancienne, et qui a été publiée à Copenhague, en 1826, par Christian Molbeck1.
Durant tout le moyen-âge, beaucoup de savants et de rimeurs se lancèrent dans l'exposition de lapidaires, de bestiaires, etc., tous plus extraordinaires les uns que les autres. « Quand on parcourt ces sortes de compositions, dit Douët d'Arcq en parlant d'un Lapidaire en prose du xve siècle2, on serait bien embarrassé à qui donner le prix, ou à l'auteur pour l'audace de ses bizarres et extravagantes inventions, ou au lecteur du temps pour la foi robuste avec laquelle il les admet. » Mais parmi tous les ouvrages de ce genre, celui de Marbode conserva toujours sa réputation. Vincent de Beauvais en cite trois cents vers, sans en nommer l'auteur; Albert le Grand dans son Traité des minéraux, Farinator, auteur d'un livre intitulé : Lumen animée, Henri de Milan dans son Carmen de controversia hominis et fortunée, et bien d'autres le citent soit sous le nom d'Evax,