‹ Marbode, évèque de Rennes, sa vie et ses œuvres (1035-1123)Chapitre 48 sur 93 · De Universo, 1. XVI, cap. VII. — Patrologie, CXI · texte numérisé non relu

De Universo, 1. XVI, cap. VII. — Patrologie, CXI

férent de celui du Lapidaire. Rien ne s'oppose cependant à ce que Marbode en soit réellement l'auteur; peut-être l'a-t-il écrit pour faire oublier ce que son autre ouvrage avait de trop païen, ou plutôt y a-t-il vu deux sujets absolument différents à traiter; en tout cas, dans le peu de renseignements qu'il donne sur la couleur, etc., des douze pierres, il n'y contredit pas ce qu'il avait affirmé dans son grand poème.

Il n'en est pas de même dans les quelques notes en prose « De lapidum naturis. » Non seulement les propriétés attribuées aux pierres y sont nouvelles, mais l'ouvrage a un cachet particulier. Ici l'auteur demande qu'on grave sur les pierres certaines figures; sur la chalcédoine, par exemple, il faut représenter Mars armé et une jeune fille avec une longue robe flottante tenant un laurier. Bien que ces croyances, généralisées à une certaine époque par le gnosticisme, se retrouvent dans Damigéron, il serait étonnant que Marbode, après les avoir passées sous silence dans le Liber lapidum, les admette comme réelles. D'ailleurs, la réputation de notre poète n'a rien à perdre, ni au point de vue littéraire, ni au point de vue scientifique, à ce qu'on lui refuse ces quelques pages sans valeur.

PROCÉDÉS DE VERSIFICATION DES XIe ET XIIe SIÈCLES

Nous pouvons terminer ici l'examen des ouvrages composés par Marbode pendant son séjour à Angers; avant d'aller plus loin et d'étudier sa vie et ses écrits pendant qu'il eut à diriger le diocèse de Rennes, il est bon de jeter un coup d'oeil sur ces modifications

de la prosodie latine familières à son temps, dont il usa et abusa lui-même, tout en y mettant plus de talent et de facilité que la plupart de ses contemporains. N'oublions pas qu'à mesure qu'il vieillissait Marbode renonçait à cette gymnastique intellectuelle qui exige une imagination jeune : jeune pour se faire illusion sur son inanité, jeune aussi pour avoir toute la souplesse nécessaire.

Nous citerons d'abord la rime à la fin du vers. La poésie latine n'admet pas la rime, même dans le genre populaire, dans le vieux vers saturnin, Yhorridus Me saturnius d'Horace. Mais partout, à l'Ouest et au Nord de l'Italie, les Romains rencontrèrent des peuples qui faisaient entrer pour une grande part dans leur versification un élément dont eux ne tenaient compte qu'accidentellement, la répétition des mêmes consonnances. Les uns, comme les Germains, se contentaient de l'allitération, c'est-à-dire de la répétition des sons au commencement des mots; d'autres, comme les Gaulois (à en juger par les plus anciennes poésies irlandaises et galloises), recherchaient cette répétition non seulement au début, mais encore au milieu et à la fin des mots1. On peut voir là la tendance, encore vague, qui finit par aboutir au triomphe définitif du vers rimé et du vers léonin. Les poètes, surtout chrétiens, nés en Gaule, ont une propension manifeste à subir l'influence de la versification celtique; les missionnaires irlandais purent la propager

i. V. Zeuss, Grammatica celtica, 2e édition d'Ebel., p. 934, sq. — Après avoir montré que, chez les anciens Irlandais et Gallois, la prosodie consistait dans ces répétitions de consannances et dans une certaine régularité de la disposition des sjllabes aiguës ou graves, Zeuss ajoute : « Conjicere Iicet ne apud veleres quidem Galloruin druidas et bardos carininum conslructionem fuisse diversam. » (P. 938.)

en France et en Allemagne. Dès la fin du vne siècle, nous voyons Aldhelmus, mort en. 709, employer des vers léonins rimés ou assonancés par trois syllabes. De même les Versus Hibernici exulis ad Carolum imperatorem sont en vers de quatorze syllabes, avec césure au milieu, et rimés à la fin par trois syllabes : spatium, palatium; agminibus, virginibus ; regibus, fidelibus, etc. 1.

Cependant, si les moines irlandais ont pu contribuer à assurer le succès de la rime dans la grande poésie, elle existait déjà, plus modeste peut-être, il est vrai, avant que leur influence ait pu se faire sentir. Elle apparaît au ive siècle, et en même temps sur des points fort éloignés les uns des autres; elle est à la fois dans saint Ambroise, de Trêves, dans saint Hilaire, de Poitiers, dans le pape saint Damase, Espagnol, et enfin dans saint Augustin, Africain. C'est surtout dans les hymnes de l'Eglise chrétienne qu'on la rencontre d'abord; là, elle résulte de la nécessité d'une certaine harmonie qu'impose le chant aux paroles, et elle naît quand l'autre genre d'harmonie tout différent produit par la quantité des syllabes habilement choisies tend de plus en plus à ne pas être bien apprécié. La rime, elle, n'exige pas une oreille aussi délicate, le vulgaire illettré peut la comprendre, aussi nous la rencontrons à peu près partout, en Chine comme en France, dans la poésie populaire. A Rome même, suivant Suétone, pendant les proscriptions, on avait écrit sur la statue d'Auguste l'épigramme :

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