Zeuss, l. c
Pater argentarius Ego corinthiarius ;
« c'est, dit Edelestand du Méril l, le premier exemple d'un rythme uniquement marqué par la rime. »
Quoi qu'il en soit, à partir du ive siècle, la rime se rencontre avec plus ou moins de fréquence; mais au xie siècle son adoption officielle dans la poésie latine est un fait accompli depuis longtemps. Aussi Marbode, comme tous les autres versificateurs, en uset-il de temps en temps, assez peu toutefois, car, quand il quitte les règles ordinaires de la prosodie, il lui faut de bien autres difficultés à surmonter. Cependant, on peut trouver dans ses œuvres la rime ordinaire, c'est-à-dire par une seule syllabe, comme dans la parabole du loup, ou la Passion des saints Félix et Adauctus, et la rime riche, par deux syllabes, comme dans la Prière à Dieu. Dans la prose intitulée : Compunctio peccatoris, la même rime est répétée quatre vers de suite. Il y a encore dans Marbode des vers qui ont, outre la rime finale, des rimes inté- Heures :
Stella maris quae sola paris sine conjuge prolem, Justitiaj clarum specie super omnia solem, etc.
Ce genre de vers était également employé par son ami Hildebert. Il aurait été déjà bien ancien à cette époque si le poème sur les Joies du Paradis, qui contient des exemples semblables, est réellement de saint Augustin; mais son attribution n'est pas certaine.
i, Ed. du Méril, Poésie populaire latine avant le XIIe siècle, p. 107.
Il n'est pas toujours possible d'éviter la rime léonine, c'est-à-dire celle de la syllabe de la césure avec la dernière syllabe du vers; mais, quand cette analogie de sons est accidentelle et ne se reproduit pas trop souvent, elle passe inaperçue et n'a rien de choquant. S'il ne s'agit que du vers demi-léonin, rimant seulement par une voyelle, on le trouve dans les meilleurs auteurs, qui ne semblent ni le rechercher, ni l'éviter avec beaucoup de soin. Selon M. de Féletz, il y aurait dans Virgile 924 vers de ce genre sur 12,914, soit un sur quatorze environ; ils tiennent le plus souvent au rapport grammatical du mot placé à la césure penthémimère avec le dernier mot, adjectif et substantif, par exemple1. Dans les poètes de la décadence, on trouve quelquefois ces vers assez souvent répétés pour qu'on puisse se demander si l'auteur ne l'a pas fait avec intention. Le vers léonin rimant à la fois par la voyelle et par la consonne qui la précède est plus rare, bien qu'Ovide, Virgile, etc., en fournissent des exemples, et tous les meilleurs auteurs l'évitent autant que possible, clans l'hexamètre, au moins, car, dans le pentamètre et l'asclépiade, les poètes semblent y avoir fait moins attention. « On ne peut douter, dit même Quicherat, que les poètes élégiaques aient affectionné cette consonnance.»Nous avons vu Hroswitha écrire, au Xe siècle, la légende de Théophile en vers demi-léonins, mais le xie siècle renchérit sur les précédents et produisit en abondance ce que nous appelons le vers léonin riche, rimant par deux syllabes.
D'où vient ce nom de vers léonin? Les uns en ont
1, J. Quicherat, Versification latine.
MX*
attribué l'origine à différents poètes appelés Léon 4, d'autres au chanoine Léonius. Paul, moine du xiic siècle, probablement Italien, compare le vers léonin au lion, qui a toute sa force et sa beauté dans sa poitrine et dans sa queue2; singulière idée, qui fait honneur à la subtilité de son inventeur. Edelestand du Méril admet l'opinion d'un auteur du xve siècle, qui fait venir également léonin de lion, à cause de la supériorité des vers léonins3. Il est plus simple de reconnaître, avec un autre grammairien du xiie siècle, qu'on ne peut comprendre ni la beauté de ce genre de vers, ni l'origine de son nom4.
Le vers léonin a été, au xi6 siècle, une des entraves qui ont empêché le développement de la poésie latine, et Marbode plus qu'aucun autre, au lieu de suivre la mode de son temps, aurait dû y résister. Ce n'est pas qu'il faille en réalité critiquer le vers léonin pour luimême; on peut en tirer à un moment donné des effets inattendus5; mais c'est précisément pour cela qu'il