‹ Marbode, évèque de Rennes, sa vie et ses œuvres (1035-1123)Chapitre 50 sur 93 · Sunt inventons de nomine dicta Leonis Carmina · texte numérisé non relu

Sunt inventons de nomine dicta Leonis Carmina

(Everard de Béthune, Labyrinthe.)

2. « Leonini dicuntur ad similitudinem leonis qui totam fortitudinem et pulchritudinem spccialiter in pectore et in cauda videtur liabere. Similiter isti in secundo vel tertio et in ultimo pede propter duarum vocalium armoniam in pectore et in cauda, id est in medio et in fine versus, suam pulchritudinem notantur demonstrare. » Cité par Ch. Thurot, Notices et extraits des manusçr. de la Bibl. impér., t. 22.

3. « Dicuntur a leone quia sicut leo inter alias feras majus habet dominium, ita haec species versuum. » (Ed. du M., p. 78.)

4. « Versus inopes rerum nugcque canore, scilicet frivole nugarum aggregationes que quasi gesticulationes auribus alludunt solo consonantie blandimento, que possunt cadaver exanimatum imitari, prornptuarium sine vino, manipulum sine grano, cibarium sine condimenlo, que vesice distenle possunt comparari... scilicet versus leonini quorum venustas sicut ratio nominis ignoratur. (Mathieu de Vendôme, dans la Thèse de L. Bourgain; Paris, 1879.)

5. Voyez, par exemple, l'usage que font les poètes anglais du yers léonin

faut s'en montrer sobre, et ne pas nous présenter, dans une véritable débauche de rimes léonines, de longs poèmes écrits tout entiers de cette manière. Nous trouvons dans Marbode le vers léonin tantôt simple (Versus canoniales, par exemple), tantôt riche (Vies de Théophile, de saint Maurille, etc., lettres à la comtesse Ermengarde, à Odon, à l'évêque Samson, etc.), tantôt encore mélangé (Vie de sainte Thaïs). On peut voir par le fabliau du loup et du berger quelle relation étroite existait entre le vers léonin et le vers rimé. La pièce a cent et quelques vers, rimant tous deux à deux, sauf une dizaine qui sont léonins. D'autres exemples analogues se retrouvent non seulement dans Marbode, mais encore dans les autres poètes contemporains.

Enfin, l'ardeur de certains versificateurs à se créer des difficultés ne s'est pas trouvée satisfaite par le vers léonin, et ils en sont venus au vers catapultin, dans lequel il y a trois rimes : deux intérieures rimant entre elles et avec la fin du vers. Nous en avons cité des exemples à propos de la satire contre Rennes ; dans la Vie de Théophile, on en trouve jusqu'à quatre de suite sur les mêmes rimes :

Qui cruciatur, ad hoc reparatur, ut hic patiatur; Dumque precatur ut excipiatur, ut eripiatur,

pour donner au style des ballades un peu de variété. (Walter Scott, Wordsworth, etc.)

Their graves are green, they may be seen,

The little maid replied, Twelve steps or more from mother's door

And they are side by side.

(Wordsworth, We are seven.)

Ncmo juvatur, nemo levatur, pœna novalur : Mors dominatur, nec miseratur, nec satiatur.

Peu d'auteurs se sont sentis de force à manier le vers catapultin; Marbode semble avoir été le premier de tous, puis Simon, abbé de Saint-Bertin, dans quelques vers de sa Vif a Sancti Bertini metrîca1, puis, toujours dans le même siècle, Kilinde ou Relinde, qui précéda la fameuse Herrade comme abbesse de Hohenbourg, en Alsace2. Le vers catapultin s'écrivait d'une façon particulière :

spoliata b

(Marbode.) Urbs Red onis.

viduata col

si spe fru

(Simon.) Sanctus eris.

qua justifie

Fr. Morand croit qu'il y avait dans le vers catapultin une intention spéciale, par exemple le désir d'exprimer plus vivement une critique, comme c'est le cas pour Marbode; ou bien une maxime, une sentence, comme pour Simon et Relinde. Il est probable qu'il n'y faut plutôt voir qu'un caprice de bel esprit.

Il n'y a aucun nom à donner à certaines curiosités de versification qu'on trouve dans quelques petites pièces, ajoutées du reste pour la plupart à l'édition de Beaugendre par l'abbé Bourassé, d'après un manuscrit de Tours. Telles sont les Nugae poeticœ :

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