‹ Marbode, évèque de Rennes, sa vie et ses œuvres (1035-1123)Chapitre 58 sur 93 · Dom Lobineau, l. c · texte numérisé non relu

Dom Lobineau, l. c

2. Voyez la charte qui constate cette vente, publiée par M. A. de la Borderie dans les Mémoires de la Société d'Archéologie d'I Ile-et-Vilaine, 1885, p. 52.

et comme un souvenir de sa chère patrie. Les oeuvres de l'évêque contiennent une Epître en vers adressée à la duchesse, dans laquelle il loue sa beauté et lui adresse en même temps de pieuses réflexions. On ne peut douter que leurs relations ne se sont pas bornées à ces lettres un peu banales. Le duc Alain Fergent entreprit de sages réformes dans Tordre de la justice; s'il les mena à bonne fin, la double influence d'Ermengarde et de Marbode n'y fut probablement pas étrangère1. Alain disparaît de l'histoire de Bretagne de 1096 à 1101, et pendant cette période il est remplacé par son fils Conan, un enfant sous la tutelle de sa mère. On croit que dans l'intervalle il prit part à la première Croisade. Ce fut précisément quelques mois avant ce départ que Marbode arriva à Rennes.

Son prédécesseur sur le siège épiscopal de Rennes, Sylvestre de la Guerche, seigneur de Pouancé, avait vécu et bataillé dans le monde, s'était marié, et avait eu deux fils avant d'entrer dans les ordres. C'était un homme qui, nous dit Baudry, sans être lui-même lettré, aimait et recherchait avec ardeur les savants2. Il avait eu une grande influence sur l'esprit du duc

1. « Le duc Alain Fergent fut bomme de grand sens et de prévoyance, politique et grand justicier, et pour ce que jusques alors la justice du pays se manioit fort confusément, sans reigle certaine, rudement et sans forme déterminée, croissant la multitude des hommes lesquels en avoient affaire, et commençant le pays à s'acheminer à la paix, il fist plusieurs lois et ordonnances pour y mettre ordre, et establit le siège principal et premier de sa justice à Rennes; auquel lieu il fist un seul seneschal d'icelle... Ceste forme estoit simple, et sans les formalités et sophistiqueries desquelles soubs couleur de justice toute ceste profession a été depuis remplie et encore est. » (Bertrand d'Argentré, Hist. de Bretagne, I. IV.) — Ce fut là probablement l'origine du Parlement de Bretagne; mais cette partie de l'histoire est encore assez obscure.

2. « Licet non multum litteratus, litteratos tamen inhianter complexaba-

Hoël et du duc Alain son fils, mais ne s'en était jamais servi que d'une manière utile à la justice et à la religion. Désolé des scandales qui affligeaient son diocèse, il s'était efforcé d'y porter remède autant qu'il était en lui, et dans ce but il avait appelé près de lui l'apôtre éloquent, encore jeune et peu connu, Robert d'Arbrisselle. Sylvestre mourut en 1096 selon les uns1, en 1095 2 ou 1093 3 selon les autres; quelques années déjà avant cette époque, Robert manquant ou craignant de manquer d'un appui suffisant, avait quitté la Bretagne pour enseigner la théologie à Angers. Toutes les dates qui se rapportent à ces circonstances sont indiquées d'une manière contradictoire par les écrivains4. Quelquesuns de ceux qui font mourir Sylvestre de la Guerche en 1093 croient devoir placer entre Marbode et lui un Hoël et un Gosfrède dont rien ne prouve l'existence.

Marbode fut donc élu en 1096; c'est simplement par suite de l'obscurité que présente l'histoire ecclésiastique de Rennes de 1093 à 1096, si l'on admet que Sylvestre était mort en 1093, que Dom Chamard parle de difficultés ayant retardé jusqu'en 1096 la consécration de Marbode, élu selon lui dès 1093. On n'a aucune raison de croire que son élection ait rencontré cle l'opposition, malgré ses invectives d'autrefois contre Rennes. Le pape Urbain II, étant venu en

tur. Convocabat igitur aliunde, si quos poterat, litteraîos. » (Baudry, Vita Rob. de Arbrissello.)

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