MARBODE ET ROBERT D'ARBRISSELLE
Une vie nouvelle commence maintenant pour l'éloquent professeur déjà devenu vieux, vie toute de luttes et de sacrifices. Adieu les loisirs chers au poète, adieu ses études bien-aimées; rarement désormais l'inspiration descendra sur lui, rarement la Muse le consolera des chagrins qui ne lui seront pas épargnés, et Baudry, son ami, pourra s'écrier : « Que deviens -tu, Marbode, astre admirable des poètes? La lune subit une éclipse, le soleil est obscurci, nous pleurons ton génie éteint, car il n'y a plus de lumière qui brille dans nos ténèbres {. » C'est que de bien graves soucis avaient remplacé pour lui la tranquillité d'Angers.
Les désordres du clergé avaient suscité un certain nombre de réformateurs désireux de rétablir la discipline ecclésiastique et de faire cesser le trafic des bénéfices. Tels étaient Robert d'Arbrisselle, le premier et le plus illustre d'entre eux, Raoul de la Fustaie, Vital de Mortain, Bernard d'Abbeville, etc. , « tous d'une vie sainte, dit Dom Lobineau, d'une austérité surprenante, d'une éloquence féconde en conversions, et tous appelés de Dieu d'une manière particulière2. » Cependant, le zèle même de ces ardents missionnaires, et en particulier de Robert d'Ar-