Hist. do Bret., I, 1. i
brisselle, pouvait donner prise à certaines critiques auxquelles ne manquèrent pas de se livrer ceux qu'il combattait sans aucun ménagement.
Robert était bien l'homme prédestiné à cette lutte pour l'Eglise. Né au village d'Arbrisselle, près de La Guerche, en Bretagne, il était lui-même fils d'un prêtre. Avide de s'instruire, il quitta tout jeune son pays natal et vint étudier à Paris, probablement sous Anselme de Laon, après quoi Sylvestre de la Guerche, qui comptait sur son éloquence, son dévouement, son activité, pour combattre les abus toujours renaissants, le fit venir à Rennes. D'après Baudry, son ami et son premier biographe, il demeura quatre ans dans cette ville, puis vint passer deux années à Angers, où il enseigna la théologie. D'Angers, il se retira dans la forêt de Craon; mais le pape Urbain II, qui avait eu l'occasion de l'entendre et d'admirer son talent pour la parole, lui ordonna, en 1096, de se consacrer à la prédication. Les contemporains, Abailard, Pierre évêqae de Poitiers, Baudry, ont rendu témoignage à son éloquence; ce qui, du reste, la prouve encore mieux, ce sont les résultats qu'il obtint. Un grand nombre d'hommes et de femmes de tout âge et de toute condition abandonnèrent le monde pour le suivre dans sa vie errante de missionnaire. Mais un pareil succès n'était pas sans inconvénient; cette foule qui le suivait était fort mélangée. Un jour, par exemple, Robert était entré dans une maison que son biographe Pavillon appelle « une académie de courtisanes1, » et s'était mis à prêcher à ces malheureuses