Fœmina, res fragilis, nunquam nisi crimine constans
Nunquam sponte sua desinit esse nocens; Fœmina, flamma vorax, furor ultimus, intimus hostis,
Et docet et discit quidquid obesse solet
Successisse putat cum licet esse ream
Turpe putat quoties turpia nulla gerit etc.
Le petit poème De tribus inimicis, d'où ces vers sont tirés, est publié six* 13
femmes du moyen -âge étaient -elles réellement si perverties, ou bien Hildebert n'a-t-il pas voulu plutôt simplement lutter avec Juvénal? Marbode, lui, garde plus de mesure; il sait distinguer la courtisane de la femme honnête. C'est la première qui fait le sujet du troisième chapitre, De meretrice.
Parmi les pièges que nous tend le malin ennemi, aucun ne fait plus de mal que la femme :
Fœraina, triste caput, mala stirps, vitiosa propago.
C'est elle qui excite les disputes, désunit les familles, précipite les rois de leur trône, renverse les villes, multiplie les meurtres, mêle le poison aux breuvages et porte partout l'incendie. Sexe jaloux, léger, irritable, avare, gourmand, vindicatif, menteur,... la liste est longue, de tous ses défauts! Après ces accusations générales arrivent les exemples particuliers : David et Salomon devenus, le premier adultère, le second sacrilège, à cause d'une femme, Jézabel, Athalie, et, le profane venant se mêler au sacré, Eriphyle, Clytemnestre, les Danaïdes, Progné et la fille de Léda, qui causa une guerre de dix ans. C'est sur le modèle cle la femme que la sagesse ancienne avait formé la Chimère. Comme la Chimère, la courtisane (ici le mot meretrix commence à remplacer celui de fœminsi) participe du lion par sa belle
par la Patrologie à la fois dans les œuvres d'Hildebert et dans celles de Marbode, mais le style, la tendance aux vers rapportés, montrent que c'est à Hildebert qu'il faut l'attribuer.
Cf. dans le poème De contemptu mundi, de saint Anselme, ou, selon l'Histoire littéraire de la France, de Roger de Caen, moine de l'abbaye du Bec sous saint Anselme, le long fragment contre les femmes.
figure qui ravit sa proie, de la flamme par l'ardeur de la passion qu'elle inspire, et du serpent par le poison fatal qu'elle laisse après elle1. Charybde, qui cause la mort de tous ceux qui l'approchent, a l'aspect d'une femme. Ce sont encore des femmes que la Sirène et cette Circé dont Ulysse sut déjouer les ruses. « 0 homme, prends garde à son miel empoisonné, à ses doux accents; ne te laisse pas séduire par la grâce de son visage, crains les flammes dévorantes, crains le serpent cruel. Quand une belle femme t'appelle et cherche à te tromper, si, te fiant à tes forces, tu acceptes le combat et méprises d'un cœur robuste les traits de l'ennemi, insensé, tu te fais illusion ! Dans une pareille lutte, tu ne peux pas triompher. Prends la fuite; si tu fuis, tu es sauvé; si tu combats, tu succomberas. » Mais il est un moyen de résister au chant des sirènes et d'en éviter les dangers : c'est de se munir les oreilles des saines doctrines, et cle s'attacher à la croix par le lien de la crainte divine. Le poème se termine sur cette application chrétienne des ruses du sage Ulysse.
Marbode avait pour son troisième chapitre un prédécesseur et un maître qu'il connaissait bien, puisqu'il le cite ailleurs2, Juvénal. Il y a loin du satirique latin à notre philosophe, mais traitant le même sujet, ils devaient naturellement se rencontrer quelquefois. Marbode n'a pas les longs développements de Juvénal; parlant à un point de vue tout chrétien, il devait
1. Cf. dans la Vie de sainte Thaïs, quand Marbode raconte sa vie de courtisane :
Ut domus absque sera fuit omnibus illa Chimsera.
(Beaug., c. 1541.)
2. V. dans la lettre à Rainaud le yers f ité plus bas. (XIII, 191.)
s'abstenir de ces traits vigoureux qui eussent été déplacés sous la plume d'un évêque. Les points de comparaison entre les deux auteurs sont donc peu nombreux. On peut citer les suivants :
Quœ lites, rixas et duras seditiones Excitât,
Dans Ju vénal :
Nulla fere causa est in qua non fœmina litem Moverit.
(Satire VI, v. 241.)
Vindicta gaudens,
Dans Juvénal :
Quod vindicta
Nemo magis gaudet quam fœmina.
Enfin, les souvenirs historiques ou mythologiques :
Multas praetereo quas connumerare poetae Historiaeque soient, Eriphylem et Clytemnestram, Belidas 1 et Prognen, concertatamque decenni Terrarum bello Laeda genitam meretricem;
Dans Juvénal :
Occurrent multae tibi Belides atque Eriphylae, Mane Clytaemnestram nullus non vicus habebit. Hoc tantum refert, quod Tyndaris illa
(VI, 654, sq.)
1. C'est ainsi qu'il faut, évidemment, corriger le texte de la Patrologie, qui porte Beliden. — E. E.
Le nom dè Progné était quelques vers auparavant. (VI, 643.)
Le quatrième chapitre est comme la contre-partie du troisième. Marbode vient d'attaquer la femme indigne; il va maintenant célébrer la femme honnête et chaste.
L'éloge de la femme! C'est là un sujet bien nouveau pour sa plume! Sans doute, il a souvent, et avec une. galanterie qui fait penser aux évêques d'un autre siècle, chanté la beauté, l'esprit ou les vertus de certaines grandes dames, de la duchesse Ermengarde et de la reine d'Angleterre, par exemple, mais sortir de ces cas particuliers, admettre que dans ce sexe abhorré, cause de tous les malheurs de l'homme, on puisse trouver matière à la louange, il dut bien hésiter avant d'oser l'écrire.
Et cependant, le vrai poète de la femme, ce n'est pas Ovide, ce n'est pas Virgile, c'est un auteur que Marbode avait continuellement entre les mains, c'est le sage Salomon lui-même : « Mulierem fortem quis inveniet? Procul et de ultimis finibus pretium ejus *. » Il y a dans tout ce passage du Livre des Proverbes une élévation et en même temps une simplicité que personne n'a égalées, une admiration sans bornes, un respect sincère, une affection dévouée pour la femme vraiment digne de ce nom, avec une pureté de morale qui manque trop souvent aux poètes païens.
Parmi tous les biens que peut nous accorder le Seigneur, dit Marbode, aucun n'est préférable à une bonne femme : Nil melius muliere bona2, qui ne