‹ Marbode, évèque de Rennes, sa vie et ses œuvres (1035-1123)Chapitre 71 sur 93 · Proverbes, XXXI, 10, sq · texte numérisé non relu

Proverbes, XXXI, 10, sq

2. « Qui invenit mulierem bonam, iriyenit bonum, et hauriet jucundita-

fasse qu'un avec nous, vive comme nous, ayant tout en commun avec nous, aliments, vêtements, affections, sentiments, etc. Beaucoup aiment les animaux qui manquent de raison, les plantes, les fleurs, qui n'ont cependant pas d'âme, l'or, l'argent, les pierreries, qui sont sans mouvement, mais qui sont agréables à voir, enfin d'autres objets qui n'ont même pas cet avantage. Eh bien, la femme est supérieure à tout cela, plus belle que l'argent, plus précieuse que l'or et les perles qui n'ont pas la raison; on doit donc l'aimer et l'admirer davantage.

Ce raisonnement n'a rien de bien flatteur, comme on voit, et les femmes auraient le droit de ne pas s'en montrer très satisfaites; mais Marbode reconnaît de plus à la femme un rôle spécial. Elle est mère, dit-il avec une étonnante naïveté ', et elle élève les enfants; sans elle, qui filerait la laine et le lin? C'est elle cjui accomplit avec soin tous ces travaux que notre orgueil dédaigne. Elle entoure les malades d'attentions plus délicates, elle se laisse façonner à l'obéissance, à laquelle répugne l'esprit altier de l'homme. Enfin, la vertu est plus louable et les défauts plus excusables dans un sexe aussi frêle.

Après ces éloges, ou plutôt ces tentatives assez mal réussies d'éloges, Marbode en vient, comme pour le chapitre précédent, aux exemples histori-

tem a Domino. » (Proverb. XVIII, 22). — « A Domino autcm proprie uxor prudcns. » (Idem, XIX, 14.)

t. Sed sunt mulla quibus muliebris sollicitudo

Prœminet, et propriam dat mundo fœmina causam. Quam si submoveas, hominum genus omne peribit, Nam, si desit ager, rogo, quid tua semina prosunt? Quis queat esse pater, si desit fœmina mater?

(Beaug., c. 1602.

ques. Quelle femme a été coupable comme Judas? Quel homme, au contraire, peut être comparé à Marie? Nous voyons dans l'Écriture des femmes qui se sont montrées plus courageuses que les hommes, et les siècles anciens ont eu sept étoiles :

Sara, Rebecca, Rachel, Esther, Judith, Anna, Noemi, auxquelles on peut joindre Ruth, qui mérita d'être la tige d'une race royale. Mais, sous la loi nouvelle, que de femmes ont, par leur vertu, étonné les tyrans :

Agna, Fides, Agathes, Lucia et Caîcilia, Thecla.

L'histoire païenne elle-même nous offre des exemples de femmes célèbres : Lucrèce, mourant pour sauver sa pudeur; Alceste, pour conserver la vie de son mari; Aria, se frappant et disant : Non dolet, Pete.

Quelle conclusion tirer de tout ce qui précède? Laissons la parole à Marbode :

« Il résulte de ces exemples, il résulte des raisons que nous avons exposées dans la première partie de ce poème qu'il ne faut pas rabaisser la femme simplement parce qu'elle est femme, ni vanter l'homme simplement parce qu'il est homme. Chaque sexe a ses défauts, et de même la vertu dans chaque sexe mérite l'éloge l. » Voilà une conclusion à la-

Page 1