HILDEBERT, BAUDRY ET MARBODE
Trois écrivains dans l'Ouest de la France, avonsnous dit au début de cette étude, se partageaient, au commencement du xi6 siècle, l'admiration de leurs concitoyens. Il convient maintenant de les mettre en présence.
Tous trois n'ont entre eux qu'une différence d'âge peu considérable; tous trois sont nés dans la même région, bien que dans trois diocèses différents. Leur mérite et leurs vertus les élèvent à l'épiscopat, mais pour eux cette haute dignité est surtout une source de déboires et d'amertumes; tous trois, il est vrai, ont pour se consoler leur amour pour les lettres et l'affection qui les unit entre eux. Pour leurs contemporains, Marbode, Hildebert et Baudry sont tout sim-
plement trois Homères 1 ; qui pouvait versifier passablement à cette époque sans être aussitôt regardé comme un rival du divin poète? Mais chacun d'eux a son caractère particulier, chacun d'eux a, dans le champ sans bornes de la poésie, un petit domaine qu'il cultive avec plus d'amour et de succès.
Hildebert est celui des trois qui a toujours joui de la plus grande réputation; et cette réputation, il l'a due à la fois à ses ouvrages en prose et à ses ouvrages en vers. Ses lettres étaient célèbres de son temps même. Saint Bernard y trouve de l'érudition, un langage agréable et pur, une éloquence élégante, une brièveté digne d'éloge 2. Pierre de Blois dit avoir retiré grand profit, étant écolier, des lettres d'Hildebert, « si remarquables par l'élégance de leur style et leur suave urbanité, » qu'on lui faisait apprendre par cœur3, d'où Loyauté conclut que ces lettres étaient étudiées dans les écoles du vivant même de l'auteur. En prose, Hildebert est le grand théologien de l'Ouest. Bien peu de ses sermons sont d'une authenticité reconnue. M. B. Hauréau n'en admet même que quatre sur cent quarante et un, mais il a par ailleurs différents traités sur des sujets théologiques.