J.) CIL. VIII, 4G
(2) Sur l'épithète de perpetuvs, qui marque moins la perpétuité de la fonction que celle' du titre, en Afrique du moins, cf. Geigbe, De sacerdotibus Auguslormn municipalihus, Diss. Halle, 1913, pp. 46 sqq.
(3) Cf. pour ce cursus très spécial, Dizion. epigr., I, p. 264c.
Dans sa traduction, Cumont transcrit Filicinia par Félioinia. Certes, la confusion de i avec e est fréquente dans les inscriptions. Mais-est il possible de former de Félix un gentilice comme Felicinius ? Si Felicianus, Felicilla, Felicia et Felicio sont attestés, Felicinius ne paraît pas connu (1).
Par contre, il existe, je pense, un exemple au moins de Filicinius : comme il-est conservé sur um inscription grecque, il ne Sf mble pas que le premier i puisse être la transcription d'un e (2) . L'inscription en question est une stèle funéraire du Louvre qui proviendrait de Délos. Michon lit le nom du défunt TTôttXioç c1)\. AïKivioç TTottXiou uîôç "Avioç. Mais le marbre porte 0IAAIKINIOI : « Les deux AA de «DIAAIKINIOI chevauchent l'un sur l'autre et le premier X se superpose à un i qui avait d'abord été tracé. )> Cette affirmation paraît erronée : elle est motivée sans doute par l'idée préconçue que le défunt portait deux gentilices. Le fait n'aurait rien d'invraisemblable mais paraît peu probable : le personnage de notre stèle, d'après la forme des lettres et le style vivait, au plus tard, au début du 11"^® siècle de notre ère (3). Or, le rapprochement des deux gentilices Flavius et Licinius conviendrait beaucoup mieux à un
contemporain des empereurs de la fin du III"^^ siècle ou de ceux du IVn^e (4)^
En réalité, si l'on se reporte à la figure qui accompagne le commentaire de cette stèle, on s'aperçoit aisément que le lapicide a dû écrire d'abord 0A, qu'il a coriigé ensuite en 0IA. C'est bien le I qui a été gravé en surcharge sur le premier A : le I et le A chevauchent sur ce A qui est gravé moins profondément, comme si on avait cherché à le faire disparaître. C'est ce A qu'il faut visiblement éliminer dans la transcription.
(1) Cf. VOnomasticon du Thésaurus linguae Latinae, s. vv.
(2) BGH, XXXV, 1911, pp. 306 sq.
(3) Contentons nous de faire remarquer que le personnage est imberbe et doit être antérieur à Hadrien.
(4) Le personnage n'est pas mentionné par Hatzfeld, Les Italiens résidant à Délos, BGH, XXXVI, 1912, ni dans Les Trafiquants Italiens dans r Orient Hellénique, Paris, 1919.
Le gentilice Filicinius serait donc attesté par deux textes au moins (1).
Kapitoli(o) . Cette interprétation paraît difficile à admettre. Aurait-on abrégé ce nom si c'était celui du fils de Filicinia dont le gentilice et le surnom sont gravés en entier ? En outre, ni VOnomasticon du Thésaurus , ni la Prosopographia Imperii Romani ne citent d'exemples de Capitolius employé comme nom propre d'homme.
En réalité, il n'y a pas ici d'abréviation : c'est le génitif de Kapitolium dépendant de sacerdotes. Aucun texte, il est vrai, ne mentionne jusqu'ici le capitole de Madaura. Mais l'on observe que la plupart des capitoles connus se trouvaient en Afrique proconsulaire et en Numidie. Dans cette deroière province, à laquelle appartenait Madaura, il en existait à Theveste, Tinfadi, Thamugadi, Lambèse et Cirta (2). Il n'y aurait donc rien d'invraisemblable à supposer l'existence d'un capitole à Madaura : c'était une colonie romaine et c'étaient surtout les colonies qui possédaient .des capitoles à l'instar de Rome, si bien qu'on a pu croire, à tort d'ailleurs, que ce privilège leur était réservé (3).
La triade capitoline, Jupiter, Junon, Minerve,nous le savions déjà, était l'objet d'un culte à Madaura : les trois divinités sont nommées en tête des dieux honorés par la cité dans une lettre du grammairienMaximus de Madaura à saint Augustin(4) . Mais, si les trois dieux sont énumérés ensemble dans cette lettre, rien ne permettait jusqu'ici d'en déduire l'existence d'un capitole à Madaura, car rien, dans ce texte, ne laissait supposer
(1) Peut-être était ce un gentilice tiré, comme beaucoup d'autres, d'un cognomen, peut-être filicina, mot apparenté à filica, surnom porté par "un M. Volussius {CIL, VIII, 297).
(2) La liste des capitoles provinciaux a été dressée dans les ouvrages suivants : Real-JEnc, III, pp. 1538 sqq. ; Dizion. epigr., II, p. 93 ; Toutain, Les cultes païens dans F Empire romain, I. p. 184 ; Thés. ling. Lat., Onom., s. V., p. 164,
(3) Cf. sur ce point Toutain, o. L, p. 187 sq.
(4) Auo., Epist., 16,2 (vol. I, p. 37, éd. Goldbacher). Cf. CIL, VIII, 1, p.
l'existence d'un temple commun à Jupiter, Junon et Minerve. 1] semble maintenant que le doute ne soit plus permis.
Il était d'ailleurs malaisé de s'expliquer pourquoi l'ancienne interprétation laissait sacerdotes sans détermination, ce qui n'est jamais le cas dans les textes de Madaura (1).
Une difficulté, c'est que, jusqu'ici, on ne connaît pas, semblet-il, d'autre exemple d'un couple consacré au culte d'un capitole provincial. Mais il existe une certaine analogie entre ces sacerdotes provinciaux et le flamen Dialis de Rome et sa femme la flaminica,qm était associée au culte de Jupiter (2) et peut-être, suivant une hypothèse de Plutarque, attachée au culte de Junon (3).
Filio pontifici. Le nom du personnage auquel ses parents avaient érigé une statue venait en tête de la dédicace. Cette rédaction qui rejette l'indication du degré de parenté après le nom des dédicants n'a rien d'extraordinaire. Qu'il me suffise de renvoyer à trois dédicaces de la cité voisine deThamugadi(4).
Quant au titre de pontifici, il ne demande pas, comme sacerdotes, à être précisé : il suffit pour indiquer que le titulaire était membre du collège des pontifes qui existait dans la plupart des municipes et des colonies (5).