L'historien Arrien et ses descendants
Dans une dédicace d'Eleusis (4), l'initiée Ciémentianè est dite fille et petite-fille de deux consuls :
"Ekyovov r\bè Guyaipa buoîv ÙTràTUuv Appidvuuv
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L'éditeur, Philios, n'a pas cherché à identifier les deux consuls en question, bien que la chose ne soit point impossible. Nous ne connaissons que trois consuls portant le surnom d'Arrianus :
(1) Vit. soph., I, 25, 4.
(2) IG, III, 770a, 772a, 7726, 772c, 774a, 7756.
(3) Wachsmuth, Real-Enc, s. v. Agrippeion,!, p. 898 ; Judeich, Topographie von Aihen, pp. 94, 312. (Philostb., Vit. S:>ph., Il, 5, 3 ; 8, 2).
(4)^E(p. àpx., 1883, p. 141, no 15. Reproduite en partie dans Ruggiero Dizion. epigr., II, p. 951. von Rohden, 72eaZ-jE'ric.,II, p. 1229, n» 2, rapproche cette dédicace du nom du consul de 243, L. Annius Arrianxis, sans donner les x-aisons de ce rapprochement. Pour Ciémentianè, cf. aussi Real-Enc. IV, p. 21. no 1
P) L'historien et philosophe Flavius Arrianus, consul suffectus d'une année qu'il est impossible de préciser ( 1 ) : son consulat est en tout cas de 130 au plus tard : il devint gouverneur de la province impériale consulaire de Cappadoce en 131, avant d'être promu, probablement, au gouvernement de la Syrie (2). Comme, depuis Tibère, le proconsulat consulaire est généralement séparé du consulat par un intervalle de 10 à 15 ans, on se tromperait sans doute pas de beaucoup en plaçant vers 120 l'époque où Arrien occupa la plus haute des magistratures (3).
2°) L. Annius Arrianus, consul en 243 (4) ;
3*^) L. Claudius Arrianus, consul sufïectus d'une année inconnue (5) ;
4°) Arrianus Aper Veturius Severus, consul dont l'année n'est pas connue (6).
Quoique le souvenir d'autres consuls suffecti ayant eu comme surnom Arrianus puisse s'être perdu, il semble que les deux Arriani de la dédicace d'Eleusis doivent être identifiés avec l'historien et philosophe Arrien et son fils. Le mot crocpia paraît bien faire allusion à ses écrits et les Athéniens avaient des raisons spéciales d'honorer la petite-fille d'un consul qui avait été archonte éponyme (7) chez eux et qui s'était fixé, dans sa vieillesse, à Athènes (8).
(1) Real-Enc, II, p. 1231 : vers 130 ; Dizion. epigr. ,11, p. 1003 : avant 131 ; Pros. Imp. Rom., Il, p. 64, n^ 154 : 122-130; Libbenam, Fasti consulares Imp. Rom., p. 68 : 121-124 ?. W. Christ, Griech. Litteraturgesch., II, 2^, p. 583 : 121-124.
(2) Entre 135 et 150. Cf. Haruy^b., S tudies in the history of the Roman province of Syria, Princeton, 1915, p. 28; Glass. Philol., 1916, p. 338 sq.
(3) WiLLEMS, Le droit public romain'^, p. 549.
(4) Real-Enc.,1, p. 2263, no 29 ; Pros. Imp. Rom.,1, p. 63, n» 474 ; Dizion. epigr., II, p. 942. Liebenam, p. 29.
(5) Real-Enc, III, p. 2675, nP 55 et 56 ; Pros. Imp. Rom.,1, p. 350, n»» 645, 646 ; Dizion, epigr., II, p. 971. Liebenam, p. 65.
(6) Rcal-En.c., II, p. 1229, nos 3 et 5 ; Dizion epigr. ,11, p, 951; Liebenam, p. 61 ; Pros. imp. Rom., I, p. 138, n» 886.
(7) IQ, ITI, 741 et 1116 (en 148-9, d'après notre Chronologie des archontes athéniens scus VEmpire, p. 152). Dittenberger (IQ, III, 1116) le place en 147-8 et von Schoeffer, Real-Enc, II, p. 598^ en 146-7.
(8)11 est cité parmi les prj-tanes de la tribn Pandionis, 7 (r, III, 1024 et 1032.
L'identification serait certaine si la dédicace nous affirmait que Clémentianè était athénienne ou qu'elle fut initiée de l'autel, ce qui revient au même (1). Elle ne nous le dit point mais, peut-être, pourrait-on déjà inférer de ce silence que la descendante des consuls n'était point une étrangère.
En outre, nous possédons les fragments d'une autre dédicace d'Eleusis qui donnent, je pense, à notre hypothèse un caractère de certitude presque complète. Cette dédicace nous parle d'un Tixoç (t>\dpio[ç èTT]i puu)u[uj] qui est, en plus, qualifié de descendant de dadouques consulaires (u7TaTiKUJ[v àjTrô 5(x« SoùxuDv) (2).
Elle prouve qu'il existait à Athènes, au ÏI^^ ou au Uï^^ siècle (les caractères interdisent de préciser davantage), un personnage appartenant au T^voç des Kèrykès et qui comptait parmi ses ascendants deux dadouques au moins qui avaient été consuls.
Le cas devait être assez rare à Athènes : on ne trouve guère à citer que la famille d'Hérode Atticus qui s'enorgueillît de plus d'un consul.
Or, le personnage qui se vante d'avoir eu plusieurs consuls parmi ses ancêtres porte le gentilice d'Arrien qui avait été consul. D'autre part la dédidace de Clémentianè nous apprend qu'il y a eu deux consuls du nom d'Arrien dans la même famille : il est bien tentant, d'identifier cette famille avec celle de l'historien.
Si nos déductions sont justes, il en faudrait conclure que l'historien Arrien, a dû être admis dans ]e t^voç des Kèrykès parmi lequel se recrutaient les dadouques. Cette admission aura sans doute eu lieu lorsqu'il tut initié. C'était aux membies des deux grandes familles éleusiniennes des Eumolpides et et des Kèrykès qu'il appartenait d'initier aux Mystères (3) et les étrangers, comme Arrien, devaient sans doute être adoptés par l'une de ces familles : c'est ainsi que les empereurs initiés
(1) FouoART, Les Mystères d'Eleusis, p. 277, sq. . (2) 'Ecp. àpx-, 1894, p. 206, n» 27.
(3) FoucAiiT, o. l., p. 14i. DiTTENBERGER, Hermes, XX,p. 32; Toepffer, Att. Généalogie, pp. 63,83. Giannelli, Aiti Accad. Torino, L. 1914/5, p. 370, n. 1,
sont inscrits dans le t^voç des Eiimolpides (1) et il en fut de même du proconsul Quintilianus Proculus (2). Pourquoi Arrien aurait-il été rattaché à celui des Kèrykès, c'est ce que nous ignorons mais il paraît certain que l'on suivait des règles que nous ne connaissons qu'imparfaitement (3).