‹ Marbres et textes antiques d'époque impériale [microform]Chapitre 4 sur 32 · Portrait d'un Stéphanéphore · texte numérisé non relu

Portrait d'un Stéphanéphore

(PI. I, fig, 3).

Il semble qu'il faille rectifier la date d'un remarquable portrait, provenant de Séleucie du Tigre, que le savant éditeur

(1) Cf. GuMMERTJS, Darstellungen aus dein Handwerh auf rômischen Orabwnd Votivsteinen, Jahrb. arcJi. Inst., XXVIII, 1913, pp. 63-126.

(2) Cf. ibid., p. 66 et l'article sepulchritm dans le Dict. des Ant. gr. et rom., IV, p. 1225. Voir aussi la stèle d'un acteur publiée dans le Journ. of Hell. jSlud., XXIII, 1903, pi, XIII. Par contre, je crois avoir montré {Rev. Arch., 1917, VI, p. 20) que la stèle du Britisch Muséum représentant le médecin lason (CoNZE, Att. Grabrel., IV, p. 4, n^ 1890, pi. CCCCIV), est un bas-relief votif. Il est désigné sous le nom vague de « marble relief » dans la seconde édition (1920) du Guide to the Exhibition illustrating Qreek and Rotnan Life, p. 189 et fig. 225.

(3) Real-Enc, II, p. 716, n^ 2. Stengjsl, Die griech. Kultusaltertilmer^, 1920, p. 50.

du Catalogue (n^ 36, p. 46) place sûrement trop haut : « Cette œuvre est largement traitée, sans ce souci minutieux du détail qui marque les portraits de l'époque impériale [Cf. nos 39-40], et l'artiste semble avoir cherché un effet décoratif plutôt qu'une ressemblance scrupuleuse. Les qualités de son style ne permettent pas d'attribuer à ce marbre une date postérieure au début de notre ère, et peut-être remonte-t-il à la fin de la périodf hellénistique. »

C'est une erreur de se figurer que les portraits d'époque impériale tombent toujours dans la minutie. Si l'affirmation est exacte, en ce qui concerne la plupart des portraits romains et ceux qui ressortissent, comme les n^'® 39 et -40, h certaines écoles asiatiques, elle ne l'est pins si on l'applique aux portraits grecs : nous avons eu l'occasion de le montrer à propos des cosmètes du Musée d'Athènes (1), et nous rapprocherons tout à l'heure de notre stéphanéphore des têtes du Ilm^ siècle de notre ère, qui présentent la même facture exempte de toute minutie.

L'année 165, date à laquelle fut détruite Séleucie (2), marque, comme l'a vu l'éditeur, la date la plus basse qu'on puisse assigner au portrait du Cinquantenaire. Mais il faut remonter un peu plus haut. Le personnage est barbu. Sa barbe n'est pas la barbe longue que les philosophes, peu soucieux de la mode, laissaient croître, même aux époques où ri était d'usage de n'en point porter (3). Touffue mais courte, c'est celle qui reparaît au temps d'Hadrien, alors que, depuis Alexandre, il était de bon ton de montrer un visage imberbe (4).

Descendre plus bas que le règne d'Hadrien n'est guère possible : le globe de l'œil est encore lisse, partictdarité qui n'apparaît plus qu'exceptionnellement après cet empereur ; mais surtout il est difficile de n'être pas frappé de la ressemblance que le persormage présente avec Hadrien (5), notamment avec

(1) BGH, XXXIX, 1915, p. 282.

(2) Real-Enc, lia, p. 1183.

(3) Mau, Real-Enc, III, p. 32.

(4) Ibid., p. 31 et 33.

(6) Hekler, o. l. pi. 246 6., 247. Cf. aussi Walters, Gat. of the bronzes^ in the Brit. Mus., p. 151, 834 = R. Delbrùck, Bildnisse rôm. Kaiser, pî. XXIV (Aelius Vérus),

le remarquable bus+e qui a été trouvé à rOlympieion (1). Ressemblance fortuite ? On peut le prétendre, mais bien plutôt, dans un portrait fort idéalisé, désir d'accuser, peut-être une certaine parenté de traits. D'ailleurs, Galien nous l'affirme (2), il était d'usage, sous l'empire, d'imiter la coupe des cheveux et de la barbe de l'Empereur, usage qui devait contribuer à accentuer la ressemblance qui pouvait exister entre le souverain et l'un de ses sujets.

Pour le style, synthétique, qui dédaigne le détail superflu et a l'ambition plus haute de créer un portrait vivant sans s'astreindre à copier servilement tous les accidents du visage, il n'est point malaisé de citer des exemples à l'époque d'Hadrien. Cette facture large, cette sobre aisance, c'est bien celle du portrait d'Hadrien de l'Olympieion (3); ces mêmes qualités distinguent la magistrale tête de nègre de Berlin que nous avons proposé de restituer à l'art attique et à l'époque d'Antonin ; on les retrouve dans cette magnifique tête, plus expressive du Musée d'Athènes, à laquelle on s'étonne de voir appliquer parfois encore le nom de Rhoemétalkès (131/2 à 153/4) qui ne lui convient pas mieux que celui d'Hérode Atticus. Nous essayerons, plus loin, de l'identifier et de montrer qu'elle doit dater du temps d'Hadrien.

Si l'on a pu songer à attribuer notre stéphanéphore à l'époque hellénistique, le caractère encore bien classique de la tête en est sans doute responsable. Mais ce classicisme, c'est celui qui fleurit sous Hadrien. Et si l'œuvre n'a pas la froideur habituelle à celles de ce style, elle le doit, certes, à l'habileté du

(1) Hekler, o. l., pi. 258 a (cf. pp. XLII et 323. Ajouter à la bibliographie Schmidt, Woch. f. hl.Phil. 1914, p. 451 : si les doutes émis par Sehmidt sur l'identification étaient justifiés, et il semble qu'ils ne le soient pas {BGH, XXXIX, 1915, p. 410 n. 2), l'œuvre est en tout cas contemporaine d'Hadrien, [Sttjdniczka, ap . Abndt-Bruckmann, Gr. u. rôm. Portr'à ts, 1001, p. 3, veut y reconnaître Aelius Vérus] et présenterait, comme celle du Cinquantenaire, une singulière ressemblance avec la tête de l'empereur). Cette ressemblance se marque mieux de profil mais nous avons préféré reproduire la photographie, encore inédite, du stéphanéphore vu de face.

(2) Galen., in Hippocr. libr. sext. com. quartus, Med,. gr., XVIII B, p. 150

Page 1