‹ Marc-Aurèle et la fin du monde antiqueChapitre 48 sur 436 · Vers l'an 184 ou 4 85. Waddington, Fastes, p · texte numérisé non relu

Vers l'an 184 ou 4 85. Waddington, Fastes, p

3. Tertullien, Ad Scap., 5. Comp. Actes de saint Cyprien, §§ 4 et 5 (Acta sine, p. 247).

[An 162] MARC-AURÈLE. 63

des intérêts opposés à ceux de tout le reste, la haine est inévitable. Or les chrétiens désiraient, au fond, que tout allât pour le plus mal. Loin de faire cause commune avec les bons citoyens et de chercher à conjurer les dangers de la patrie, les chrétiens en triomphaient. Les montanistes, la Phrygie tout entière, allaient jusqu'à la folie dans leurs haineuses prophéties contre l'empire. On pouvait se croire revenu aux temps de la grande Apocalypse de 69. Ces sortes de prophéties étaient un crime prévu par la loi 1 ; la société romaine sentait instinctivement qu'elle s'affaiblissait; elle n'entrevoyait que vaguement les causes de cet affaiblissement; elle s'en prenait, non sans quelque raison, au christianisme. Elle se figurait qu'un retour aux anciens dieux ramènerait la fortune. Ces dieux avaient fait la grandeur de Rome; on les supposait irrités des blasphèmes des chrétiens. Le procédé pour les apaiser n'était-il pas de tuer les chrétiens? Sans doute ceux-ci ne s'interdisaient pas les railleries sur l'inanité des sacrifices et des moyens qu'on employait pour conjurer les fléaux. Qu'on se figure, en Angleterre, un libertin éclatant de rire en public un jour de jeûne et de prière ordonné par la reine !

D'atroces calomnies, des railleries sanglantes, 4. Paul, Sent., V, xxi, § 1 ; HaBnel, Corpus legum, p. 424.

64 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 162]

étaient la revanche que prenaient les païens. La plus abominable des calomnies était l'accusation d'adorer les prêtres par des baisers infâmes. L'attitude du pénitent dans la confession put donner lieu à cet ignoble bruit1. D'odieuses caricatures circulaient dans le public, s'étalaient sur les murs. L'absurde fable selon laquelle les juifs adoraient un âne2 faisait croire qu'il en était de même des chrétiens3. Ici, c'était l'image d'un crucifié à tête d'âne recevant l'adoration d'un gamin ébouriffé4. Ailleurs, c'était un personnage à longue toge et à longues oreilles, le pied fendu en sabot, tenant un livre d'un air béat, avec cette épigraphe : devs christianorvm onokoithc*. Un juif apostat, devenu valet d'amphithéâtre, en fit une grande caricature peinte, à Car-

4. Minuc. Félix, 9. Comp. Tertul., De pœnit., 9, presbytères advolvi; Marti gny, Dict., p. 94 et 264.

2. Jos., Contre ApionAh 7; Tacite, Hist., V, 3; Plut., quœst. conv., IV, v, 2. Comp. Mamachi, Ant. christ. , I, 91, 419etsuiv.

3. Minucius Félix, 9, 28; Tertullien, ApoL, 16; Celse, dans Orig., VI, 30. Sur la pierre de Stefanoni, voir V Antéchrist, p. 40, note.Cf.Matter, Hist.du gnost., pi. vi, n° 106; expl., p. 79.

4. Le crucifix grotesque du Palatin répond si bien aux textes de Minucius Félix et de Celse, qu'on doit le croire des dernières années de Marc-Aurèle. Voir l'Antéchrist, p. 40, note; F. Becker, Das Spott-Crvcifix, 2e édit., 4876 ; de Rossi, Bull., 1863. p. 72 ; 4867, p. 75.

5. Terre cuite du duc de Luynes (au cabinet des antiques de la Bibl. nat.), provenant de Syrie.

thage, dans les dernières années du ne siècle1. Un mystérieux coq, ayant pour bec un phallus «t pour inscription cûthp kocmot, peut aussi se rapporter aux croyances chrétiennes*.

Le goût des catéchistes pour les femmes et les enfants donnait lieu à mille plaisanteries. Opposée à la sécheresse du paganisme, l'Eglise faisait l'effet d'un conventicule d'efféminés \ Le sentiment tendre de tous pour tous, entretenu par Vaspasmos et exalté par le martyre, créait une sorte d'atmosphère de mollesse, pleine d'attrait pour les âmes douces et de danger pour certaines autres. Ce mouvement de bonnes femmes affairées autour de l'église4, l'habitude de s'appeler frères et sœurs, ce respect pour Tévêque, amenant à s'agenouiller fréquemment devant lui, avaient quelque chose de choquant et provoquaient des interprétations ineptes5. Le grave

4. Tertullien, ApoL, 16 : Auribus asininis, altero pede ungulatus, librum gestans et togatus; le même, Ad nat., I, 4 : In loga, cum libro, aller o pede ungulato. Cf. de Rossi, Roma sotL, III, p. 353-354.

Page 1