‹ Marc Fane, roman parisianChapitre 2 sur 14 · MARC KAM · texte numérisé non relu

MARC KAM

toute liberté de volition, Honoré y étant inapte; il fallait l'aider seulement, surtout essayer de lui gagner son pain, lui préparer le champ de bataille.

Et l'oncle était ému de tendresse et de pitié pour ces élans énormes où se brise une jeune pensée confondant son impétuosité de force vive, ses expansions de sentiment, avec les (rames patientes des créateurs.

Enclos de ferronneries, le square de Saint- Médard leur apparut, d'une suavité divine, si vague et où, pourtant, on distinguait les opacités du buis, la toison légère des lilas, un peuplier blanc aux trembleries argentines, le cuir écorché des platanes. A l'attouchement de la brise, une petite rumeur de soie, de métaux laminés, s'élevait, s'abaissait, dans un chuchotis de confidence. Une osmose lumineuse s'épanchait entre les îlots ténébreux du feuillage, des vitres y transparaissaient, et les veilleuses des réverbères ployaient et reployaient leurs ailes palpitantes.

Honoré s'y arrêta, l'âme mariée au chuchotement de la lumière et du son, aux vies minuscules qu'il devinait tapies à chaque recoin, à tout ce qu'un coin de nature a d'élastique, d'ingénieux, de discrètement complexe, à coté de la brutalité pierreuse d'une rue, du cahot lourd des véhicules,

do l'accablanle géométrie des demeures. Il mit sa face contre le grillage, avec une large aspiration de volupté, il regarda, entre les ramilles, la transmutation firmamenlaire : une féerie d'onyx, de dentelles et de porcelaines désagrégées au caprice des forces. L'église de Saint-Médard y infiltra sa strophe de discrète épouvante; les arêtes de la pierre, un cintre, les endettements de la désuétude, une tour informe, par rentrefeuilles, se vêtirent de mystère un peu funèbre, un mystère de trépassés sans gloire, de multitudes humbles ensevelies dans une vieille terre plâtreuse de cité.

— Ah ! murmura Marc, si j'avais un an devant moi, je pourrais écrire mon bouquin sur la Répartition pratique.... je pourrais trouver des adhérents... Que faire, tant que j'aurai ce sale bureau sur le dos... on est idiot après le travail... oh! l'écureuil tournant sa cage !

— C'est vrai ! fit Honoré timidement. Vois-tu, si je pouvais trouver un emploi qui donnât de quoi nourrir toute la famille. .. mais que faire, bon Dieu! Tout est encombré... Pourtant, ajouta-t-il en détournant la tête du jardin, j'ai fait le sacrifice d'un nouveau costume pour faire des démarches... Je continuerai... J'ai de l'espoir!

— Mon Dieu ! soupira Marc, i'âme rapetissée.

Puis, devant le charme écrasant du soir, ses idées virèrent, il balbutia, les bras tendus :

— Il y a du bonheur pour tous!... oh, tiens! ce rien du tout de paysage, ces quelques feuilles... un infini de bonheur en tout, si la croûte de pain n'était pas tapie en embuscade !

— Ah! dit l'autre... le rêve de l'apaisement universel... le rêve de ne jamais rien tuer... que tout puisse vivre heureux... que même les meurtres d'homme à bêle soient abolis... Ah! vieux rêves enfantins... vieux rêves des bons cœurs et des hautes âmes!

Accotés au grillage, ils laissèrent, taciturnes, s'évanouir les minutes.

— Vois-tu, fit Honoré, l'existence des choses... même dans nos grandes villes... oh!... est-ce que, là haut, il ne fait pas large comme l'Océan... et plus varié peut-être... et de nuances plus curieuses?

Marc, comme l'oncle, leva la tête ; tous deux vagabondèrent aux altitudes du firmament, observés avec défiance et goguenardise par deux sergents de ville en patrouille.

— Est-ce qu'il fera beau demain, monsieur? finit par dire l'un d'eux à Honoré.

— Variable ! dit l'oncle gravement.

Aux abîmes du zénith, vint un drame d'haleines,

de rafales chaudes s'écoulant en cyclones, en tornados, de foehns électriques pressant les duvets nébuleux, les frontières ailées des nimbus, les Alpes et les Mésopotamies vaporeuses. A mesure, car la Lune en décours venait de surgir aux assises orientales, il s'effusa, par des effondrements de banquises, dans des gueules diluviennes, sur la compacité des alluvions, dans l'émiettement, les morsures, les abordages des escadres célestes, il s'effusa un charriage de lumière timide, une métamorphose de lueurs fines, des translucidités de coquillage, de chevelures blondes, de chairs du Nord, de pétales de camélia, des phosphorescences d'océan à l'époque fécondeuse, des crêtes de flots, des clartés de prunelles, les resplendissances des métaux blancs et des bijoux pâles, sur des gouffres de coke, des vapeurs iodeuses, des péninsules de tourbe.

Puis, les Forces, plus tièdes, plus subtiles, plus insinuantes, dévorèrent les contrées nuageuses, aspirèrent les montagnes. Une genèse, à travers les cataclysmes, travailla à libérer les étoiles. Deuxhordes de cumulus, toujours moins opaques, sublimés à la bordure, troués de citernes de neige, se transmuèrent en astragales fumeux, en cocons, en écharpes de chenille, en traces de limaçons, en ailes de cigogne, en arborisations, en

crêpes argentins, en bêtes plus blêmes à chaque minute — ours hyperboréens, eiders, hermines. Puis, les trouées accomplies, l'œuvre d'éthérisation triomphante, à peine d'idéales pâleurs agonisant sur le zénith, apparut la demi-lune de soufre sur le cachemire bleu du ciel. L'orfèvrerie de la Couronne se contourna entre la Tête du Serpent et le Pentagone du Bouvier, Hercule entraîna Ophiucus au fond de l'Impondérable, la ronde harmonieuse des arctiques flua sur le cadran du Septentrion, autour de la Tramontane Immuable.

Alors, pendant qu'Honoré rétrogradait vers des tendresses lointaines, vers des fanfares de ressouvenances, telle aventure intime observée parmi les petits enfants, telle manie de Victor ou de Marine, Marc se vit capteur des foules, sauveur des misérables, ayant déterré la formule pratique de FIcarie, et des embryons de discours sonnèrent entre ses méninges, des phrases confuses et relentissantes, tellement qu'il étouffait parfois d'extase et de mysticisme.

Le cerveau de l'oncle, impuissant aux labeurs fixes, en revanche merveilleusement suggestif, éducateur, évocateur de phénomènes intellectuels, avait pétri l'être moral de Marc. Ce que nul livre n'enferme, la transmission nerveuse, les concordances et les discordances de la vibration vitale, l'effort conjugué de deux personnes sympathiques aboutissant à une multiplication d'attention, une griserie de travail, un creusement passionnel de problèmes, avaient, depuis deux ans, ameubli, transorganisé le jeune homme. La misère d'un tel développement, avec la nature volontaire de Marc, la densité d'amour-propre que, en somme, son pouvoir cérébral justifiait, c'était de se sentir si nu dans la grande ville, armé des seules puissances de nature devant l'artillerie de

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la lutte pour l'existence, petit, solitaire, chéti sous les forteresses lourdes du capital. Aussi ne tarda-t-il guère à être de l'Erèbe des déclassés, misérable en proportion géométrique de ses progrès cérébraux. L'oncle, en lui confirmant sa transcendance, en le poussant aux grandes luttes, en accumulant les prédictions d'une œuvre haute à jaillir de Marc, exacerbait innocemment le supplice. Et à perpétuité un cri sourdait du jeune homme, un cri que tant d'intelligences précieuses — tant de monomanes aussi — enchaînées au gagne-pain, hurlent dans la grande ville :

— Etre libre !

Imbu de la théorie des transformations de la Force, les heures asservies à son travail de télégraphiste, il les abhorrait comme un évanouissement d'aptitudes, uji dévorement de ses facultés créatrices par une tâche ignoble. Alors, durant la transmission des télégrammes, au frôlement des touches du petit piano Hughes, sa conception, variable à l'infini, revêtait une certaine réalité nauséabonde et suffocante. Il lui semblait subir un rapetissement, une dégénérescence lente, intarissable de ses facultés, une descente vers le nègre, vers la bête, en proie, à ces minutes, à des arrêts de circulation, une colère farouche, une an-

goisse ténébreuse. Toute espèce de métaphores concordantes à son idée, geôle, in-pace, sépulcre, cloche pneumatique, asphyxie, castration, fréquentaient sa rêverie, et devant quelque cheval de fiacre, quelque insecte expirant sur une vilre, quelque platane rabougri sur un boulevard, il avait des fièvres de sympathies, des pulsations de pitié et des imprécations. Systématiques, toutes ses ruses allaient à flâner au bureau, à tâcher d'occuper des postes où l'encombrement fût rare ; à transmettre lentement, paresseusement, inattentivement, en un mot à refuser Y équivalent mécanique de son êlre. De mois en mois croissait en lui la conscience d'un devoir quasi-saint à carotter l'Etat, à préserver, par toutes les voies, son aristocratie cérébrale. Aussi, déplorable employé, il était la détestation de ses chefs, menait une vie de bouc émissaire. Son malheur s'aggravait encore de ce qu'il arrivait trop tard ou s'absentait fréquemment, malgré qu'il connût l'imbécillité d'un tel calcul, chaque minute ainsi volée se payant en terreurs, en lâchetés, en mensonges.

Sa théorie comportait toute sorte de motifs supplémentaires pour le désespoir. Ses deux ou trois heures quotidiennes de lecture et d'étude il les évaluait au-dessous d'un temps égal d'homme

libre, outre que les résultantes en étaient de qualité moins fine et que l'effort anéantissait, anémiait telles virtualités de tempérament, hâtait la suture du progrès. Lorsqu'il y songeait au lit, il se levait debout, dans l'ombre, il hurlait des anathèmes :

— Boîte d'abrutis!... Maudite! Pourriture! Pourriture!

Sur les trottoirs, aux cafés élégants, il trépidait de jalousie à voir des créatures à cerveaux pauvres, des mendiants intellectuels, des roturiers de la Pensée, possédant, eux, le suprême délice de l'Indépendance, la possibilité de diriger leur Etre selon les aptitudes naturelles. Et tel jeune homme, aux vertèbres derachitique, à l'œil morne de tortue, attardé devant quelque apéritif, un être plus papou qu'aryen, l'emplissait d'horreur, lui gonflait la poitrine d'un sang de tempête.

Avec plus de patience, Honoré partageait la douleur du jeune homme, comme lui admettait qu'une haute cervelle, à l'âge de Marc, perd des trésors de développements à être entraînée aux labeurs servîtes.

Spontanément, irrésistiblement, chaque soir, tous deux reprenaient le psaume de révolte, la lamentation monotone de leur impuissance.

En harmonie sur ce point, quelques diver-

gences existaient entre le neveu et l'oncle à propos de l'œuvre à choisir, mais ces divergences, celui-ci les exprimait avec une limidité et une délicatesse extrêmes. C'est que, malgré la captivité du télégraphiste, depuis quelques mois ses idées naissaient, tendaient vers la sociologie — théorie et pratique. — L'oncle aurait peut-être préféré quelque rêve de science, mais son épouvante était telle de briser une direction chez le jeune, qu'il se taisait, arrivait même à admettre la possibilité d'un haut travail sur cette roule. Après le dîner, souvent, au foyer ou en promenade, il écoutait, il poussait des arguments, se délectait à voir l'esprit actif du neveu franchir les obstacles. Toutefois il souriait à l'immensité de tel projet, tellement certain d'une réduction future au centième !

Pourtant dès lors, par l'influence d'Honoré autant que par atavisme, Marc possédait une notion lucide du temps. Négateur des coups de miracle, niant le saut pour une masse humaine ainsi que pour la nature, il exécrait les idées révolutionnaire, plein d'horreur contre les holocaustes de barricades. Non que, trop jeune, il ne s'exagérât encore les vélocités possibles de certaines progressions sociales, les influences prodigieuses de quelque programme ou de quelque homme-

messie, mais du moins ne voulail-il, comme réformes immédiates, que les résolutions de tels problèmes selon lui mal établis et qui ne touchassent pas d'emblée à l'individualisme ni au mode de propriété contemporain. Puis, vague encore, quoique éclairée par les objections tranquilles d'Honoré, il élaborait une conception très vaste. Partant de la croyance qu'une évolution aussi rapide que l'est le socialisme, depuis 1871, parmi les races celto-germaines, doit fatalement aboutir à une issue sanglante, si d'au 1res forces que le radicalisme français et anglais ou le progressisme teuton ne lui sont opposées, il rêvait la transition qui pût humaniser les péripéties.

En France, un parti transformiste (au delà du radicalisme) inscrivant à son programme une série matérielle et positive de réformes, ainsi que trois ou quatre lois restrictives An pouvoir individuel de capitaliser et, partant, de transmettre héréditairement, un parti respectueux du personnalisme intellectuel et créateur, semblait à Marc la voie normale, la note harmonique à opposer au collectivisme régimen taire. Un tel parti, négligeant, par système, laissant tout entières aux radicaux des questions telles que la séparation de L'Eglise et de l'Etat, la suppression du Sénat et de

la Présidence entrerait en lice avec deux ou trois points scrupuleux, immuables. En mobilisant l'opinion populaire, en la massant, en l'opiniâtrant sur ce peu de matière définie, forte et réalisable, sans jamais s écarter sous prétexte tactique, du Delenda Carthago, Marc croyait que le collectivisme révolutionnaire reculerait vers sa position perspective, k Tarri ère-plan, jusqu'à l'heure très distante où l'homogénéisation d'Etat des intérêts matériels ne se dresserait pas en obstacle à l'originalité, à l'hétérogénéité des êtres, indispensable à une haute civilisation. Non que le jeune homme ni Honoré refusassent d'admettre une forme d'humanité où le grossier appât du capital sombrerait devant des considérations plus nobles, des acquêts moins sauvages et plus moraux ; non, surtout, que le problème posé par le collectivisme ne leur parût une algèbre simple et à la portée de cerveaux moyens, mais ce problème, tout mécanique, qu'était-il devant la formidable barrière opposée par l'instinct de la bête humaine, par l'éducation des siècles et par les puissances de l'atavisme? Puis encore, que représentaient dans la progression humaine, les masses simplistes et les chefs unilatéraux du collectivisme, incapables de concevoir la diversité des besoins de l'homme, embarrassés à ces absolus par où le marxisme

contemporain participe encore tant de la barbarie des Saint-Just et des Marat.

La conception du parti transformiste de conciliation avait entraîné Marc à un acte qui terrifiait l'oncle. Frappé de la tactique du Praticabilisme, de son évolution vers les voies parlementaires, le jeune homme avait osé croire que c'est là qu'il trouverait le noyau du nouveau groupe. Tôt ou tard, une duplication s'y ferait, en révolutionnaires et évolutionnisles, mais celte duplication, retardée par des routines, de vieux serments, il la fallait hâter, il la fallait faire en temps pour enrayer sûrement le cataclysme que, sans cela, Marc jugeait inévitable. Résolu dès lors, téméraire selon l'oncle, il s'était affilié à un groupe praticabiliste du Xe, où il se contentait provisoirement, de développer des théories économiques. Dès l'abord, par le charme de sa voix, la facilité de sa parole, une certaine tolérance d'altitude, une grâce à demander l'avis de chacun, il acquérait des sympathies. En des réunions contradictoires, il connut l'applaudissement des mains calleuses. Assez solide, sous son apparence svelte (et l'ayant démontré), extrêmement opiniâtre, il imposait du respect aux natures batailleuses. Trop jeune pour ne pas hyperboliser ces menus triomphes, il y voulait voir une première étape vers le but, tan-

dis qu'Honoré, au rebours, craignait, ou que Marc ne tut en partie engîobédans les voies révolutionnaires, où qu'il ne marchât à quelque âpre et douloureuse défaite ; pourlant, il ne pouvait nier que, historiquement, des personnalités aussi jeunes, moins imbues de sens pratique, moins conscientes de la durée des choses, n'eussent abouti à plier des masses humaines à leur vouloir. Celte idée le fit céder au jeune homme avec la restriction mentale de combattre les sous-projets téméraires à mesure de leur éclosion.

En réalité, Marc touchait de plus près à un rôle positif dans le parti qu'il ne l'imaginait luimême : des événements se combinaient pour le pousser à la rampe.

Vers cette époque, Garoulle, le chef occulte du Pralicabilisme, commençait à perdre beaucoup des avantages obtenus sur Digues au congrès de Loganne et la lutte éternelle des deux adversaires se ravivait, redevenue très âpre. Victorieux, presque autocrate à la Clameur populaire, organe dont la prédominance, depuis la chute du Combat, était sans conteste, en province comme à Paris, Digues voyait son noyau s'élargir el Garoulle, très inquiet, frappé soudain de l'insuffi-

sance de ses orateurs — (dont il était cause, ayant toujours abattu les plus éloquents) — cherchait de nouveaux auxiliaires. Dans ses pérégrinations à travers les clubs, Marc Fane l'étonna par la sonorité de sa voix, l'absence du balbutiement, le mélange du syllogisme à Fépithète. Il le jugea capteur d'auditoires, retourna deux ou trois fois l'entendre et, tenté par la facilité qu'il aurait à payer de mensonge et de flatterie un tout jeune homme, il s'abandonna par degrés à lui ourdir un rôle.

Un samedi que Marc, dans une grande réunion contradictoire à la salle de la Gaîté, avait prêché sur le thème de l'Éducation socialiste, morigénant les travailleurs de leur indolence à l'étude pratique, osant aller jusqu'à dire que leur cause ne pouvait aboutir sans tolérance et sans examen scientifique, Garoulle fut spécialement conquis à l'adresse dont le jeune homme écarta un début de tempête par une péroraison de phrases résonnantes autant que confuses. Et iorsqu'il rentra chez lui, tandis qu'il s'essayait à lire quelques notes, deux ou trois fois, le nom du jeune homme lui jaillit des lèvres :

Puis, il resta rêver à la bataille prochaine avec le vieil adversaire. Comme toujours, Digues at-

laquerait. Il agirait sans discernement, avec précipitation, plein d'insolence et d'orgueil.

— Et il se cassera les pattes! marmonna Garoulle, grelottant, la respiration avivée, pendant que s'écoulaient en ordre, dans sa mémoire tenace de stratège souterrain et de pétri sseur d'êtres, des combinaisons nombreuses autant que monotones, car il n'abusait pas de la complexité, agitait deux ou trois fibres à peine, mais profondes, de la bête humaine.

Il avait de Digues la peur qu'on a des forces inaccessibles à sa propre organisation. Vaincu, l'autre ne se retremperait-il pas indéfiniment une popularité?

— C'est un blagueur !

Garoulle ne se berna pas de cette épithète. Il admit immédiatement mieux que de la blague, mieux même que de l'éloquence à Digues. Et les mots « intelligence, logique, volonté », voguèrent en lui, caractérisant l'autre. Son cerveau se choqua d'un terme plus vaste: «génie». Ah! non, jamais! Une boîte à idées remarquable, sans doute, mais.. .

— Remarquable !...

Là-dessus, froncé, trépidant de jalousie, il désira soudain mieux qu'une victoire : la mort de Digues. Sans honte ni épouvante du souhait, il le savoura. Ah! le chenapan... mort!. Puis, devant

l'inanité du rêve, après des retours, il en eut la déception fatale, détesta Digues plus formidablement. Sous sou crâne en sueur, la personne de l'adversaire s'incarna, fut le maximum de ses sensations. Il contemplait la silhouette effilée et haute, à la tribune, sa gymnastique aride, trop de salive aux lèvres, il entendait l'épi Lhèle « imbéciles » ramenée en tournant des phrases, les affirmations de l'autre, dures et dogmatiques, son argumentation forte (étant admises les prémisses), ses larges colères. Alors, la haine, le fond de sa nature, surmonta Garoulle, le mit debout, les nerfs surchargés, avec la vision d'un aérolitho croulant sur le crâne mi-chauve de Digues, faisant jaillir la cervelle comme une pulpe de noix de coco.

Presque aussitôt, une nouvelle idée, souvent apparue, se rua parmi les autres, les domina: un être qui serait exactement factotum de Garoulle, en tout soumis à ses vouloirs et qui aurait l'influence oratoriale de Digues ! Un jeune, déterré de la misère, élevé à la brochette, secouru d'argent et d'influence, soudé à son découvreur. Comme à d'autres pauses d'âme, l'idée décrut, parut romanesque et, après avoir électrisé Garoulle, le rembrunit : celui-là aussi se métamorphoserait en rival.

— Oui, mais tenir les armes pour le pulvériser à la première menace !

Garoulle projetait son crâne avec, derrière les lunettes, son regard de dominateur, d'une pertinacité sournoise. Puis, sans qu'il se rendît compte, tout son encéphale vira, des impressions surannées, sans lien, éveillées à l'aventure libérées sans doute par une lassitude, défilèrent avec de merveilleuses délices. Il eut sa minute de vaguerie et de désintéressement. Telles heures de vermouth, le souvenir mystique de brochures adorées à l'âge fou, certaine vision de repos que les plus belliqueux reprennent à travers le tumulte et qui, pour tous, déborde d'ombres, de pressentiments de projets plutôt que de projets réels, mais surtout un banquet de la vingtième année, avec quatre amis, dans un arrière-restaurant où un nommé Gabalot avait crié :

— Garoulle sera rouleur d'hommes !

Ces choses fluèrent en lui, ornementées par la magie du moment, et la remembrance du banquet le piqua d'une envie de cognac. Il alla prendre une bouteille sur l'étagère, but à môme, grommelant :

— Revenons à nos moutons !

Il n'y put revenir tout de suite, accroché à des

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bribes de discours, en demi-teintes, la face pleine de malices. La Révolution. Il s'en fichait! Pourquoi n'avoir pas joué ses talents sur une autre roulette? Il aurait réussi partout! Oui, mais la malchance des compagnons choisis vers la vingtaine..., une crise de foi... puis, le pli de l'habitude et le hasard. Oh ! le hasard, le calcul fait en dehors des choses qui viennent se lier à travers l'espace, si mystérieuses!

— On est roulé quelque part... On prend feu, on se lie les pattes... patience !

Il s'arrêta rêveur, incommodé du chaud, puis tira large ouverte la croisée, s'affaissa sur l'allège, indolent, avec un petit rire de plénitude. Tiens ! s'il aurait réussi partout ! Mais quoiqu'il tentât de se figurer un autre terrain de bataille, il revenait toujours au sien, à Digues, voyait mais ne sentait pas de victoires aussi chères cà remporter que dans l'ambiance révolutionnaire. Puis, le Praticabilisme aboutirait à une extrême-gauche parlementaire ! D'étape en étape, le parti n'avaitil pas évolué vers la politique ?

Ses idées dévoyaient encore, surabondantes, heurtées les unes aux autres dans le hasard d'une paresse piquée d'alcool. Sa personnalité envahit l'avenir, anéantit les obstacles; le gamin à projets, toujours vivant au fond des plus graves et

des plus pratiques, bondit dans Garoulle. La crédulité lui vint, la joie du prodige, une abondance heureuse d'imagination qui le plaçait au haut de la victoire. Il ne se fichait plus de la Révolution, il la voyait guidée par lui, rien que par lui. Digues était mort (ou fou, ou frappé d'idiotisme) le monde marchait merveilleusement, prosterné devant Garoulle.

Cependant, dehors, sur les jardins, les ténèbres se dentelaient de pénombres fluides, variables selon le remuement des arbres. Les milliards de folioles s'entrefroissaient avec des rumeurs d'élytres, avec des pauses, des reprises en basses, chromaliquement enflées, déferlantes. Le charme se multipliait d'une notion d'innocence et de fécondité, d'une pensée de labeur atomique, inlassable, indéfini, de superpositions adorables de corpuscules se renouvelant des entrailles du sol jusqu'aux ramifications grêles des feuilles.

Garoulle, très rustre aux analyses de nature, pourtant y perçut une face du menstrue universel, en respira avec une volupté brusque le parfum électrique. Un peu loin, un lampion transsudait d'une tonnelle, peignait des murailles diaphanes de végétation, une architecture infiniment délicate, à myriades de meneaux. Des tremblements blêmes glissaient dans les pertuis d'un

arbre voisin, s'évanouissaient avec une beauté frêle. A droile, au fond, au sommet d'une maison, une lampe très grosse vivifiait une baie de fenêtre entrouverte. Par intervalles, une ombre de femme l'interceptait, encreuse, avec des gestes colossaux. Quelque chose sifflait, perdu dans l'horizon vaste. On apercevait des astérismcs apparus entre des îles nuageuses. Il vacillait, par delà le Bouvier, une étoile de laiton pâle où la prunelle inexperte de Garoulie se posa de préférence sans savoir que ce fût une planète.

Il était diablement fatigué. La vie perdait tout contour, le monde des idées charrié languissamment, au hasard, comme des semences de séneçon dans une brise lente. Par instants il se raccroebait à quelque effort logique, emmêlait au hasard Digues, les clubs, les frondaisons du jardin. L'espace d'une seconde il retournait un vieil argument démodé, pensait à sa sœur morte depuis si longtemps, et à un nommé Marignan, un type qui portait des chemises sans col.

— Ah ! non, pas encore !

Et il se mit debout, marcha trois pas lourds. Alors le nom du début lui revint.

— Fane... Marc Fane... ? Il ne parle pas mal, ce jeune homme... il parle bien...

11 se secoua, sans pouvoir bannir le sommeil,

avec la manie de marmottement que certains ont pendant les luttes pour la veille :

— Si je le découvrais !... Si je le découvrais!... Mince !

Il répéta:

— Mince ! mince ! sans raison, pour parler. Puis, brusque, il se cria une goguenardise. Le

sommeil s'en allait, il fut allègre et puissant, logique. Le labeur du commencement reprit, le souvenir de combinaisons rationnelles, la création de trucs à l'usage du parti. La vision des choses extérieures anéanties, l'homme d'Etat revint, cru, dur, plein de mépris et d'orgueil, léger en scrupules, visant droit aux conclusions. Deux choses dans les six mois à venir : emporter la Clameur populaire et soumettre le parti à l'adjonction des éléments cérébraux, obtenir que la doctrine des Mains calleuses, mise en avant par Garoulle même, fut biffée du programme praticabiliste.

Assis, le regard interne, comme aveugle, ses facultés se massaient sur des dédales d'intrigues, une algèbre de tripotages. Un fourmillement, par intervalles, partait de ses lèvres jusqu'aux sourcils, à des heurts de volonté dont il avait l'impression presque aussi exacte que s'il avait eu les individualités à conquérir devant lui. Ah !

combien durs les effacements de sa personnalité devant les opiniâtres qu'il fallait convaincre goutte à goutte, en qui la petite plante mettait des mois — des mois de soins prodigieux et prudents ! — à croître. Puis, les autres, les spontanés, les orgueilleux qui tiennent à avoir eu Vidée, devant lesquels il fallait jouer un rôle d'induction, raser, aplatir sa volonté et faire germer à leur insu les projets, faire croire qu'ils en étaient les inventeurs ! Puis, les honnêtes, les imbéciles pourvus de petites idées souffreteuses, mais si raides, si âpres à défendre leurs misérables couvées ! Ceux-là conquis, restait toute une population flottante d'indécis, de vouloirs instables, les plus imprévisibles vanités, les révoltes de timides, brusques et terribles, les points d'honneur insoupçonnés, les éveils demonomanic, tel humble qu'une transmutation d'âge fait soudain fou d'ambition, tel, esclave jusqu'à la péripétie, qui refuse le bond final et se cabre I

Pourtant une impression de puissance enfla Garoulle, il eut la vue d'ensemble des réalisalions : la moitié des groupes presque asservis à ses nouveaux projets et trois membres sur cinq du groupe central. La haine avait, comme toujours, fait les grands trous. La corruption, la flatterie, tout n'a qu'un temps. Tandis qu'en les

faisant se détester, toujours, partout... Et il rigola :

— Une révolution, eux! Ils se couperaient la tôle dès le lendemain !... Jamais ils ne s'entendent cinq minutes pour une besogne pratique...

Et il ajoula :

— Pourtant, Moi...

Une raillerie de Malorme lui ricana dans la mémoire, lui gâta son ascension: au sortir d'un groupe où Garoulle avait catéchisé, soufflé la leçon syllabe à syllabe, l'autre goguenardait:

— Ces triomphes-là ! . . . Ah ! non que je ne les envie pas... quels toutous!

Mais Malorme se rendait-il compte de la fluidité des hommes?

— La critique est aisée ! ricana Garoulle, d'un air de maître d'école...

La phrase de Malorme se dissipa dans l'élan du cerveau vers le labeur et Garoulle songea au vouloir le plus cristallisé de tous : Germane. Ah! celui-là conquis, c'était le vole sûr! Dix minutes durant il resta à tourner autour de Germane, plein de mépris (car c'était un pauvre hère intellectuel) mais plein de crainte aussi. Il ne trouva rien, acharné aux manœuvres anciennes, tellement qu'il se lassait, se fiait au hasard, à l'inspi-

ration. Cette fois, d'ailleurs, le sommeil survenait, invincible, lui soudant pesamment les paupières, et il se coulait au lit murmurait de nouveau, obsédé, le nom de tantôt :

C'était la nuit, à l'heure d'accalmie, au bureau central. Un seul manipulateur Morse vibrait dans le silence. Il flottait une méchante poussière charbonneuse, une senteur de calfeutrement, écœurante, d'huile, d'hommes, d'encres à imprimer, de paperasses. Plusieurs télégraphistes dormassaient sur des paillasses. Les gaz palpitaient, à flammes surbaissées. Quelques Morses, leurs corps de cuivre et de verre, leurs rouages graciles, les bobines vertes des électro-aimants, le bizarre manipulateur et la petite armature de fer doux, organes de la parole télégraphique, faisaient une méthodique à la fois et fantasmagorique machinerie, une machinerie de l'Ere nouvelle jaillie du phénomène minuscule observé par les Anciens et restée tant de siècles dans le

sommeil de l'Inconnu ! Des Hughes massifs, leurs gros rouages, la verge, la boule du synchronisme, leurs petits claviers de pianos, avec la haute chaise de l'opérateur, la table basse du colleur, étaient les symboles de ce que peut la mesure, l'équation des vitesses à travers la distance.

Cependant, le petit manipulateur battait toujours ses longues et ses brèves, un battement uu peu las, et l'employé arriva à finir sa dépêche. Il y eut un court intervalle, puis, plus délicate encore, la petite armature réceptrice se mit à palpiter irrégulièrement, à écrire un télégramme. La bande roulait, les points et les barres bleuâtres passaient sous la prunelle mi-endormie de

l'employé — — . . — ... . — — . — .— .

. — . . .. etc. Puis, le silence,

rien que le ronflement des hommes et des gaz.

Cependant, au fond de la salle, sa belle tête blonde entre les mains, Marc Fane rêvassait devant une lettre, un mot complimenteur de Garoulle, que, depuis la veille, il savourait comme un miel de gloire, dans une délectation vaniteuse, à lui faire venir des larmes de gratitude. Dans son être cérébral, il subissait l'idée d'un Garoulle autre que l'homme d'Etat équivoque, il rêvait l'alliance, une possibilité de convaincre,

plus tard, d'entraîner le « leader ». Mais, plus que tout, une volupté de triomphe prédominait une commotion physique persistante. Le lourd bureau enténébrait seul son allégresse. Ah ! seigneur ! pas une joie pleine 1 Quand donc l'heure sonnerait-elle? Quand la destinée ouvrirait-elle, pour lui, le grand horizon de l'Etude sans limites, du développement intégral des facultés? Avec des bâillements d'ennui, le front caché sous ses cheveux, il gronda des termes de mépris. Oh ! cent fois préférable la vie d'un Arrapahœ que celle du civilisé condamné aux prisons morales, du Tantale désespéré devant les infinis de la Science et de la Philosophie, les Paradis délectables de la Connaissance !

Il se secoua avec l'impression qu'il était un pauvre bœuf de charrue, puis, le mot « Arrapahœ » répété éveilla toute une imaginerie d'aventures naïves. Et, à celte heure, au milieu de la salle insonore, son esprit galopa par des solitudes. C'était, en une clairière, un grand étang au bord duquel Honoré et lui reposaient délicieusement, et les branches tremblaient sur le bleu noir céleste, sur les deux Chariots. Le zénith se pouvait voir, renversé au fond de l'onde. Des bêtes se lamentaient au loin, dont ils ne craignaient aucune, à cause de leurs bons fusils

et de leur tir infaillible. Le vent ressassait une lilanie soupireuse, le roman nocturne s'entrecoupait des petites lanternes du lampyre suspendues aux cordelles des buissons. Eux s'oubliaient, négligeant, malgré le grizzly et le jaguar, d'allumer le brasier de branches mortes, libres et bons, ivres du haschisch de la grande Ténèbre.

Les artères de Fane accélérèrent leur va-etvient de piston, et ses yeux, fixés sur les murailles poussiéreuses, marquèrent quelque chose de plus beau que les plus énormes triomphes des âges suivants : une intensité de foi et d'amour, de poésie, de nature, d'amitié, jaillissait de sa charmante jeunesse. Mais secouant sa tête, ses puissants cheveux blonds, il se leva. Il épiait avec un glorieux dédain les employés endormis, les narines tremblantes, les bras croisés, allant à pas légers entre les rangées des tables. Il arriva à l'autre bout de la salle devant une fenêtre ouverte. L'air frais entrait, délicieux ; il y plongea sa tôle avec un sourire et, accoudé, se mit à regarder passionnément la perspective courte, bornée par des façades ; invisible, un tuyau se déversait, ruisselait, et le joli bruit d'eau créa dans Marc l'illusion du Rio-Gila coulant à travers le pays des Àpaches, sous les dômes de lianes, dans le calme divin du soir.

Une voix retentit :

— Hé! on gelé ici !... Est-ce que vous allez fermer celte fenêtre, vous là bas !

Il rentra dans la salle, ferma la croisée en murmurant :

— Tas d'étiques !

Mais l'interpellation avait brisé le poème et sa monomanie reprit, l'épouvante de ne pas remplir sa fonction en ce monde, la fureur de se croire un cerveau puissant et inutile. A ce stade de pensée, le billet de Garoulle, au lieu de consolation, obscura encore sa tristesse. Des idées de suicide grouillèrent en lui ; il se vit dans la Seine, la tête en bas — sa lourde tête! — une eau poissonneuse et pourrie lui brisant les poumons.

— Oh ! grommelait-il, s'emplir le crâne de belle science... x\cquérir et créer des idées nouvelles, toujours, toujours!... Oh, comme je me laisserais volontiers scier un bras par le Shylock qui me donnerait dix ans de sécurité !

Si, du moins, son esclavage comportait la grandeur d'un sacrifice, si sa résignation pouvait être de quelque utilité à la grande famille humaine, hélas ! Mais non, tandis qu'il parcourt son cycle de tourne-meule, des myriades de créatures saignent en France, de l'abominable cbô-

mage, le ventre creux, des myriades de créatures dont tous les désirs convergent vers quelque tache mécanique qui leur dispense le pain quotidien !

Et l'Ulopie de Fane, à travers son navremenl, son Utopie de haut Arya, émanée d'une surabondance optimiste de vie, silla par sa chambre obscure, la fin de l'âge des Richesses mort devant l'âgé de l'Intellect, les grandes luîtes concentrées sur l'Art et la Science, la force positive des Créateurs substituée à la force grotesque des Rusés.

— Est-ce donc si difficile !

Oui, hélas! horriblement difficile!... Tout à la fois sauver la complexité, sauver la spontanéité de chaque cerveau, et cependant unifier la production générale, tout à la fois arriver au collectivisme du Travail et sauvegarder l'individualisme de l'Invention... Oh! que de temps, mon Dieu, que de temps!... Il eut peur, et frissonna; il vil le gouiïre de misère plein de faces pâles. Où donc le sauveur?

— Si c'était...

Vague chuchotement, promesse suave autant qu'enfantine, où Marc s'abîma, mais qui, par induction, immédiatement ramena l'idée de ser-

— Hasards... héritages»., lolerie... Oh! ma lolerie à moi !...

Les bras horizontaux, il bâillait, il soupirait et ses idées virèrent. Il revit un chardonneret, une pauvre petite femelle qu'il promenait aux frontières de la ville natale, attachée sur un perchoir, puis un monsieur à grande cravate qui, vers la quinzaine, lui ressassait des goguenardises de Pigault -Lebrun sur la Bible : « Ordre de Jéhovah » au prophète Ezéchiel de dévorer des excré- » ments. — Le roi David, ayant osé le dénom- » brement de son peuple, l'Eternel extermine » soixante-dix mille Israélites qui n'avaient pas » môme dénombré leur basse-cour. — Il est en- » joint au prophète Osée d'épouser une femme » débauchée et de prendre une femme adul- » tère. »

Et des exhortations du Monsieur susurraient en Marc: « Le ciel n'est qu'une gendarmerie... le » bien par terreur... il faut être honnête sans » menaces... Socrate, Zenon... »

Et il vit Socrate flanqué à la porte du télégraphe, errant au long des boulevards extérieurs, prêchant les souteneurs et arrêté pour vagabondage. Cependant Bidel et Pezon, emmêlés, chassaient de sa tête Socrate; il vint une odeur brutale, un rugissement, des : « Allons la Gran-

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