DEUXIÈME PARTIE
— Ah ! misérable ! m'écriai-je avec violence, misérable que je suis!
Et je sortis précipitamment sans prendre congé du digne médecin qui me regardait d'un air stupéfait, ne comprenant rien à mes actions, ni à mes paroles. Moi, j'étais en proie aux plus dévorantes pensées.
Ma mère avait deviné d'où venait cet argent, et s'était laissée mourir de faim à côté.
Enfermé dans la chambre qui l'avait vue s'éteindre dans toutes les angoisses de la misère et de l'abandon, je passai une nuit horrible.
Quelle nuit, mon Dieu ! je frissonne encore d'y penser.
Le lendemain matin, je repris éperdu la route de Paris. J'avais besoin de pleurer dans le sein de la femme que j'aimais la mère qui m'avait tant aimé ; je cherchais un refuge contre moi-même j je voulais demander à la cause de mon crime la force d'en supporter la pensée 5 j'espérais... je n'espérais
rien ; mais il me fallait la présence d' Agathe.
La soirée était déjà avancée quand j'arrivai à Paris. Je courus chez moi, pour prendre la clef que m'avait donnée Agathe, et de là au jardin de l'hôtel. Je cherchai en vain à ouvrir la porte : la clef n'entrait pas. En regardant avec attention, je vis que la serrure avait été changée.
Un doute affreux traversa mon esprit. La serrure avait-elle été changée à l'insu ou contre le consentement d'Agathe ? Ou bien était-ce elle qui avait profité de mon absence pour m'ôter au retour le moyen de pénétrer en secret auprès d'elle ?
Ce doute , je résolus de l'éclaircir sans délai. Il était trop tard pour que je pusse me présenter à l'hôtel. Mais le lendemain, après une nuit sans sommeil , j'allai dès le matin me mettre en faction au coin d'une rue voisine pour guetter la sortie du baron. Au bout de plusieurs heures d'attente , je le vis sortir. J'entrai aussitôt, je demandai à îui parler, et, le valet de chambre m'ayant