DEUXIÈME PARTIE
sarder. Il me salua d'un air triste, et me montra le cimetière de la main. Je compris: ma mère était morte.
Morte par ma faute, morte sans m'a^oir revu !
L'abbé Pascal s'arrêta, étouffé par les larmes. Ce fut seulement au bout de plusieurs minutes qu'il put reprendre son récit :
— J'allai m'agenouiller sur cette terre encore fraîche qui recouvrait tout ce qui restait d'elle. J'y pleurai jusqu'au soir. Quand l'heure fut venue de fermer le cimetière, on me fit lever et sortir. J'allai voir le vieux médecin, et je me fis conter tous les détails.
Pendant le peu de jours qu'avait duré la maladie de ma mère, elle n'avait cessé de parler de moi. Elle m'attendait tous les jours, à tous les instants. Chaque fois qu'une personne entrait dans la maison : « Est-ce lui? » disait-elle. Mon nom était le dernier mot qu'elle avait prononcé. Après sa rtiort, on trouva sous son oreiller ma dernière lettre, toute ft^oissée et tachée de larmes.
Quant aux causes de sa mort, il n'y en avait, me dit le médecin, pas d'autre que l'épuisement.
— L'épuisement! m'écriai- je.
i'r.'— Oui, reprit-il. Je crus d'abord, je vous l'avouerai, que c'étaient de rudes et récentes privations qui l'avaient amené. Je craignais que vous n'eussiez pas bien fait vos affaires à Paris, et que madame votre mère, égarée par l'excès d'une fierté du reste très-honorable, n'eût mieux aimé souffrir en silence que de faire un appel à l'obligeance de ses amis. Mais je fus bientôt détrompé, et je ne sais plus du tout à quoi m'en tenir. En faisant une fouille générale dans la maison pour mettre vos papiers de famille à l'abri de la curiosité, j'ai trouvé dans un tiroir de commode cette bourse pleine d'or.
En disant ces mots, il me présenta la bourse que j'avais reçue d'Agathe et envoyée à ma mère. Je me mis à compter l'or avec un empressement fiévreux. Les mille francs étaien.1 intacts.