‹ Marcel (volume 2)Chapitre 11 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

fait la réponse que j'attendais, à voir mademoiselle pour une affaire qui ne souffrait pas de retard. Le valet de chambre me quitta pour remplir son message et revint au bout d'un instant m'annoncer que mademoiselle, à son grand regret, ne pouvait me recevoir en l'absence de son père. Cette réponse que j'avais prévue ne fit qu'aggraver mes soupçons et irriter mon impatience. Je demandai la permission d'attendre le baron. Le valet de chambre, qui me connaissait, s'empressa de m'introduire dans le salon où il me laissa seul. Dès que le bruit de ses pas se fut éloigné, je me dirigeai vers la chambre d'Agathe dont je connaissais parfaitement la situation.

J'entrai brusquement. La fenêtre qui donnait sur le jardin était ouverte. Penchée sur la traverse de fer, Agathe semblait écouter. Au bruit que je fis en fermant la porte, elle se retourna. Elle était très-pâle. Elle ne put, à ma vue , retenir un mouvement de surprise y mais elle le réprima aussitôt et se di-

rigea vers la cheminée, le long de laquelle pendaient les cordons de sonnette. Je lui barrai rapidement le chemin, et, la regardant en face :

— Que vouliez-vous faire? lui dis-je.

— Sonner , me répondit-elle d'une voix altérée, mais sans baisser les yeux.

— C'est à la fois inutile et imprudent , répliquai-je. Vous n'avez aucun reproche à adresser au domestique. Il a fait son devoir, en m'annonçant votre refus de me recevoir.

— Alors, reprit-ellCj comment êtes-vous entré ici ?

— Par la ruse, pour la première fois, et Ton ne m'en fera sortir que par la violence. Ne faites donc pas de bruit, si vous voulez éviter un scandale, et causons.

Elle sembla hésiter quelque temps sur le parti qu'elle avait à prendre, puis tout à coup elle me dit résolument :

— Eh bien ! que me voulez-vous ?

— Ce que je vous veux?

Je m'arrêtai à mon tour, étourdi par la

Page 1