TROISIÈME PARTIE
l'opulence, privée dès ses plus tendres années du bienfait de l'autorité maternelle, abandonnée par la tendresse frivole de son père à la direction d'une parente en qui revivaient tout entiers le scepticisme et la corruption du dernier siècle , accoutumée à voir ses fantaisies réalisées sans retard et sans appel, sans cesse encouragée par la faiblesse des uns et par la bassesse des autres dans ses tentatives de despotisme, la jeune fille avait appris de bonne heure à suivre en liberté toute la fougue de ses penchants et à ne mettre à l'exercice de sa volonté d'autre borne que sa volonté elle-même. De là étaient résultés à la fois, par une fatale conséquence, un développement excessif de sensualité, un dérèglement chronique d'imagination, une mobilité plus que féminine dans les idées, ot une prédominalion absolue de l'instinct sur la réflexion. L'accueil qu'elle trouva dans la société n'était pas fait pour rien changer à sa manière de penser et d'agir : pas un salon où elle ne se vît au
moins aussi adulée que dans la maison paternelle; le monde léinoigne aux riches héritières une indulgence inépuisable, sauf à s'en dédommager en arrière par l'épigramme et quelquefois par la calomnie. Du reste, il faut le dire, Agathe avait assez de séductions pour se concilier des juges moins prévenus que ceux auxquels elle avait affaire, et savait rendre facile la tâche de ses admirateurs : un charme iudéfinissable et irrésistible répandu sur toute sa personne , la grâce naturelle qu'elle mettait à la moindre chose, sa facile gaieté, les saillies d'un esprit imprévu et piquant que tempérait une bienveillance superficielle mais inaltérable, tout, jusqu'à la naïveté de sa coquetterie, contribuait à la faire bienvenir dans ces congrès de la mode, où le plaisir est le premier des besoins, le respect des convenances le plus sérieux des devoirs, el où la beauté des apparences snlfit à un enthousiasme qui s'allume el s'éteint avec les lustres. Comme chez, elle il n'y avait que le