‹ Marcel (volume 2)Chapitre 101 sur 128 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

fond de vicieux et que la forme était irréprochable , elle eut un succès immense : son orgueil primitifs'en accrut encore; idole saturée d'encens, elle s'habitua à regarder les hommages comme le payement d'une dette , et finit par s'associer à cette adoration générale dont elle était l'objet. Dès lors ses atïections n'eurent plus d'autre raison de durée que son engouement, et les nécessités de sa position du moment devinrent sa seule règle de conduite.

Pendant quelque temps, elle s'en tint en amour à de légères escarmouches, s'amusant un instant des sentiments qu'elle inspirait, connne un chat joue avec une souris, et les tuant ensuite d'un coup d'œil. La finesse de son tact lui faisait deviner le peu de valeur des gens auxquels elle avait affaire. Dans tous ces hommes vêtus du même habit, riant du même sourire, marchant du même pas, saluant de la même manière, elle ne voyait qu'une collection de mannequins uniformes, et leur phraséologie stéu. 15

léotypée ne retentissait à ses oreilles que comme une mélopée vulgaire et monotone.

Après les avoir regardés manœuvrer, après les avoir écoutés chanter un instant, elle détournait la tête et s'occupait d'autre chose. On n'impressionne ces vigoureuses organisations qu'en les frappant avec force, et il ne s'était encore présenté sur le passage de la jeune fiile aucune physionomie assez caractérisée pour fixer son attention.

Enfin elle vit Pascal. Les circonstances romanesques de sa rencontre avec lui avaient vivement ému son imagination, déjà éveillée par les excitations de la solitude. Les entrevues suivantes confirmèrent l'effet de la première. La sévère beauté du jeune médecin , sa gravité précoce , son ardeur concentrée, sa haute intelligence, tout l'ensemble de sa puissante originaUté fit naître dans le cœur d'Agathe une admiration bientôt passionnée : elle aima comme elle pouvait aimer, avec égoïsme, mais sincèrement et fortement.

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