TROISIÈME PARTIE. Û
Ce ne sont pas eux que regardent les suites. Une plainte étonne la naïve monstruosité de leur égoïsine. Que leur voulez-vous? Cela est ainsi. Pourquoi? Ils n'en savent rien, et ils passent. Ne les rappelez pas, vous les feriez fuir plus vite. La vue des souffrances agace leurs nerfs, et leur sensibilité leur fait détourner la tète. Si c'est de l'or que vous leur demandez, ils vous donneront leur bourse, parce qu'ils sont prodigues; mais n'attendez pas d'eux une consolation, parce qu'ils ne sont pas charitables. Quant aux remords, il ne leur en faut point parler. N'ont- ils pas assez à faire de vivre sans penser à autre chose? Et ne sont-ils pas trop pressés de jouir pour avoir le temps de se repentir? le présent lès occupe, l'avenir les appelle; que leur veut donc le passé? Au large, l'importun ! Plus sages que lo tyran thébain, ce n'est pas au lendemain qu'ils remettent les affaires sérieuses, c'est toujours k la veille. Pas de pitié, pas de charité, pas de remords; pas d'amour non
m MARCEL.
plus. Sûr de plaire, pourciuoi se donner la peine d'aimer? Et pourtant tous les symptômes sont là : voix tremblante , tendres regards voilés de larmes, et cœur qui bat. Ils vous diront qu'ils aiment, ces comédiens de l'âme ; ils le croiront peut-être eux-mêmes, dupes de leur rùle. Mais, vous, n'en croyez rien; ils désirent, ils séduisent, ils possèdent, ils n'aiment pas. Ce transport qui éclate en eux, c'est Téclair destructeur et passager de la foudre, ce n'est pas la lumière persévérante et féconde du soleil; c'est la passion , ce n'est pas l'amour. L'amour, le véritable et saint amour, gloire lui en soit rendue, ne se révèle pas à ces ingrates natures; il ne daigne habiter que le pur tabernacle des poitrines généreuses; il ne descend pas au fond des sépulcres blanchis. C'est à cette étrange et dangereuse espèce que se rattachait, à travers les modifications d'époque, de position et de sexe, l'individualité (l'Agathe. Née dans les rangs de la plus haute noblesse, nourrie au sein de