‹ Marcel (volume 2)Chapitre 102 sur 128 · TROISIÈME PARTIE. âÎ · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. âÎ

Cet attachement ne perdit rien de son intensité durant tout le séjour à la campagne, et se maintint encore pendant les premiers temps qui suivirent le retour à Paris; mais peu à peu les distractions du monde , les entraînemenls du plaisir, l'ennui des précautions à prendre, la fatigue des obstacles à vaincre chaque jour, le sentiment des impossibilités futures, aggravé par le poids des espérances déjà déçues, amenèrent le découragement et la satiété. L'ancienne affection ne résistait plus à une ruine imminente que par la force d'inertie. L'habitude seule militait encore en faveur de Pascal , quand parut le comte de Barjols, réunissant tous les avantages personnels et sociaux qu'une femme pouvait désirer dans son mari. L'attrait de la nouveauté, la commodité du plaisir permis, les exigences de la vanité, s'alliaient aux séductions déjà puissantes d'une éclatante beauté et d'une élégance raffinée pour plaider auprès d'Agathe la cause de l'heureux Arthur. Pascal fut condamné sans

m MARCEL,

appel, comme un paradoxe usé; il ne restait plus qu'à exécuter la sentence : le bourreau ne fut pas inférieur au juge, et la vigueur de l'un répondit à la prestesse de l'autre.

Grâce à sa supériorité de position , Arthur dura plus que Pascal; mais il ne pouvait durer toujours. Il prit, du reste, soin de mériter sa chute, et justifia d'avance, par ses infidélités, l'inconstance future d'Agathe. Peut-être, après tout, sa négligence servitelle mieux ses intérêts que ne l'eût fait le zèle le plus attentif et le plus empressé; peut-être sa chute fut-elle retardée par les causes mêmes qui semblaient devoir l'accélérer. Il y a dans le cœur de l'homme en général , et de la femme en particulier, un besoin de contradiction qui les fait s'attacher à ce qui fuit. Toujours est -il que la comtesse ne se détacha du comte qu'à la longue, après bien des efforts inutiles pour le retenir et à la suite de secousses douloureuses. Les traces de cette rupture étaient à peine effacées, et rien n'était encore venu

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combler le vide laissé daus le cœur de la jeune femme , lorsqu'elle se trouva eu rapport avec Marcel. Par un elfet de ce balancement de passions qui jette incessamment d'un pôle à l'autre les natures inquiètes, elle se sentit emporter d'un mouvement irrésistible vers un troisième amour, qui contrastait avec le second aussi vivement que le second avec le premier, et oublia Arthur pour Marcel comme elle avait oublié Pascal pour Arthur.

Menacée des deux côtés à la l'ois dans l'avenir de sa nouvelle alfection, elle l'avait défendue avec sa résolution et son habileté ordinaires. .:.■.■,..

. Son orgueil se trouvant aussi intéressé que son amour dans la lutte qu'elle eut à soutenir contre son ancien amant , ce fut là qu'elle frappa les plus grands coups. L'abbé Pascal avait allumé la haine dans cette âme, où il froissait l'amour-propre eu éveiliauL la peur. Toute arme devint bonne contre jui : la calomnie devait être en pa-

reil cas infaillible; elle fut mise en batterie cl porta coup. A entendre les femmes, elles n'ont jamais aimé que vous et n'ont appartenu à d'autres que malgré elles : manœuvre vieille comme le monde, connue comme les pavés , visible comme le soleil , et qui cependant réussit toujours , grâce à la sotte vanité des hommes , qui se font les complices de leur propre duperie.

Le plan de campagne de la comtesse contre son mari aurait été probablement couronné du même succès si elle eût eu la force de ne pas s'en départir. Un instant de faiblesse suffit pour anéantir les résultats qu'elle avait déjà obtenus et faire échouer toutes ses combinaisons. Ce n'est pas que , vaincue par le remords , elle crût avoir perdu ses droits au bonheur qu'elle rêvait et eût prononcé sa propre déchéance pour cause d'indignité. Loin de là, elle ne se fût fait aucun scruj)ule de cacher à son amant une erreur dont elle l'accusait d'être la première cause, et elle eût cru toiit sauN'é le

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