TROISIÈME PARTIE
violence. Les mesures extrêmes répugnaient à son caractère insouciant et facile. Il résolut de ne recourir aux moyens de rigueur qu'en désespoir de cause, et de procéder d'abord par la douceur. Il fit quelques tours dans la chambre pour calmer l'irritation de ses nerfs , puis il revint s'asseoir près de sa femme, et, lui prenant la main :
— Voyons, ma chère Agathe, lui dit-il, laissons là ces enfantillages et essayons de nous entendre.
Mais une discussion régulière et paisible ne faisait pas le compte d'Agathe, qui ne voulait pas de transaction. Il lui fallait tout ou rien, c'est-à-dire tout. Décidée à proclamer son indépendance , elle cherchait à rendre tout arrangement impossible, et s'efforça de pousser h la tyrannie l'autorité dont elle désirait secouer le joug, afin de donner un prétexte à sa révolte. Pour ne laisser au comte aucun avantage, elle imita son changement de front, et ce fut de l'air
le plus gracieux, avec le plus aimable sourire qu'elle répondit :
— Vous avez raison , mon cher Arthur.
Puisque nous ne pouvons plus être autre chose, tâchons de rester au moins bons amis. Et d'abord , laissez-moi vous donner un sage conseil. Je sais où vous voulez en venir. Eh bien! croyez-moi, renoncez à une entreprise dans laquelle vous me serviriez d'allié contre vous-même, et que nous serions deux à faire échouer. Votre embarras prouve que vous en sentez l'injustice ; la connaissance que vous avez de mon caractère doit vous en faire prévoir l'inutilité. Vous savez que j'ai horreur du despotisme.
11 était difficile de ne pas se laisser prendre au piège. Le comte ne s'en tira qu'à moitié.
— Je ne vois pas , dit-il d'un ton aigrC" doux, quel despotisme il y aurait à vous demander une concession nécessaire à notre tranquillité, à notre considération, à notre bonheur à tous deux.