‹ Marcel (volume 2)Chapitre 109 sur 128 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

— Même un amant?

— Monsieur!...

— Eh ! mon Dieu ! ne sais-je pas bien ce qu'il y a sous cet étalage de grands sentiments? ne suis-je pas depuis long-temps au fait de votre romanesque penchant? n'ai-je pas fait le voyage de Bretagne tout exprès pour en prévenir les suites? Et vous croyez que ce que j'ai empêché là-bas, à Kadoré, dans un coin perdu, je le souffrirai ici à Paris, en plein monde? Non, madame. Ni faute, ni scandale, s'il vous plaît. Je ne suis pas un Cassandre-, je saurai défendre votre vertu contre vous-même et mon honneur contre tout le monde.

— Quand bien même ma conduite justifierait la témérité de vos suppositions et la crudité de vos paroles, je ne vois pas encore, monsieur le comte, de quoi vous auriez à vous plaindre. Le mariage n'a-t-il de devoirs que pour les femmes et de droits que pour les hommes? Ne vous suffît-il pas de faire de ma fortune l'instrument de vos

iU MARCEL.

folies, sans laire de mon bonheur la litière de votre orgueil? Faudra-t-il que je consume ma vie entre l'espérance et le regret de votre gracieux amour, comme la captive qui attend le mouchoir d'un pacha blasé? Une pareille résignation est trop sublime pour être accessible à tout le monde, et vous trouverez bon , s'il vous plaît, que je ne m'offre pas en holocauste sur l'autel de votre grandeur. Les sacrifices humains sont, Dieu merci ! passés de mode. Tout ce que le monde demande à une femme délaissée par son mari, c'est l'observation des convenances : j'y suis toute disposée; j'y ai autant d'intérêt que vous; mais n'exigez pas davantage si vous ne voulez pas tout perdre , et ne me poussez pas au scandale par l'injustice.

— Je ne m'arrêterai pas, madame, à discuter vos théories de femme libre ; j'espère que vous y regarderiez à deux fois avant de les mettre eu pratique. Vous savez aussi bien que moi ce qu'il en coûte d'entrer en

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