DEUXIÈME PARTIE
foule des pensées qui assiégeaient mon cerveau. Je ne savais par où commencer. Je craignais de trop en dire et de n'en pas dire assez. Enfin, je repris avec un calme factice :
— Je veux d'abord que vous me disiez pourquoi vous avez fait changer la serrure du jardin.
— Ce n'est pas moi qui en ai donné
l'ordre.
— Ne jouons pas sur les mots. C'est vous qui en avez donné l'idée.
— Qui vous le fait supposer ?
— Votre refus de tout à l'heure.
— Vous savez bien que les convenances ne me permettent pas de vous recevoir en l'absence de mon père.
— Les convenances ! répliquai-jed'un ton ironique. Tenez , je n'ai pas de temps à perdre. Laissons là les subtilités de langage et allons au fait. — Vous me trompez.
— Vous tromper ! répondit-elle d'un air scandalisé, moi vous tromper !
Puis changeant subitement d'expression :
— Au fait, pourquoi m'en donner la peine? Vous savez la vérité ?
— Quelle vérité ? m'écriai-je avec une curiosité épouvantée. Je voyais se réaliser mes soupçons, mais je voulais voir sous quelle forme se présenterait le malheur que je ne pouvais plus éviter.
— Ah ! vous l'ignoriez ? reprit-elle avec un mélange d'étonnement et de dépit. Peu importe , après tout. Tôt ou tard vous l'auriez appris, et mieux vaut que ce soit par moi que par une autre personne. Vous avez trop d'esprit pour ne pas comprendre ma situation , et trop d'honneur pour chercher à la compromettre. Je vais me marier.
— Vous marier !
— Mon père le veut.
— Et vous y consentez ?
— Il le faut bien. Que voulez-vous que je fasse ?
Je restai un instant anéanti. La colère et la douleur me suffoquaient. 3Iais bientôt les larmes me soulagèrent en se faisant jour.